Test Watch Dogs Legion : un concept séduisant mais répétitif

Pierre Crochart
Spécialiste smartphone & gaming
30 octobre 2020 à 12h45
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7

De façon assez amusante, Watch Dogs premier du nom a été parmi les porte-étendards du début de la génération actuelle de consoles. C’était il y a 7 ans, et Watch Dogs Legion s’apprête aujourd’hui à refermer ce chapitre pour nous guider vers les PlayStation 5 et Xbox Series S|X. 

Bien des choses ont changé dans la façon de concevoir des jeux triple A en monde ouvert au cours de la décennie.The Witcher 3 est passé par là, et a jeté un pavé dans la marre de la narration vidéoludique. The Legend of Zelda : Breath of the Wild nous a quant à lui appris que parier sur les grands espaces et le gameplay émergent pouvaient suffire à marquer les esprits. Une philosophie dont Ubisoft s’est lui-même beaucoup inspiré en infusant ces deux propositions dans ses derniers Assassin’s Creed.

Une belle leçon se déroulait donc sous les yeux d’Ubisoft Toronto. Mais plutôt que de tendre l’oreille et de prendre quelques notes, le studio fondé en 2009 par Jade Raymond s’est plutôt dit qu’il serait tout à fait pertinent de ne rien changer à la recette.

Configuration de test : réglages Élevés / Ultra en 1440p sur un Ryzen 7 2700X, RTX 2070, 16 Go de RAM et SSD NVMe. 40 fps en moyenne avec RT On et DLSS Qualité.

Perfide Albion

Petit rappel des forces en présence. Dans Watch Dogs Legion, nous incarnons un hacker au grand cœur devant œuvrer pour restaurer la grandeur de Londres — un piratage à la fois. Habituellement très frileux sur le sujet, Ubisoft signe ici son jeu le plus politique : dans un futur proche où une série d’attentats a fait vaciller le gouvernement britannique, une entreprise militaire privée répondant au nom d’Albion a pris le pouvoir et a instauré une société de surveillance orwellienne.

Vous le voyez venir : il va falloir se retrousser les manches et rallier la population à sa cause pour renverser ce nouvel ordre. Quartier par quartier. Du Ubisoft pur sucre, même si nous échappons — Dieu merci — aux indécrottables « captures de tours » dont l’éditeur français est habituellement si friand.

L'objectif : provoquer l'insurrection dans les différents quartiers de Londres pour renverser Albion

Pour ce faire, il s’agira de titiller la fibre révolutionnaire des différents boroughs londoniens. Diverses activités de désobéissance civile s’offrent à vous pour faire grimper la jauge idoine et, in fine, déclencher une émeute dans le quartier. Street art, photographie de preuves, sabotage, libération de prisonniers… les façons de redorer l’image de DedSec, le groupe de hackers dont nous faisons partie (et auquel on a fait porter le chapeau des attentats) ne manquent pas. 

Choisissez votre premier agent puis partez à la chasse aux recrues.

D’autant que cette réputation à restaurer va aussi nous permettre de découvrir l’un des concepts les plus prégnants de Watch Dogs Legion : on peut y incarner n’importe qui.

Venez comme vous êtes

C’est la promesse forte de ce troisième opus de Watch Dogs. Chaque passant, qu’il soit chef d’entreprise, SDF, danseuse ou bandit à la petite semaine peut être recruté et incarné par le joueur pour poursuivre la quête de DedSec.

Même vos adversaires peuvent, à force de persuasion, rejoindre les rangs de DedSec.

Un concept séduisant en diable, d’autant qu’il faut reconnaître que la promesse est tenue. Il suffit de s’approcher d’un quidam et d’appuyer sur une touche pour lancer une mission de recrutement. Une analyse préalable de son profil nous informera si la personne est sensible aux actions de DedSec ou non. Dans le cas contraire, on peut inverser la tendance en lui rendant quelques services pour améliorer notre réputation (passer à tabac un usurier, récupérer une voiture volée…). 

Mais à quoi ça sert, concrètement ? Chaque personnage dispose de caractéristiques propres. Certains profitent d’un atout leur permettant de se déplacer plus furtivement ; d’autres sont insensibles à l’identification par les drones de surveillance. L’arsenal, aussi, est propre à chacun : impossible d’équiper un Desert Eagle si l’on n’est pas un tueur à gages. Aussi, certains atouts sont passifs. Avoir dans son équipe une avocate permet de bénéficier d’une carte sortie de prison. Un ambulancier pourra également vous remettre sur pied plus rapidement en cas de chute du sixième étage d’un bâtiment (oui, ça sent le vécu).

L'ami Brad peut appeler un drone de cargaison à n'importe quel moment...
... ce qui facilite beaucoup l'accès aux toits de la ville.

Bref : un petit côté « Ultimate team » qui n’est pas déplaisant, même si — nous y reviendrons — la narration s’en retrouve fatalement diluée. 

Grâce à son concept, Watch Dogs Legion jouit d’un aspect bac à sable beaucoup plus prononcé que sur les deux précédents opus. Le joueur est constamment invité à recruter de nouvelles personnes. Aussi on peut considérer qu’il y a vraiment une tonne de choses à faire, dans ce Londres dystopique. Malheureusement, nous sommes rapidement rattrapés par une réalité très commune aux jeux d’Ubisoft : la répétitivité est de mise.

Bis repetita

Watch Dogs Legion est avant tout un jeu d’infiltration. Bien entendu, on peut jouer de la marave avec les gardes d’Albion ou les sbires du clan Kelly (l’une des autres factions du jeu), ou se laisser entraîner dans des gunfights au détour d’une mission corsée. Mais tout est fait pour que le joueur n’en arrive pas là.

L'infiltration est au coeur du gameplay de Watch Dogs Legion

Toutes les missions se composent de la même façon. On nous demande de nous rendre d’un point A à un point B, d’analyser son environnement afin de trouver une entrée dans un bâtiment lourdement gardé, et de pirater un terminal quelconque afin d’obtenir des renseignements qui nous emmèneront pirater un autre terminal quelconque, dans un autre bâtiment lourdement gardé. 

Et les missions se terminent toujours de la même manière.

Si l’on joue le jeu de l’immersion, il est incontestable qu’il est grisant de hacker le téléphone des gardes pour les distraire, ou encore de les appâter sur un panneau électrique avant d’y déclencher une explosion. Ubisoft a aussi veillé à offrir une variété d’approches au joueur pour ne pas le lasser trop vite. On pourra par exemple utiliser l’arachnobot pour s’infiltrer dans les conduits d’aération et ouvrir de l’intérieur certains sas. 

L'arachnobot offre d'autres possibilités d'infiltration.

Mais s’ajoute à ces redites une intelligence artificielle complètement à côté de la plaque qui, bien souvent, ruine l’immersion. Les gardes sont tous déficients visuels, et leur casque visiblement trop bien enfoncé sur leurs oreilles. On peut se livrer à un sprint juste à côté d’eux sans que cela ne les émeuve. D’autant qu’en termes de style vestimentaire, notre agent vêtue d’une veste rose fluo dénote légèrement dans le laboratoire ultra secret d’une milice privée.

Croyez-le ou non : je suis caché.

Et quand bien même on se ferait repérer, il suffit de s’ôter quelques secondes au champ de vision du sbire pour se faire totalement oublier. Autrement dit : il n’y a pratiquement aucun défi dans Watch Dogs Legion.

Je suis présentement en train de désactiver l'ordinateur central d'un centre de recherches ultra secret. Ce qui n'a pas l'air de déranger ce garde.

Quelques missions sortent évidemment du lot. On retient particulièrement celle où, aux commandes d’un micro drone, il faut naviguer dans les entrailles d’un serveur pour détruire son alimentation. Un niveau très intéressant sur le plan visuel, qui demande quelques réflexes de la part du joueur.

La mission en micro-drone est très sympa.

Les hackoliques anonymes

Conscient du problème narratif posé par son concept central, Ubisoft Toronto fait pourtant des efforts pour impliquer le joueur dans son scénario. Chaque nouvel agent recruté dans votre équipe aura droit à sa petite ligne de dialogue lancée aléatoirement au gré des briefings avec Sabine (la cheffe rescapée de DedSec) et Bagsley, l’IA qui vous accompagne durant l’aventure. 

Quand on y réfléchit bien, ce n’est même pas tant l’absence de protagoniste qui handicape la narration. Les Assassin’s Creed sont loin d’être des chefs d’œuvre d’écriture alors qu’on y incarne un seul et même héros. Ce qui coince, c’est tout simplement la patte Ubisoft. 

On fait toujours un peu la même chose dans Watch Dogs Legion.

En plus d’être répétitives, les missions s’enchaînent comme on replonge sa main dans un paquet de chips alors qu’on a déjà plus faim. Les événements s’enchaînent sans qu’aucune incidence ne vienne troubler la vie des habitants de Londres. Au point qu’on a l’impression de vivre chaque mission sous cloche et de retrouver son train-train quotidien l’instant d’après.

C’est que Watch Dogs Legion (et les jeux Ubisoft en général) sont pris le cul entre deux chaises. D’un côté ils veulent assumer de laisser le joueur aux manettes, et l’inviter à se créer sa propre aventure. De l’autres ils cherchent absolument à raconter de grandes histoires de révolution, d’espionnage et de magouilles politiques sans jamais s’en donner les moyens narratifs. Résultat : on n’accroche jamais vraiment, et il m’est même arrivé de passer certaines cinématiques pour, au plus vite, retourner dans un énième bâtiment lourdement gardé par des imbéciles aveugles pour y pirater le trouze-millième terminal du jeu.

On prend les mêmes (ou pas) et on recommence.

Londres pleine de majesté

Mais s’il y a une grimace qu’on ne peut pas leur apprendre, à Ubisoft, c’est celle du world building. Déjà fort bien reconstituée dans Assassin’s Creed Syndicate en 2015, la capitale britannique est la véritable star de Watch Dogs Legion.

C’est un vrai plaisir de s’y promener et de retourner dans des quartiers que l’on a soi-même visités. Un soin du détail très poussé, même si l’on aurait aimé pouvoir entrer dans davantage de bâtiments. Dans les faits, seuls quelques pubs sont ouverts (comptez 10 pintes de bière pour tomber dans les pommes). On achète des vêtements dans les (très) nombreuses boutiques de la ville via un simple panneau posé devant.

Londres est superbement réalisée.

Là où Watch Dogs Legion s’illustre également, c’est sur son aspect graphique. Tirant grandement parti du ray tracing, le titre d’Ubisoft Toronto est un chouette plaidoyer pour cette technologie. Les reflets dans les flaques de pluie et dans les vitres des voitures sont tout bonnement impressionnants. Dommage que les animations soient toujours aussi rigides, et que les personnages n’aient pas bénéficié de plus de soin.

Le ray tracing offre des reflets splendides.

Il faut aussi aborder l’optimisation catastrophique du titre. Plutôt gourmand, Watch Dogs Legion est surtout inconstant dans son impact sur les composants de notre machine. En 1440p avec des réglages élevés / ultra et le ray tracing en « élevé », le framerate oscille parfois entre 20 et 60 images par secondes sans raison apparente. Et à en croire les premiers retours, les versions consoles ne s’en sortent pas mieux.

Watch Dogs Legion : l’avis de Clubic

Ce troisième opus est de loin le plus séduisant de la série. Avec son concept unique permettant d’incarner n’importe quel Londonien pour mener la révolution, Watch Dogs Legion s’affiche a priori comme un jeu à la durée de vie infinie.

Ce n’est pas nécessairement faux. Mais il faut aussi garder les pieds sur terre. Toutes les activités se ressemblent, et les missions s’enchaînent malheureusement sans saveur la vingtaine d’heures que dure la trame principale.

En cela Watch Dogs Legion porte en lui tous les stigmates habituels des titres Ubisoft. Facile à prendre en main, et très fun à picorer de-ci de-là, il tombe très rapidement dans une répétitivité mortifère pour notre enthousiasme.

Watch Dogs Legion

7

Watch Dogs Legion a pour lui un concept que de nombreux joueurs ont fantasmé : celui de pouvoir incarner n'importe qui, pour lui faire faire n'importe quoi. Un pari réussi, qui ne suffit pourtant pas à sauver un jeu qui suit scrupuleusement le cahier des charges habituel d'Ubisoft.

Ce troisième opus, au demeurant très sympathique, est hélas plombé par des missions répétitives et un scénario qui ne nous accroche jamais. Pour couronner le tout, l'intelligence artificielle complètement aux fraises n'offre au joueur aucun défi digne de ce nom. 

Restera le plaisir de se promener dans une Londres futuriste et dystopique, et d'assouvir ses pulsions voyeuristes en piratant le téléphone de ses concitoyens. Au final, c'est lorsqu'il ne raconte rien que Watch Dogs Legion est le plus agréable à parcourir.

Les plus

  • Incarner n'importe quel passant
  • Londres, sublime et agréable à parcourir
  • Un arsenal de piratage grisant
  • Des missions aux approches variées...

Les moins

  • Une narration diluée
  • La conduite, toujours aussi chaotique
  • Une IA totalement foireuse
  • ... mais très répétitives
  • Assez mal optimisé techniquement

Test réalisé sur PC grâce à un code fourni par l'éditeur.

Modifié le 30/10/2020 à 13h35
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