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Recherche et développement, avec la Chine... si possible

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Comment créer un environnement de travail cordial et propice entre chercheurs japonais et chinois? Telle est la question que s'est posé cette semaine notre fidèle mangaka nippon, surnommé Jean-Paul Nishi. Comme tous les Japonais, et c'est bien naturel, il est préoccupé par les relations tendues entre les deux pays, lesquelles nuisent à la confiance réciproque, alors même que chacun sait que Chine et Japon ont plus que jamais besoin l'un de l'autre.

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Si vous suivez un tant soit peu l'actualité du Japon, vous n'ignorez pas que ces dernières semaines ont été scandées par une grave querelle diplomatique sino-japonaise, due à l'intrusion d'un bateau de pêche chinois dans les eaux territoriales nippones, suivie d'une collision avec des navires garde-côtes japonais puis de l'arraisonnement du chalutier. Prenant prétexte de la détention prolongée de son capitaine au Japon, Pékin a ordonné diverses mesures de rétorsion à l'égard de Tokyo, dont, sans le dire ouvertement, la suspension des exportations de métaux rares, indispensables aux industries nippones de l'électronique et de l'automobile, celles dont il est largement question ci-dessous.

L'aggravation des relations entre les deux premières puissances économiques asiatiques ne profite à personne. Les deux pays ont au contraire tout à gagner à s'entraider au lieu de se disputer en exhumant les querelles passées.
Le Japon détient des technologies et savoir-faire qui font défaut à la Chine, dont elle a besoin. Cette dernière dispose d'une population massive qui non seulement constitue une clientèle nouvelle pour les entreprises japonaises, mais aussi un vivier de talents motivés, de mieux en mieux formés et qui rêvent de travailler pour une firme nippone. Les sociétés japonaises sont prêtes à les engager et de plus en plus enclines à oeuvrer avec eux en Chine. Leur stratégie de recherche et développement, thème du Live Japon de cette semaine, le démontre.

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Malmenées par la récession de 2008-2009, les entreprises japonaises avaient dû comprimer leurs dépenses, allant parfois, à leur corps défendant, jusqu'à partiellement amputer les budgets consacrés à la recherche et au développement (R&D). Pour la première fois en dix ans, les sommes allouées à la R&D avaient globalement baissé en 2009. Toutefois, conscientes qu'une telle attitude était intenable à la longue, car risquant de les enfoncer à moyen terme, elles sont nombreuses cette année à augmenter significativement les moyens consacrés à la recherche. Les Japonais savent l'importance des avancées technologiques pour l'économie de leur pays, sans quoi l'archipel, sorti exsangue de la guerre, ne serait pas devenu la deuxième puissance économique mondiale en 1968. Depuis, ils n'ont en réalité jamais cessé d'investir massivement en R&D, même durant la soi-disant "décennie perdue" (celle des années 1990). Auraient-ils abandonné leurs ambitions scientifiques et techniques que nous n'aurions pas aujourd'hui sous les yeux des écrans à cristaux liquides (LCD, merci Sharp) et plasma (Fujitsu) en haute-définition, alimentés en images par des platines à disque optique Blu-Ray ou nourris de vidéos et photos issus de camescopes et appareils photo numériques fonctionnant avec des batteries lithium-ion. Certains d'entre vous ne rouleraient pas non plus en voiture hybride (Toyota, 1997) et les diodes bleues n'existeraient peut-être pas sans l'acharnement de Shuji Nakamura de Nichia. En effet, les technologies cruciales employées dans ces équipements ont à peu près toutes été imaginées ou concrétisées au Japon durant cette période post-bulle financière destructrice.

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Aujourd'hui encore, l'équivalent de 3 à 3,5% du produit intérieur brut (PIB) japonais est investi chaque année en R&D, dont les trois quarts proviennent du secteur privé. En France, les pouvoirs publics sont au contraire les plus gros contributeurs, pour un ratio total public/privé vis-à-vis du PIB bien inférieur (de l'ordre de 2%, voire moins), ce qui en valeur absolue constitue un écart substantiel.

Selon une très récente étude du groupe d'informations économiques Nikkei conduite auprès des 246 plus grosses entreprises nippones de divers secteurs, les fleurons du high-tech sont, avec les constructeurs d'automobiles, ceux qui consacrent les plus grosses sommes à la recherche. Au total, ces 246 sociétés ont prévu d'investir cette année quelque 10 700 milliards de yens (près de 100 milliards d'euros) en R&D, et 75% d'entre elles affichent des budgets en hausse. Les 47 sociétés du secteur des technologies comprises dans cet ensemble, soit une proportion de 20%, ont prévu à elles seules un cumul de 40 milliards d'euros de dépenses de recherche, soit 40% du tout. Le secteur des technologies de l'information (IT, qui comprend l'électronique) totalise plus de 10% de la main-d'oeuvre japonaise, soit quelque 7 millions d'individus.

Leurs thèmes de recherche de prédilection sont notamment les nouvelles énergies et les techniques visant à réduire la consommation électrique, les nouveaux matériaux, les technologies destinées à amoindrir l'usage des matières rares ou celles qui limitent les dommages environnementaux. Cela n'est bien sûr pas exhaustif ni nouveau: le Japon s'est longtemps engagé dans ce chemin. Le pays étant dépourvu de ressources naturelles et énergétiques, il s'escrime, notamment depuis le 1er choc pétrolier de 1973, à comprimer ses besoins afférents.

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Dans le palmarès 2010 des dix entreprises qui investissent le plus en R&D, figurent cinq grands noms de l'électronique, trois constructeurs d'automobiles, un laboratoire pharmaceutique et un équipementier / roboticien (Denso).
Le numéro un mondial des véhicules, Toyota, arrive en tête, pour la neuvième année de suite, avec un budget de R&D 2010 égal à 760 milliards de yens (6,9 milliards d'euros), ses travaux portant notamment sur les véhicules hybrides, électriques et à pile à combustible, ainsi que sur les techniques de sécurité avancées. Ses compatriotes et concurrents Honda et Nissan, qui oeuvrent sur les mêmes thèmes, arrivent respectivement en 3e et 5e places dans le Top 10 toutes catégories, avec des budgets de 500 milliards de yens (4,5 milliards d'euros) pour le premier et 430 milliards de yens (3,9 milliards d'euros) pour le second.

Du côté des mastodontes de l'électronique, de l'électroménager et de l'informatique, Panasonic se place au sommet, tout en étant deuxième entreprise la plus dépensière au classement général après Toyota. Panasonic, qui vient d'absorber son compatriote Sanyo dont le nom va bientôt disparaître, a prévu un budget R&D de 4,75 milliards d'euros cette année, dont d'importantes sommes destinées aux recherches sur les batteries lithium-ion ou les cellules photovoltaïques, deux spécialités de Sanyo. Panasonic/Sanyo sont les plus gros fabricants mondiaux de batteries de ce type et veulent conserver une part de marché de l'ordre de 40%. Ils ambitionnent également d'être numéro un de l'énergie solaire au Japon et dans le trio de tête mondial. L'éternel rival de Panasonic, Sony (4e au classement général), aligne pour sa part un budget de 4 milliards d'euros, l'accent étant mis notamment sur les technologies d'affichage. Hitachi (6e) investira 3,5 milliards cette année dans la recherche et le développement de moyens informatiques plus respectueux de l'environnement ou encore pour améliorer les performances des batteries lithium-ion. Toshiba (7e) prévoit 3 milliards de débours, alloués notamment à la conception de techniques de captage/stockage de dioxyde de carbone (CO2) et aux batteries. Quant au spécialiste des appareils photo et de la bureautique Canon (8e), il pense dépenser 2,9 milliards d'euros. Dans tous les cas ci-dessus cités, les budgets sont en nette augmentation par rapport à ceux affichés en 2009, dans des proportions allant de +2,1% pour Toshiba à +15,3% pour Panasonic, en passant par +4,1% pour Sony ou +3,4% pour Canon.

Notons que les sociétés qui suivent dans le classement général établi par le groupe Nikkei appartiennent aussi presque toutes au secteur des technologies de l'information et de la communication ou de l'électronique: opérateur NTT (11e), Fujitsu (12e), NEC (14e), Sharp (15e), Fujifilm (16e), Mitsubishi Electric (18e), avec des budgets allant par ordre décroissant de 2,5 milliards d'euros pour NTT à 1,4 milliard pour Mitsubishi Electric.
Toutes les sommes mentionnées depuis le début de cet article ne comprennent évidemment pas les budgets consacrés à l'investissement en biens d'équipement, sachant qu'elles sont encore bien plus élevées (de l'ordre de 9 milliards d'euros par an par exemple pour NTT).

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De façon générale, les sociétés japonaises, qui planifient longtemps à l'avance leurs objectifs, sont réputées pour consacrer une part non négligeable de leurs revenus à la R&D, y compris en période de vache maigre, et même si des actionnaires étrangers avides de dividendes sont prompts à râler. "Nous allons investir plus de 4% de notre chiffre d'affaires en R&D", se félicitait récemment le patron de Hitachi, Hiroaki Nakanishi, soulignant notamment l'importance accordée aux techniques nécessaires aux infrastructures sociales (production et distribution d'électricité, réseaux informatiques, etc), le tout en pensant au potentiel de déploiement dans les pays dit émergents, Chine en tête. Les sociétés nippones sont aussi connues pour avoir des structures de R&D internes exceptionnelles qui leur ont lontemps permis de se passer d'apports extérieurs, même si elles ont souvent été appelées à participer à de gigantesques programmes nationaux jugés prioritaires par les autorités, tel, fut un temps, le puissant et dirigiste Ministère de l'Economie et de l'Industrie (Miti à l'époque, rebaptisé Meti aujourd'hui). Désormais, davantage pris dans une concurrence internationale qui entraîne une course de vitesse et une guerre des prix, les groupes japonais sont plus enclins à l'ouverture, plus disposés à des recherches collaboratives avec d'autres entreprises, des universités et centres de recherche publics ou privés. Ils sont aussi plus actifs dans la recherche fondamentale. Cette évolution est d'ailleurs considérée comme nécessaire par le gouvernement qui s'inquiète par exemple que le Japon n'ait pas donné naissance à des géants mondiaux comme Google depuis plusieurs décennies, alors qu'il fut auparavant la mère patrie de maintes sociétés vite devenues des multinationales incontournables (Sony notamment, née à la fin des années 1940).


Toyota, Panasonic, Sony, Hitachi, Toshiba, NEC, Canon, Sharp, etc., avec de tels entreprises, il est indéniable que le Japon conserve néanmoins une capacité à créer de nouvelles technologies, développer de nouveaux matériaux, ou à en concevoir les applications quand leurs travaux s'appuient sur des découvertes fondamentales émanant d'ailleurs. Le Français Albert Fert, prix Nobel de physique, le sait, qui rappelle volontiers que les premiers à avoir exploité jusqu'à ses plus récentes découvertes (spintronique et propriétés particulières des électrons dans des nanocouches de matériaux magnétisés) sont les groupes japonais, Sony puis Hitachi notamment, ce qui ouvre la voie à une extension considérable des capacités de stockage de données, entre autres.

La faculté des Japonais à concevoir des utilisations pratiques et à les industrialiser se voit en outre non seulement dans les grosses structures, mais aussi au sein de plus petites entreprises qui détiennent des pépites leur assurant parfois près de 100% du marché mondial du matériau ou produit concerné. Rappelons par exemple qu'un trio de groupes japonais, dont Toray Industries, contrôle à peu près 70% de la production des fibres de carbone, matériau composite promis à un solide avenir. Dans le secteur des films spéciaux entrant dans la composition des dalles d'écran à cristaux liquides, les Japonais (Konica Minolta, Fujifilm, notamment) sont aussi des champions. Il nous revient aussi en mémoire, dans un autre registre, le cas d'une société spécialisée dans la conception et le moulage de matériaux expansés, JSP, qui a fabriqué des portières de voiture conçues à partir de composés végétaux (biomasse). Autre exemple, celui de la société japonaise spécialiste des matières synthétiques, Kureha, qui est peut-être la seule au monde à produire en masse un matériau dont elle a le secret, le "Carbotron P", employé pour l'anode de batteries lithium-ion, partie interne cruciale dont il atténue la destruction, ce qui par conséquent allonge la durée de vie des batteries.

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Le Japon, archipel dépourvu de ressources et à la merci des catastrophes naturelles, compte de fait désormais de plus en plus sur l'expertise développée et entretenue, afférente aux technologies et matériaux de pointe, pour imprimer sa marque à l'étranger, alors que les Chinois et, dans une moindre mesure, les Sud-Coréens n'ont pas exactement les mêmes atouts en mains.

"Les technologies japonaises peuvent contribuer à atteindre les objectifs écologiques, à mieux gérer les ressources, à diminuer les rejets polluants et à prévenir comme circonscrire les catastrophes naturelles", assure Kunihiko Nishioka, directeur du Bureau de la stratégie internationale pour les nouvelles technologies au ministère des Télécommunications.

Et le même de préciser: "le gouvernement nippon juge que ces atouts doivent désormais être davantage exploités au niveau mondial. Le Japon doit partager son expérience et ses technologies avec des pays comme la Chine ou l'Inde afin d'apporter une réponse à leurs besoins et d'oeuvrer avec eux à relever les défis de la région", insiste M. Nishioka. Au moment où de populeuses nations en développement se dotent de nouvelles infrastructures, le gouvernement nippon estime que ses entreprises sont techniquement bien placées pour leur prêter main-forte, tout en reconnaissant qu'elles sont parfois plus faibles que les rivales étrangères sur le plan commercial. "Le fait de posséder un système de détection de séismes à proximité des voies pour permettre d'arrêter à temps les rames a aidé le Japon à remporter le marché des trains à grande vitesse de Taiwan", affirme M. Nishioka.

Selon ce dernier, les industriels japonais détiennent aussi de très nombreux et importants atouts techniques dans le développement des futurs réseaux d'électricité, où se combineront énergies solaire, éolienne, nucléaire, hydraulique, etc., et où les dispositifs informatiques de conservation, distribution, suivi de consommation et télémaintenance seront cruciaux. Hitachi et Toshiba sont sans doute parmi les rares qui sont capables de livrer presque tout clef en main pour ce type d'infrastructure, de la puce électronique au réacteur nucléaire.

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Les industriels partagent le point de vue du gouvernement. De fait, lorsqu'on leur demande où elles envisagent de doper leurs recherches et d'installer ou renforcer leurs moyens afférents, elles répondent de plus en plus en Chine, tout en étant toujours fermement ancrées au Japon. Alors que les perspectives commerciales tendent à fléchir au Japon, pays dont la population déjà suréquipée est en voie de diminution, il n'est pas étonnant que leurs ambitions se tournent vers la Chine, où le nombre d'habitants est dix fois supérieur (1,3 milliard d'âmes), où le taux de possession de voitures, téléviseurs, appareils électroménagers demeure faible et où les infrastructures font encore souvent défaut. Reste que les besoins des Chinois, ou bien dans le même registre ceux des Indiens, ne sont pas nécessairement les mêmes que ceux des Japonais, compte tenu de mode de vie (habitat, habitudes, contraintes, revenus) différents et d'un environnement naturel sans commune mesure. Pour produire pour cette population, il n'y a d'autre solution que de créer sur place et/ou avec des chercheurs locaux. Ainsi, sur les 246 sociétés interrogées par le Nikkei, 59 envisagent d'étendre leurs sites de recherche ou d'en créer de nouveaux, dont 40% en Chine et 50% au Japon. Les deux pays ont vraiment partie liée. Pourvu que leurs relations redeviennent cordiales.

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