le jeudi 07 janvier 2016

Dans leur lente marche vers le numérique, les petites entreprises pressent enfin le pas

Petit à petit, les petites entreprises entrent dans le numérique, mais par la petite porte : site Web, e-mail... Grâce aux logiciels en cloud, des outils plus poussés s'ouvrent pourtant à elles.

Pendant que les start-up françaises font le coq au CES de Las Vegas, réunies sous la bannière de la French Tech, et accaparent le temps médiatique avec leurs derniers objets connectés, beaucoup de TPE et de PME sont dans une autre réalité, où le numérique n'est pas du tout la priorité. Mettre ces entreprises de moins de 25 salariés au « digital », c'est la mission de l'Association Transition Numérique Plus, qui dresse son bilan.

Après trois ans d'existence, elle fédère 900 experts chargés d'accompagner les petits patrons dans leur chantier de modernisation. En vrai, 500 sont réellement actifs, mais ils ont un certain champ d'action : chaque année, on estime que chacun touche une centaine de sociétés. Résultat, les choses avancent et les entreprises françaises « rattrapent leur retard sur le reste de l'Europe », nous explique l'association.

Boom des sites marchands


Alors qu'à peine 50 % de ces sociétés avaient un site Internet en 2012, elles sont désormais 64 %, souligne, plutôt satisfait, Laurent Pontégnier, délégué général d'ATN+. « Nous observons une réelle accélération depuis quatre ans, si bien que nous devrions bientôt rattraper la moyenne européenne, qui est à 74 %. »

Autre signe fort : 35 % de ces petites entreprises ont maintenant un site marchand. Malgré la complexité supplémentaire que suppose ce genre de portail, la croissance est encore plus forte que pour celle des sites vitrines : 25 % par an, contre 15 % pour les autres. Seul bémol : tous ces sites ne permettent pas de réaliser des transactions en ligne. Sont compris dans les chiffres des sites pointant vers des services (coiffeurs, etc.).
D'après la Fédération du e-commerce (Fevad), la France compte pas moins de 180 000 sites marchands.


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Facebook occupe aussi un rôle important pour les sociétés désireuses de se faire connaître - Crédit : Fotolia.

Se doter de son site suppose un coût qu'ATN+ évalue à 900 euros par an (pour une TPE) dans le cas d'un site vitrine, et de 2 500 euros pour une boutique. En moyenne, cela mobilise une heure de travail par mois pour le premier, et 10 heures pour le second. Une charge de travail qui n'implique pas d'embauche de personnel dédié au numérique, trop coûteux pour ces structures qui confient ces développements aux agences Web.

Pour des boutiques de cloud


Lorsqu'on interroge Laurent Pontégnier sur la transformation numérique des TPE/PME, le site Web arrive en tête, ce qui paraît presque anachronique, en 2016. Ce serait pourtant le reflet des préoccupations de ces sociétés, qui s'intéressent en second lieu aux réseaux sociaux et au travail collaboratif : e-mail, mais aussi outils pour facturer ses clients depuis sa tablette via un logiciel sur abonnement et hébergé dans le cloud.

Ces logiciels « SaaS » sont un vrai accélérateur d'ailleurs. Flexibles et ne nécessitant aucune installation, ils permettent aux moins férus de technologies de se mettre au numérique, d'autant qu'ils ont souvent hérité des exigences des environnements mobiles en matière d'ergonomie et de design, et s'avèrent plutôt intuitifs.

« Le déploiement des tablettes et des smartphones ces dernières années a vraiment contribué à faire changer les mentalités », a observé Laurent Pontégnier. En s'accaparant ces outils dans leur vie privée, les dirigeants de TPE ont eu moins de mal à s'emparer d'applications professionnelles. Si des logiciels autrefois complexes sont devenus accessibles, les TPE restent malgré tout focalisées sur « une gestion primaire ».

Pour le délégué général d'ATN+, elles gagneraient pourtant à se mettre à de nouveaux outils. Mais ses conseillers au numérique ne sont là que pour... conseiller. Ils n'ont pas un rôle de commercial, ce qui freine selon lui leur champ d'action. Laurent Pontégnier en appelle à la renaissance des boutiques informatiques d'il y a 20 ans. À un détail : au lieu de vendre des ordinateurs, elles proposeraient des services cloud.


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Modifié le 07/01/2016 à 16h44
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