Conclusion : la musique payante a-t-elle fait son temps ?
De nouveaux modèles économiques se mettent en place, mais il faudra sans doute longtemps pour qu'ils parviennent à réellement combler le vide laissé par l'érosion des ventes, en admettant qu'ils y parviennent un jour. Ceci explique sans doute pourquoi le secteur est rapidement parvenu à un consensus autour de mesures associant répression et prévention, deux moyens de sauvegarder autant que faire se peut l'existant. Beaucoup estiment toutefois qu'il ne sert à rien de lutter contre l'inexorable, et que les acteurs du secteur feraient bien mieux de prendre le train en marche plutôt que de camper sur leurs positions.
La gratuité c'est le vol : quand le piratage tue la culture, titre du dernier ouvrage publié par Denis Olivennes (mars 2007, Grasset), laisse à lui seul supposer que le PDG de l'un des principaux distributeurs de biens culturels en France entend se battre pour que l'on maintienne l'ordre des choses. Ce précepte, selon lequel l'œuvre artistique ou culturelle est en danger dès lors qu'elle est diffusée sans contrepartie, ne fait cependant pas l'unanimité. On pourrait en effet objecter à Denis Olivennes que loin de détruire toute valeur, l'essor du téléchargement illégal et des réseaux d'échange de fichiers a contribué à en créer de nouvelles qui, certes, profitent plus aujourd'hui aux fabricants de baladeurs et aux opérateurs de télécommunications qu'à l'industrie de la culture.
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Le P2P induit une inversion des subventions : traditionnellement, et dans le cadre de l'exception culturelle, ce sont les diffuseurs qui subventionnent les producteurs alors que sur Internet, les fournisseurs d'accès et les opérateurs de télécommunication sont financés par les contenus – via l'utilisation sans droit des œuvres – et s'enrichissant aux dépens des industries culturelles », commente Denis Olivennes.
Il insiste par ailleurs sur l'idée que c'est grâce au commerce et à la monétisation de la culture que le plus grand nombre est aujourd'hui en mesure d'y accéder. Sans commerce, pas d'argent, pas de rémunération des artistes, pas de production, pas d'album. Ses détracteurs affirment quant à eux que l'œuvre d'art est par essence gratuite, et que c'est la diffusion, le « partage », de cette dernière, qui lui confère une valeur, et non les campagnes de publicité consenties par une maison de disques. Derrière le « libre accès à la culture pour tous » se cache pourtant toujours un généreux donateur : mécène, état, fondation ou... artiste peu soucieux des contingences matérielles. Et pourtant, le consommateur n'aspire qu'à des contenus gratuits.
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La radio, la télévision, Internet sont d'immenses salles de spectacles ouvertes à tous les vents. Et leur gratuité n'est pas un vol, mais un formidable moyen de créer de nouvelles sources de revenus ; par la publicité, les sonneries téléphoniques, les instruments de musique ; et bien d'autres qui, s'inventent ailleurs », écrivait fin novembre sur son blog l'économiste
Jacques ATTALI, qui défendait déjà cette idée fin janvier à l'occasion du salon international de la musique (Midem).
De nouveaux modèles seraient donc à mettre en place. L'un d'eux, médiatisé lors des débats autour de la loi DADVSI et désormais connu comme le concept de « licence globale », permettrait l'échange de contenus sur Internet en contrepartie d'une rétribution forfaitaire qui serait par la suite partagée entre les différents ayant droits. Séduisante au premier regard, la licence globale soulève toutefois de nombreux problèmes, à commencer par la difficulté de rémunérer avec exactitude les artistes en fonction de l'usage qui est fait de leurs œuvres. Un autre consisterait à instaurer une sorte d'exception pour copie privée au niveau des fournisseurs d'accès à Internet : puisque ceux-ci profitent indirectement du téléchargement des œuvres, il ne parait pas illogique de les faire contribuer à la rémunération des artistes.
Pour Jacques Attali, Philippe Axel, auteur de
La Révolution musicale, ou le journaliste Florent Latrive, à l'origine du livre
Du bon usage de la piraterie, il parait finalement vain de lutter contre l'extension de la gratuité, dont la portée dépassera l'univers de la musique. Si le consommateur refuse de payer, il faudra donc trouver d'autres sources de revenus : vendre des iPod déjà remplis de musique, taxer les fabricants de matériels, inciter les amateurs de musique à se rendre à un concert en joignant un CD à leur billet ou vendre des produits dérivés. Philippe Axel appelle cela le « transfert de ressources ».
Alors, faut-il vendre la musique comme n'importe quel bien de consommation ou, du fait de son caractère immatériel, de sa capacité à être partagée sans que le donateur soit privé de son exercice et de sa nature artistique, lui accorder un traitement particulier ? Cette question devrait sous-tendre une bonne partie des débats de l'édition 2008 du Midem, fin janvier à Cannes. Tandis, que les différents acteurs concernés militent à leur façon pour que les lois soient aménagées dans un sens qui leur soit favorable, comme en témoigne les manœuvres de séduction entreprises par l'IFPI pour faire imposer un filtrage du P2P au niveau européen ou, celles, vieilles de plus d'un an, de Vivendi Universal auprès de l'Assemblée Nationale... un pan tout entier de l'industrie culturelle attend la réponse à cette question. La balle est désormais dans le camp des politiques, qui vont avoir la charge d'élaborer les textes et décrets d'application des recommandations Olivennes.