le mardi 08 mars 2016

The Division : Ubisoft, ou la conspiration dans la peau

A l'occasion de la sortie de The Division, qui s'inscrit sous le label Tom Clancy, retour sur l'autre série non officielle d'Ubisoft, celle qui réunit la plupart de ses jeux récents en une somme fascinante de thèses paranoïaques. Un instantané imparable des doutes et angoisses de notre époque.

Dans Tom Clancy's The Division, grosse production d'Ubisoft qui débarque sur nos consoles New-Gen et nos PC ce 8 mars 2016, l'Amérique est mise à genoux par un virus fulgurant. Celui-ci se propage par les billets de banque à la faveur du Black Friday, ainsi appelé parce qu'il lance la période des achats pour Thanksgiving (en 2016, il aura lieu le 25 novembre). Le chaos qui s'ensuit pulvérise les institutions qui tenaient la société à peu près en place, et voit des milices proliférer au sein d'agglomérations elles-mêmes coupées du reste du monde du fait des mises en quarantaine. Heureusement, Washington avait pris soin de mettre sur pied la Division, une unité d'élite composée d'agents fondus dans la masse, et qui s'activent automatiquement dès lors que les conditions de leur action sont réunies.

Le regretté Tom Clancy, écrivain ayant enquillé les succès (Octobre Rouge, Jeux de guerre, Tempête Rouge, Rainbow Six) et inventé le genre Techno-Thriller, n'aurait sans doute pas renié ce scénario qui reprend la recette de ses plus gros best-sellers : un postulat-catastrophe amenant les USA au seuil de la destruction, des mécanismes empruntés à d'authentiques mesures américaines de sécurité nationale (la simulation d'épidémie Operation Dark Winter en 2001 ; la Directive 51 ratifiée par le président George W. Bush en 2007 dans le cadre du programme de Continuité du Gouvernement), des héros isolés et super-équipés sur lesquels repose l'avenir du monde libre etc.

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Dans Matrix, la pilule rouge est le symbole de la prise de conscience du réel : mais Ubisoft a-t-il seulement cette ambition, ou ne s'agit-il que d'opportunisme ?

Depuis la vente de la marque Tom Clancy à Ubisoft en 2001 (uniquement à usage vidéoludique), l'écrivain ne s'est plus jamais impliqué dans l'écriture ni même le choix des sujets des jeux portant son nom, ce qui laissait à l'éditeur la charge d'en préserver seul l'esprit et l'univers. De Ghost Recon à Splinter Cell en passant par Rainbow Six, H.A.W.K.S. et EndWar, Ubisoft a respecté scrupuleusement ce cahier des charges. De ce point de vue, on peut dire que The Division remplit son contrat narratif.

Quand la paranoïa fait recette


Pourtant, la question se pose légitimement de savoir si The Division ne fait pas aussi partie intégrante d'une autre saga d'Ubisoft, occulte celle-là, qui réunirait des titres aussi divers que les Assassin's Creed, Watch Dogs et le prochain Tom Clancy's Ghost Recon Wildlands. Leur point commun ? Se faire l'écho de thèmes à forte teneur paranoïaque, à tel point qu'il ressort presque des dix dernières années de production d'Ubisoft un tableau d'ensemble aussi instructif que troublant. Si d'autres éditeurs peuvent reprendre ces sujets à leur compte (à des fins semi-parodiques comme dans Hitman ou GTA, sans oublier la référence au programme Apollo, vu comme une mise en scène de studio dans Area 51, un FPS de 2005), l'entreprise rennaise tire la sonnette d'alarme avec régularité, et si son opportunisme commercial est évident, elle pose aussi sur notre nez les fameuses lunettes de They Live/Invasion Los Angeles (John Carpenter, 1989), celles qui montrent l'autre versant de nos sociétés démocratiques...

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Avec The Division, Ubisoft renoue avec les codes de la saga Tom Clancy, tout en continuant de creuser son propre sillon thématique.

Dans les pages suivantes, vous allez pouvoir découvrir qu'à travers moult de ses productions, Ubisoft tisse de multiples toiles « conspirationnistes », faisant de ce type de thème une sorte de leitmotiv pour une grande partie de ses jeux. Un constat aussi riche que passionnant !
Modifié le 14/02/2018 à 17h32
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