Google influence-t-il les élections américaines ?

Google prend une part de plus en plus importante dans les primaires américaines qui ont lieu actuellement. Depuis cette année, le moteur affiche en temps réel les tendances de recherche des internautes. Selon des experts, cela influence les votes.


Hier, aux Etats-Unis, se tenait le super tuesday, jour où douze Etats votent simultanément. Un moment clé de la course à l'investiture au cours duquel le républicain Donald Trump et la démocrate Hillary Clinton se sont distingués, en remportant chacun 7 états.

Un résultat dans lequel Google joue un rôle, affirment Robert Epstein et Ronald E. Robertson, deux chercheurs américains, qui se sont intéressés à l'influence du moteur de recherche sur les électeurs. Dans leur étude, « The search engine manipulation effect (SEME) and its possible impact on the outcomes of elections », ils montrent à quel point l'ordre d'affichage des résultats sur une requête concernant un homme ou une femme politique a d'importance quant au vote de l'internaute.

Pour le prouver, ils ont réuni 102 électeurs américains et leur ont proposé de voter pour l'un des deux candidats (A et B) à une ancienne élection australienne plutôt passée inaperçue pour les sujets en question. Ils ont utilisé un moteur de recherche similaire à Google, qui affichait les trente mêmes références, qui pointaient vers les mêmes pages Web. Seul l'ordre d'apparition changeait, avec, en tête, les résultats ayant trait au candidat A pour le groupe 1, au candidat B pour le groupe 2, le dernier groupe servant de témoin.

Après quinze minutes de recherches, le groupe 1 a, de manière préférentielle, décidé de voter pour le candidat A, le groupe 2 pour le candidat B. La sympathie ou la confiance portée à un candidat suivaient le même schéma.

Primaires américains Google

Fort de ce résultat, Robert Epstein, ancien rédacteur en chef de Psychology Today, a publié un article accusant Google de manipuler insidieusement l'opinion et de favoriser la candidate Hillary Clinton. Un effet qui, selon lui, est particulièrement marqué sur les électeurs indécis, qui se fient aux premiers résultats comme étant les plus pertinents. Et cela peut concerner jusqu'à 20% des électeurs, d'après le chercheur.

Google n'a pas tardé à répondre à ces accusations, niant en bloc toute volonté de ce type. Dans une tribune sur Politico, Amit Singhal, très impliqué dans le développement du moteur de recherche, réplique : « Les hypothèses de Robert Epstein, qui indique que Google pourrait œuvrer secrètement pour influencer les électeurs, sont sans fondement. Google n'a jamais reclassé les résultats pour manipuler l'opinion de ses utilisateurs, et ce, dans quelque domaine que ce soit. »

En réalité, ce que les chercheurs ont prouvé, c'est que l'ordre d'affichage a une influence sur le comportement du lecteur. Ce dont personne, et surtout pas nous, ne doutait. Est-ce à dire que les algorithmes de Google ne sont pas neutres ? Pas vraiment. Cela indique en revanche à quel point les candidats ont tout intérêt à faire en sorte d'optimiser leur ranking sur Google : cela peut manifestement leur apporter quelques voix.
Modifié le 02/03/2016 à 21h18
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