le jeudi 09 juillet 2015

Retrogaming : retour aux sources du jeu vidéo

Avec l'avènement des smartphones et tablettes, le succès des consoles portables, sans oublier celui des systèmes de jeu en ligne (Live, PSN) apparus sur les consoles de salon, le marché du jeu vidéo plonge la tête la première dans la mode du retrogaming, soit la renaissance des « vieux » jeux qui ont fait l'histoire du jeu vidéo.

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Reposant sur la fibre nostalgique propre à la majorité d'entre nous, la mode du rétro se retrouve dans la plupart des secteurs d'activité (mode, multimédia, cinéma, séries télévisées, design, etc.). Le jeu vidéo ne pouvait passer à côté de cette manne financière, d'autant qu'elle s'accompagne bien souvent de belles surprises et de succès aussi inattendus que fulgurants.

Retrogaming, quèsaco ?


Le terme « retrogaming » est formé des mots « rétro », que l'on pourrait traduire par « en arrière », et « gaming », qui désigne le fait de jouer. Dès lors, il s'applique - dans son sens initial - à la pratique des anciens jeux vidéo. L'idée est de renouer avec un passé rassurant, lorsqu'une bouillie de pixels suffisait à mettre en émoi. Mais rapidement, le retrogaming est devenu une culture à part entière avec ses codes, ses légendes et un public grandissant, englobant à la fois les joueurs de l'époque et les nouvelles générations qui peuvent (re)découvrir des titres entrés dans l'Histoire.

Malheureusement, cet engouement rend difficile le fait d'acquérir, parfois à des prix exorbitants, ces jeux de référence et les consoles capables de les exploiter. C'est ainsi que le développement d'Internet a favorisé la diffusion d'émulateurs à même de permettre à chacun de s'adonner à ces « collector », sans avoir à débourser le moindre centime. Qu'il s'agisse de jeux sur les antiques consoles (Megadrive, Super Nintendo, PlayStation) proposés sous la forme d'une ROM, ou de reliques PC, mais toujours jouables sur les machines de dernière génération, le retrogaming devient rapidement le terrain de jeu favori des collectionneurs qui aiment aligner les disques et cartouches (avec boite et notice) dans leurs ludothèques, et les ressortent à l'occasion de soirées entre amis, comme des trésors venus de la nuit des temps.

Vrai-faux vintage


Si le retrogaming désigne généralement le fait de jouer à un vieux jeu sur une vieille console (par exemple Sunset Riders sur Megadrive), aujourd'hui le terme englobe aussi le fait de jouer à un vieux jeu repensé pour les nouveaux supports (consoles portables ou de salon, smartphones, tablettes, PC, etc.).

Cependant, pour les nouvelles générations de joueurs, il n'est plus forcément question de nostalgie, mais plutôt d'Histoire : « Cette communauté est de plus en plus composée de jeunes désireux de découvrir des jeux, explique Jean-Baptiste Clais, conservateur au musée Guimet spécialisé dans les arts asiatiques. Pour eux, cela s'inscrit dans une démarche de consommation culturelle comme une autre, à la manière d'un cinéphile qui regarde un film des années 1930. Certains considèrent que cette appellation désigne le fait de jouer à de vieux jeux, d'autres qu'elle concerne les jeux en deux dimensions. Mais l'idée commune est que l'obsolescence d'un jeu n'enlève rien à son intérêt. Un jeu possède une valeur en soi, par son esthétique et son ergonomie. Par analogie, une Aston Martin 64 est moins confortable qu'une voiture moderne, mais les sensations de conduite s'avèrent très plaisantes. »


Atari 7800
Megadrive
Gamecube


Et la loi dans tout ça ?


Le problème de l'émulation ou de la mise à disposition des vieux jeux PC, certes, tous dépassés technologiquement et/ou graphiquement, est qu'ils appartiennent toujours à quelqu'un, le plus souvent un éditeur. Dès lors, mettre à disposition un jeu est équivalent à mettre à disposition un film, qu'importe son année de sortie ! À moins qu'elle ne soit tombée dans le domaine public, toute œuvre - y compris vidéoludique - est soumise au droit d'auteur. Un jeu sur console, quand bien même celui-ci n'est plus vendu dans le commerce, n'est pas gratuit.

Olivier Cassou, l'un des fondateurs du site historique Abandonware France qui fête ses 15 ans, connaît bien la question puisque son site propose de télécharger des jeux PC complets gratuitement : « Pour être honnête, la législation en vigueur est assez floue, même pour nous ! Nous sommes conscients de nous livrer à une activité « illégale » puisque tous les jeux sont soumis au droit d'auteur. Si nous nous permettons de proposer ces jeux, c'est qu'il y a une certaine tolérance dans le sens où tous les titres que nous mettons en ligne ne sont plus en vente, et qu'ils remontent tous à avant 2000. Nous avons déjà rencontré des anciens éditeurs qui nous permettent de le faire. Nous fonctionnons toujours en bonne intelligence avec les ayants-droit. »

Cela n'empêche pas, toutefois, de prendre certaines précautions : « Notre priorité avant la mise en ligne est de vérifier que le jeu concerné n'est pas remis en vente par un éditeur. Dans un tel cas, nous supprimons immédiatement le titre de manière à ce qu'il ne puisse plus être téléchargé sur notre site. De la même manière, nous ne discutons jamais la demande d'un éditeur : s'il souhaite qu'un jeu disparaisse de notre banque de données, il est effacé dans l'heure ! Nous sommes en contact régulier avec de nombreux éditeurs qui savent ce que nous faisons, nous sommes une entité connue et reconnue, loin de l'aspect nébuleux que peuvent avoir les sites pirates. Après, il est vrai que nous jouons sur le principe du « Qui ne dit mot consent », et jusqu'ici nous n'avons jamais rencontré de problème. »

Another World


Réponse du berger


Si le principe du retrogaming, des ROM & Co est toléré par la plupart des développeurs et des éditeurs, qui n'y voyaient pas matière à mener une croisade d'envergure contre cette exploitation illégale, le fait est que le phénomène a pris une ampleur incroyable, poussant de nombreux éditeurs à s'intéresser à ce marché en friche mais susceptible de fournir encore de belles récoltes.

Conséquence inévitable, certains d'entre eux, par le biais de compilations rapidement bricolées ou de ressorties (parfois estampillées HD), diffusent leurs anciennes gloires à destination des nouveaux supports et des nouveaux joueurs. « Si nous prenons l'exemple des jeux LucasArts, nous avions eu très tôt des échanges avec l'avocat de la société qui refusait clairement que nous mettions leurs jeux sur notre site Internet », ajoute Olivier Cassou. « Nous les avions bien sûr retirés, et le fait est qu'ils sont, depuis, disponibles sur différentes plateformes, ce qui justifie encore plus le fait que nous ne les proposions pas gratuitement », contrairement à un site pirate où ces jeux sont disponibles en téléchargement « illégal volontaire », puisque tout le monde connaît la position de LucasArts.

Ainsi, le marché du retrogaming a quitté les couloirs de l'anonymat pour gagner en force, avec l'avènement des plateformes de jeux type Steam, et les boutiques dématérialisées de Sony, Microsoft ou Nintendo où il est possible d'acheter de vieux jeux (« tout moches » diront certains) pour quelques euros ou plus. Une manière pour les éditeurs de tirer des nouveaux profits de leurs antiquités, de court-circuiter le marché illégal des émulateurs et consorts, mais aussi de l'occasion, où certains titres s'échangent à prix d'or, tout en permettant au plus grand nombre de profiter des anciens hits, légalement. Précisons cependant que le collectionneur est plus motivé par l'acquisition physique de « l'objet jeu vidéo » dans sa version originale (en boite), là où l'amateur nostalgique se contente parfaitement des émulateurs et des versions sur les boutiques en ligne.

Retrogaming
Modifié le 20/07/2016 à 12h16
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