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Live Japon : du dictaphone au PCM recorder

Publiée par Karyn Poupée le Samedi 28 Juin 2008pour le salonLive Japon

Brève Audio

Voici comme chaque semaine un reportage réalisé par notre correspondante permanente au Japon, Karyn, qui, tour à tour, repère pour Clubic les innovations techniques nippones et décrypte les usages singuliers que font les Japonais des nouvelles technologies.

Tout journaliste de presse écrite au Japon le comprend vite: plus qu'un stylo, l'indispensable outil ici est un enregistreur audio. Cette nécessité, plus forte ici sans doute qu'ailleurs, tient à plusieurs raisons: difficulté de prendre des notes directement en japonais au rythme imposé de la discussion, reproduction fidèle des propos tenus (par éthique professionnelle et en cas de contestation ultérieure) et réécoute inévitable de phrases prêtant à confusion (ce qui est fréquent dans la langue japonaise).

Cependant, et heureusement pour les fabricants de ce type de produits, même si les scribouillards japonais sont très nombreux, ils ne sont pas les seuls acheteurs potentiels de ces appareils, parfois encore appelés dictaphones bien que ce terme, pris au pied de la lettre, apparaîsse désormais bien restrictif. De fait, à l'étendue des utilisations possibles de ces enregistreurs de poche, répond une vaste collection de produits, présentés en bonne place dans les hypermarchés de l'électronique nippons. C'est que les étudiants et les hommes d'affaires sont aussi des fanas de ces appareils qui permettent de conserver le contenu d'entretiens, de réunions ou de cours, et de servir de mémo personnel ou de professeur de langues, entre autres. Etonnamment, le téléphone portable, pourtant couteau-suisse, ne remplace pas ces produits dédiés.



Comme pour tous les équipements électroniques, les acteurs locaux du secteur, qui monopolisent quasiment l'offre au Japon, se battent pour dévorer des parts de marché, rivalisant de fonctions et fanfaronnant à qui mieux mieux sur la qualité sonore de leurs engins. Même si les dictaphones à cassette étaient déjà des produits vedettes au Japon à l'ère révolue de l'analogique, la numérisation des enregistrements sonores et leur conservation sur puce mémoire, puis leur transfert éventuel vers un autre support, offrent en effet de nouvelles possibilités qui ont dynamisé le marché et incité de nouveaux venus à s'y jeter. Il se vend environ 1 million d'enregistreurs audio à mémoire par an au Japon, soit 20% du total mondial.



Alors que les grandes surfaces spécialisées françaises proposent une vingtaine d'appareils émanant d'un nombre plutôt restreint de fabricants (dont en premier lieu les japonais Olympus, Sony ou Matsushita/Panasonic), les Yodobashi Camera, Bic Camera et autres hypers de l'électronique nippons en alignent au bas mot le triple, une proportion d'ailleurs vraie pour nombre d'autres articles.
Il faut cependant distinguer deux catégories de produits: les enregistreurs simples pour les applications ci-dessus citées et les produits portables de haute-qualité destinés à des perfectionnistes (compositeurs et musiciens amateurs ou professionnels au premier chef, mais pas seulement).



Dans le premier ensemble, de loin le plus important en nombre de références, les champions se nomment Olympus, Sanyo, Sony, Toshiba ou Panasonic. Tous proposent des appareils de tout petit gabarit, à glisser dans une poche de veste, avec micro intégré et mémoire interne ou amovible d'une capacité de quelques centaines de mégaoctets à un, deux, quatre ou huit gigaoctects sur puce 'flash", soit des dizaines d'heures de sons à emmagasiner. Pour se distinguer, les fabricants ne cessent de diversifier le design de leurs créations afin de toucher les différentes clientèles, sans éviter d'ailleurs les clichés – noir laqué pour les hommes d'affaires, rose pour les demoiselles – et d'ajouter des petits «plus alpha », c'est-à-dire des fonctions annexes censées faire la différence. Exemple : une ergonomie plus intuitive avec un écran plus large et des boutons mieux placés ou plus maniables (molette), la prise USB logée sous un capuchon qui permet d'éviter de transbahuter un câble pour transférer les données sur un PC, un appendice qui transforme aussi l'appareil en clef de stockage de fichiers variés. De nombreux modèles font aussi office de baladeurs.



Certains concepteurs, tel Sony, proposent des enregistreurs qui se raccordent directement à un lecteur de CD ou MD, voire à une mini-chaîne Hi-Fi pour répliquer des musiques sans recourir à un PC, d'autres comme Olympus ajoutent des fonctions spéciales pour l'apprentissage de langues étrangères. Autre trouvaille récente, bien dans l'air sécuritaire du temps : la possibilité de protéger les enregistrements contre les écoutes de tiers non-autorisés grâce à un code secret. Les logiciels pour ordinateur généralement fournis avec les modèles raccordables à un PC sont aussi un moyen de se démarquer des concurrents grâce par exemple à des outils de reconnaissance vocale. Sanyo a pour sa part imaginé un accessoire qui dope encore les utilisations potentielles de ses appareils, en l'occurrence un micro sans fil accompagné d'un récepteur à brancher sur l'entrée de l'enregistreur. Il est ainsi par exemple possible de poser le micro sur la table d'un conférencier et de garder l'enregistreur par devers soi pour bénéficier d'un son plus propre (car capté à bonne distance) tout en contrôlant l'enregistrement.



Toutefois, bien qu'offrant des qualités sonores améliorées par rapport aux premiers modèles à puce, et a fortiori comparés aux ancêtres analogiques, ces produits miniatures sont loin de satisfaire les exigences des audiophiles et chasseurs de sons. D'où le développement de la deuxième catégorie d'appareils qui rencontrent un engouement croissant au Japon. Initialement réservés aux amateurs avertis, les enregistreurs haut de gamme de poche trouvent désormais preneur auprès d'un public de plus en plus large. Se passe ainsi dans ce domaine un phénomène similaire à celui constaté sur le segment de la photo numérique où l'on trouve d'un côté des modèles compacts relativement performants et truffés de fioritures plus ou moins gadgets, mais aux marges de paramètrage plutôt limitées, et de l'autre des appareils à visée reflex plus complexes à utiliser mais bénéficiant de nombreuses options et accessoires et offrant des résultats nettement meilleurs, sous réserve d'en maîtriser les subtilités et de disposer du budget idoine.



De ce fait, les fabricants, qui ont antérieurement assis leur réputation sur les techniques de captation acoustique pour professionnels, trouvent désormais un débouché plus large en proposant des appareils semi-pro qui attirent des amateurs avertis en nombre grandissant prêts à débourser plus de 300 euros pour se doter d'un enregistreur de poche de qualité supérieure. Ainsi, depuis environ 18 mois, grossit à vue d'oeil le rayon des enregistreurs en mode linéaire (non compressé) PCM. Les appareils proposés, ainsi que la flopée d'accessoires optionnels, que l'on trouve dans toutes les boutiques d'électronique grand public, et pas seulement dans les enseignes d'équipements pour pros de l'audio, séduisent au premier chef les jeunes férus de musique qui souhaitent enregistrer leurs performances de guitare ou autre instrument.



Ils font aussi florès auprès des amoureux des bruits divers, captés ici ou là, au hasard de leurs pérégrinations, pour les transformer en créations sonores. Edirol (groupe Roland), en 2004, et Sony, en 2005, ont été parmi les premiers à investir ce champ, avec le R-1 pour le premier et le toujours fameux PCM-D1 pour le second, un modèle dont le prix reste depuis le départ aux alentours de 200.000 yens (1.300 euros). Trop onéreux et/ou trop complexes, ces appareils encore insuffisamment miniaturisés étaient destinés une niche restreinte. C'est toutefois grâce à Edirol que le cercle de chalandise s'est notablement étendu lorsqu'il lança son R-09 il y a un peu plus d'un an. Cet enregistreur, léger et à peine plus gros qu'un paquet de cigarette, rencontra d'emblée au Japon un engouement tel que les boutiques affichèrent alors "rupture de stock" plusieurs semaines durant.





Puis sont entrés dans la danse Zoom, Tascam, Kenwood ou encore Korg et Yamaha avec des appareils du même acabit, dont le prix se situe dans une fourchette de 160 euros à 450 euros, soit trois à huit fois moins chers que le PCM-D1 de Sony. Ce mouvement concurrentiel a poussé Sony à donner un petit frère (PCM-D50, 400 euros) à son produit initial PCM-D1 qui reste néanmoins toujours le meilleur. Les concepteurs de simples dictaphones étendent pour leur part aussi leur catalogue dans cette direction. Ainsi, Olympus, dont la populaire gamme d'enregistreurs de base "VoiceTreck" est devenue une source de profits, vient-il de se positionner également sur cette seconde catégorie d'appareils de niveau supérieur. Idem pour Sanyo. Cette évolution vers la qualité et le soin apporté à la finition illustre une fois de plus la tactique des Japonais pour échapper à la spirale infernale de baisse des prix et des marges.





Cela s'appelle s'échapper par le haut grâce à la maîtrise de technologies qui ne sont pas à la portée du premier venu, fût-il capable d'assembler des puces et autres composants. De fait, des produits de ce type, à commencer par le Korg MR-1 (Direct stream digital 1 bit), sont entièrement "made in Japan", un facteur qui renforce d'ailleurs leur attractivité au pays du Soleil-Levant où la production locale est toujours considérée comme un gage de fiabilité et de qualité.








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Les Commentaires des lecteurs
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le 28 Juin 08 à 01h09
Edition
 
toujours au top au japon ^^
 
le 28 Juin 08 à 02h26
Edition
 
"sont entièrement "made in Japan", un facteur qui renforce d'ailleurs leur attractivité au pays du Soleil-Levant où la production locale est toujours considérée comme un gage de fiabilité et de qualité."

ça c'est tout à fait vrai, et c'est particulier au Japon! Ils sont tellement chauvins (mais ici c'est positif) que tout ce qui est fait au Japon a plus de chance de se vendre qu'autre chose! (ex. les télés de Sharp vs. Sony)

(surtout à un niveau technologique tel, que le lieu de production est l'un des seuls critères de comparaison et de décision possible pour l'acheteur potentiel)
 
le 28 Juin 08 à 10h49
Edition
 
Tiens d'ailleurs, un test comparatif poussé de dictaphones ça serait pas une mauvaise idée.
 
le 28 Juin 08 à 10h56
Edition
 
Toujours aussi intéressant du point de vue ethnographique.

Je me demande quel est le type de technologie employées ou qu'est ce qui différencie les marques entres elles.
D'après les images, les appareils semblent plus complexe qu'un simple micro avec quelques filtres.
 
le 28 Juin 08 à 11h07
Edition
 
Extraordinaire.
Merci pour cet article très interessant.
J'ai une pensée pour le film Diva. Tout amateur ou professionel de son cherche l'enregistrement parfait - le son parfait -. Ces appareils comme le D50 est d'une qualité technique impressionnante.
Technologiquement parlant les Japonais dominent vraiment le monde! Wow

ps: j'ai été étonné mais pas surpris que 20% des ventes mondiales d'appareil de ce type sont faites au Japon.
 
le 28 Juin 08 à 16h38
Edition
 
Ce doit être infiniment plus pratique que le Minidisc pour l'acquisition (même si c'est du pcm et que le transfert vers pc se fait facilement).
 
le 28 Juin 08 à 16h45
Edition
 
Cela fait plus de 15 ans que j'utilise des dictaphones numériques.
Le choix se réduit très très vite à 1 appareil (ou 2).
Le critère discriminatoire est la marche arrière ou recul arrière avec la facilité de réenregistrer ce que vous dicter.
Exemple de phrase : "il fait beau aujourd'hui" et que je veux corriger en rajoutant très : "il fait TRES beau aujourd'hui".
Ce simple test discrimine 98 à 99% des appareils.
Le second test est le "transfert par internet" ce qui veut dire compression (là encore il ne faut pas avoir une usine à gaz inaccessible au commun des mortels).
Le troisième critère est le format de sortie. Si vous voulez écouter votre enregistrement sur un MAC avec iTunes. il y a ZERO appareil.
Tout cela me conduit à garder un "PC portable" pour cette application seulement.
 
le 28 Juin 08 à 20h07
Edition
 
Digital Still Camera a écrit:
"sont entièrement "made in Japan", un facteur qui renforce d'ailleurs leur attractivité au pays du Soleil-Levant où la production locale est toujours considérée comme un gage de fiabilité et de qualité."

ça c'est tout à fait vrai, et c'est particulier au Japon! Ils sont tellement chauvins (mais ici c'est positif) que tout ce qui est fait au Japon a plus de chance de se vendre qu'autre chose! (ex. les télés de Sharp vs. Sony)

(surtout à un niveau technologique tel, que le lieu de production est l'un des seuls critères de comparaison et de décision possible pour l'acheteur potentiel)

je sais pas si je te comprend mal mais ton sony vs sharp pour illustrer ce qui est fait au japon a plus de chance de se vendre... sachant que les deux marques sont japonaises il n'y a pas de différentation sur ce point de vue là. ca serait alors plutot Panasonic/ Sharp/ Sony Vs. Samsumg/LG
 
le 29 Juin 08 à 00h14
Edition
 
En France aussi s'est assez rependu ses joujoux pour les musiciens ou les personnes qui font de la prise de son en général. ( genre pour un court métrage).
la plus part du temps cela se trouve dans des magasin de musique...
Edité le 29/06/2008 à 00:14
 
le 29 Juin 08 à 01h06
Edition
 
Je ne sais pas si ça passionerait tellement de monde un comparatif de dictaphone moderne.. ;p
 
le 29 Juin 08 à 13h15
Edition
 
Je me demande si l'article n'est pas plus la fascination des japonnais pour une marché totalement confidentielle ici, à juste titre de mon point de vue d'ailleurs, que sur la merveilleuse avance technologique des dictaphones au japon, ce qui n'est pas tellement difficile si on considère, peut être à tort qu'ils sont les seul que ça intéresse.
 
le 29 Juin 08 à 16h43
Edition
 
Bien vu l'article, Cluclu !

Ces dictaphones sont aussi très pratiques pour les journalistes radio/papier/web associatifs où le compromis qualité du son/prix est critique.

Ca me rappelle la "fonction dictaphone" sur les clé usb/lecteur de mp3... quelle arnaque ! J'étais vite passé à un vrai dictaphone Olympus.
Edité le 29/06/2008 à 16:43
 
le 29 Juin 08 à 20h16
Edition
 
J'ai un zoom H4 que j'utilise pour enregistrer de la musique live. Je n'utilise pas des micros déportés mais il a un son énorme!
Un copain me l'a ramené du Japon (20% - cher) et je dois dire que je regrette pas l'investissement.
C'est vraiment fou la qualité des ces petites boîtes!
 
le 30 Juin 08 à 09h21
Edition
 
Salut zegalago

En fait, Digital Still Camera faisait alusion a SONY vs SHARP car SONY achete ses dalles chez Samsung (plus maintenant car il achete aussi chez Sharp) alors que Sharp developpe ses dalles et les fabriquent au Japon.

K
 
le 10 Sept. 08 à 16h58
Edition
 
Ben si, ça m'intéresse moi un test comparatif des dictaphones. Mais du premier groupe. Je n'ai pas besoin d'une excellente qualité sonore pour de la musique par exemple. Par contre, il faut un bon niveau de qualité d'enregistrement de conversation en extérieur. J'ai beau chercher, je ne trouve point...