le vendredi 22 mai 2015

The Witcher 3 nous a ensorcelés, un jeu déjà culte ?

Bientôt 23h. Le village s'est endormi. Avec le Baron Sanglant nous partons vers la sépulture de son enfant mort-né. En fait de sépulture, une vulgaire fosse et, à l'intérieur un « couvin », une espèce de mutant. D'après les croyances populaires, un rituel doit permettre de le changer en « sommeillard » : il protégera alors sa famille de toute malédiction. Nous voilà donc, improbable procession nocturne traversant marais et ruelles désertes, le Baron Sanglant tenant à bout de bras l'infortunée créature et moi, Geralt de Riv. Profession : witcher.

Inspiré des romans du Polonais Andrzej Sapkowski, The Witcher 3 est - logiquement - le troisième opus de la saga. Il met en scène le personnage de Geralt de Riv qui donne son titre à l'épopée. Il s'agit effectivement d'un sorceleur (witcher en anglais) une sorte de guerrier-mage dont l'unique objectif est d'éliminer les créatures maléfiques qui ne manquent pas d'arpenter le monde. Dans les faits, les sorceleurs sont des personnages peu appréciés par les populations locales du fait de leur mode de vie très solitaire et de leurs supposés pouvoirs.

Sur un air de feu et de glace ?


Les créateurs polonais de CD Projekt RED se sont fait une spécialité des histoires pour un public adulte. Les romans The Witcher ne s'adressent pas aux plus jeunes avec des récits qui entremêlent intrigues politiques, massacres à grande échelle, relations ambiguës et violence/sexe. Certains n'hésitent pas à faire le rapprochement avec Game of Thrones. Ce serait oublier que l'œuvre d'Andrzej Sapkowski est antérieure à celle de George R.R. Martin... Mais qu'importe, The Witcher sort des sentiers milles fois battus dans le jeu vidéo en n'infantilisant pas son public.

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The Witcher 3 conserve ce mélange action / aventure qui faisait le succès des précédents épisodes, mais passe cette fois la vitesse supérieure. Le studio CD Projekt RED a effectivement opté pour ce que l'on appelle un monde ouvert. Le joueur n'est alors plus limité à de petites zones clairement définies et peut arpenter - à sa guise - l'ensemble du territoire imaginé par les développeurs. Sur le papier, un tel choix met The Witcher 3 en face de monuments du jeu vidéo tels que les Elder Scrolls et les Grand Theft Auto. Un défi peut-être un peu délicat pour CD Projekt RED ?

Jamais sans ma fille


Inutile de faire durer le suspense, le pari est remporté haut la main par le studio polonais qui maîtrise son sujet de bout en bout. Ses créateurs sont parvenus à nous proposer un monde ouvert aussi riche qu'intéressant et à aucun moment, le joueur n'a ce sentiment de remplissage que l'on retrouve parfois chez la concurrence. À l'image des précédents Witcher, le scénario principal se suit avec un grand plaisir, même si on retrouve ici quelque chose de plus classique : Geralt lancé à la recherche de Ciri, sa fille adoptive.

À côté de cette trame principale, véritable fil conducteur, on retrouve donc quantités d'aventures annexes, de quêtes secondaires comme on dit dans le jargon. Jamais expédiées, celles-ci bénéficient toutes d'un soin particulier qui vient confirmer le talent des scénaristes de CD Projekt RED. Pour les plus courtes, il peut simplement s'agir de concocter un remède médicinal par exemple, mais les plus longues nous occupent plusieurs heures durant afin de trouver une solution aux problèmes dynastiques des îles Skellige.

Au troisième top, il sera exactement Witcher


Si la qualité d'écriture de The Witcher 3 permet de rentrer immédiatement dans l'histoire, l'ambiance générale, l'atmosphère qui se dégage du jeu n'est pas à négliger. CD Projekt RED dépeint de fort belle manière ce monde dévasté par la guerre de l'Empire Nilfgaardien. Les populations des royaumes du nord sont accablées par les privations et les maladies. Si certains se résignent, d'autres tentent de profiter de la situation et entre les Nilfgaardiens, les brigands ou les diverses minorités (nains, elfes), il faut souvent prendre position.

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Ce principe de choix / conséquences n'est pas une nouveauté dans la saga The Witcher. Une fois encore, il ne sera pas possible de sauvegarder pour une autre approche : l'impact des décisions que l'on prend ne se découvre généralement que beaucoup plus tard. Il convient donc de réfléchir avant de prendre la moindre résolution et si la trame générale reste la même, les conséquences de nos actes vont plus loin que de coutume. Installer la reine légitime sur son trône ou préférer son frère peut changer considérablement la suite des aventures de Geralt.

Un vrai régal pour les yeux


Nous évoquions une atmosphère particulière, il nous faut maintenant insister sur un point clef : la réalisation technique. Peut-être pas aussi beau que ne le laissaient paraître les premières images, The Witcher 3 reste un jeu magnifique, et ce, peu importe la plateforme retenue (PC, PS4, Xbox One). Le PC est évidemment mieux loti - et notre guide technique reviendra très prochainement sur cette version - mais dans tous les cas, on apprécie le soin du détail, la qualité des textures et la variété des environnements. Certaines créatures font réellement frémir le joueur alors que notre première entrée dans la cité de Novigrad est un moment très fort : rarement ville aura été aussi impressionnante !

Une excellence technique que l'on retrouve avec les chevauchées à travers la campagne et qui, grâce à ce petit côté peinture à l'huile, donne une âme à cette aventure. L'aspect audio n'est pas en reste et même si les puristes préféreront la version originale, les doublages français sont aussi bien écrits qu'ils sont déclamés avec conviction. Hélas, on peut tout de même trouver à redire puisque CD Projekt RED a eu toutes les peines du monde à réaliser une interface de qualité : on se perd dans les divers menus, on passe trop de temps à trier son matériel et l'artisanat perd de son attractivité alors qu'il permet de réaliser des objets réellement utiles.

Enfin, impossible d'évoquer The Witcher 3 sans parler de ses combats qui donnent au jeu un petit côté « didacticiel permanent ». Largement critiqué par les fans à la sortie de The Witcher 2, CD Projekt RED a revu sa copie. On ne retrouve plus le moindre quicktime event (presser sur le bon bouton au bon moment) et il faut maintenant jouer avec les différents types d'attaque ainsi que les esquives pour s'en sortir. Geralt dispose aussi de quelques sorts, mais n'allez pas croire qu'ils vous transforment en créature invincible : The Witcher 3 sait nous mener la vie dure !

Vous n'avez pas joué / pas aimé Witcher 2 ?
Sans surprise, The Witcher 3 reprend les personnages et certaines intrigues des précédents opus. Cela dit, les développeurs se sont arrangés pour que le scénario soit compréhensible de tous et que les relations entre les différents personnages tombent sous le sens. De la même manière, les principaux reproches faits à l'égard de The Witcher 2 ont ici été gommés. Grâce à son monde ouvert, l'aventure est moins cadenassée, le joueur est plus libre de ses mouvements. Enfin, les problèmes liés aux combats - notamment les combats de boss et leurs quicktime events - ne sont plus au programme. Il n'y a donc aucune raison de ne pas se laisser tenter par The Witcher 3.



En résumé...


Trop souvent, les créateurs de jeux vidéo font de multiples promesses qu'ils ne sont pas en mesure de tenir. Aussi, il est bon de voir que CD Projekt RED est parvenu à respecter son cahier des charges. The Witcher 3 n'est pas exempt de défauts : quelques bugs viennent parfois gêner la progression, l'interface (à laquelle on s'habitue) n'est vraiment pas un modèle du genre et le rythme est parfois inégal... En réalité, tout cela importe peu. Suivre Geralt de Riv procure un immense plaisir. L'univers dépeint par les Polonais est magnifiquement représenté. On perçoit les tensions de ce monde sur le déclin. On prend part à sa lente agonie et on tente malgré tout de trouver un but, d'avancer. Immersif comme ne le sont que peu de jeux, The Witcher 3 tient le joueur en haleine pendant des dizaines et des dizaines d'heures sans qu'il ne rencontre la moindre lassitude. Une merveille qui restera dans les mémoires.
Modifié le 13/02/2018 à 23h06
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