Test Crusader Kings III : il y a quelque chose de pourri au royaume de Danemark

Nerces
Spécialiste Hardware et Gaming
03 septembre 2020 à 12h01
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Enfin ! Pratiquement huit ans après la sortie de Crusader Kings II, Paradox se décide à lui offrir une véritable suite. Pour ou contre la politique de DLC de l’éditeur suédois, il faut reconnaître que cela avait offert une incroyable durée de vie à ce must de la grand strategy, mais après huit ans de patchs et améliorations plus ou moins bien ficelées, il était temps de repartir sur de plus solides bases.

En effet, Crusader Kings III ne se propose pas de révolutionner le concept à la base de la franchise. Il s’agit surtout pour Henrik Fåhraeus et son équipe de s’affranchir de contraintes techniques trop lourdes pour évoluer. Les principes des précédents opus se retrouvent dans ce troisième épisode qui met encore un peu plus l’accent sur l’aspect roleplay et apporte quelques nouveautés pour se sentir encore un peu plus « dans la peau du personnage ». Mais revenons-en d’abord aux fondements même du genre grand strategy.

Une carte bien plus étendue que sur Crusader Kings II vanilla © Nerces pour Clubic

Se la jouer à la flamme… bien moyen-âgeuse

Pratiquement inventé pour les jeux conçus par Paradox, la grand strategy constitue en quelque sorte une vision à plus grande échelle des classiques de la stratégie. L’idée est de nous donner les commandes d’une nation que l’on doit faire évoluer, faire prospérer généralement en tapant plus fort que nos voisins. Bien sûr, développements économiques et technologiques ont leur mot à dire et il est toujours intéressant d’avoir un minimum de diplomatie avant de jouer les bulldozers. Un jeu de grand strategy se caractérise par l’immensité de son propos qui ne se limite généralement pas à une petite carte de quelques kilomètres carrés.

Dans le cas de Crusader Kings III, la carte couvre ainsi toute l’Europe, une large partie de l’Asie – jusqu’en Chine, mais sans compter le Japon – et une bonne moitié du continent africain. Le cadre chronologique couvre lui – Ô surprise – le Moyen-Âge avec les problèmes de succession, le poids de la religion et les inévitables croisades. Dans ce contexte, petite déception, on ne peut pas démarrer n’importe quand : c’est 867 ou 1066 et rien d’autre. La chose sera peut-être développée dans quelques patchs. En revanche, comme dans tous les autres jeux signés Paradox, on peut choisir n’importe quel peuple, n’importe quel royaume pour débuter.

Les forces irlandaises envahissent le Pays de Galles © Nerces pour Clubic

Notons d’emblée que les choses sont enfin plus simples pour les néophytes. Paradox a toujours eu du mal à rendre ses jeux accessibles. Ça semble être le cas cette fois. Ainsi, de multiples points de départ « conseillés » sont proposé par les développeurs avec, associé, une estimation de la difficulté rencontrée en début de partie. Mieux, un véritable didacticiel a été écrit afin de prendre les nouveaux venus par la main. Dans la peau du Petit roi de Munster, on découvre d’abord comment se repérer dans le jeu avant d’aborder les principales ressources, les actions essentielles que l’on peut faire et, enfin, quelques concepts un peu plus délicats.

N’espérez évidemment pas faire le tour de Crusader Kings III avec ces quelques dizaines de minutes d’explications, mais vous aurez au moins une base solide pour débuter une partie d’autant que le didacticiel a le bon goût de ne pas se fermer abruptement. Sur la fin, il vous laisse continuer avec Murchad, notre Petit roi, afin de poursuivre votre grand œuvre de réunification de l’île d’Irlande avant, qui sait, de bouter les Vikings hors des îles britanniques. Tous les habitués de la franchise vous le diront, il n’y a jamais eu meilleure entrée en matière pour un Crusader Kings et, de manière plus générale, pour un grand strategy signé Paradox.

Les modes de vie incitent à jouer en accord avec la nature de notre leader © Nerces pour Clubic

Saigneur-lige cherche bain de sang

L’accessibilité du jeu ne se limite cependant pas à son didacticiel et ne concerne pas que les débutants. En réalité, un effort considérable a été déployé par les développeurs afin de rendre chaque action, chaque mécanique plus simple à appréhender, et ce, quel que soit votre niveau. Pour ce faire, des bulles d’aide imbriquées les unes aux autres ont été mises en place. En cliquant sur un personnage, vous apprenez qu’il s’agit de votre seigneur-lige au travers d’une bulle d’aide qui dispose elle-même de quelques mots clés afin d’expliciter le concept de vassalité par exemple. Mieux, tous les concepts du jeu sont rappelés au sein d’une vaste encyclopédie directement intégrée au jeu.

Ne croyez cependant que cela suffise pour tout comprendre en quelques clics de souris. Une des faiblesses de Crusader Kings III est aussi sa principale force : il faut investir plusieurs heures de votre temps pour en maîtriser les principales mécaniques… et bien plus encore pour comprendre la majorité des principes régissant ici la succession au trône, là les règles d’élection du Saint-Empire romain germanique. Rien de dramatique cependant, car on s’amuse bien avant de tout comprendre et, ensuite, on se félicite d’avoir compris comment déjouer un complot contre notre personne ou envoyer au cachot un petit-fils un peu trop entreprenant.

Plutôt bien vu ce système de bulles d'aide imbriquées les unes aux autres © Nerces pour Clubic

Attention cependant à ne pas trop massacrer une descendance aussi dégénérée soit-elle car, dans Crusader Kings III plus encore que dans les précédents opus, il ne faut pas s’attacher à une personne ou un royaume. Les choses se pensent de manière encore plus globale et plutôt que la renommée d’un seul monarque, c’est le prestige de toute sa dynastie qui importe. Avant le Xe voire le Xie siècle, il est très difficile d’assurer l’unité du domaine à chaque succession : le partage entre les fils, voire entre tous les enfants, est la règle. Ce n’est toutefois pas gênant car Crusader Kings III accorde des points de renommée dynastique plus nombreux si les membres de la famille sont à des postes de pouvoir.

La renommée dynastique permet ensuite de débloquer ce que les développeurs ont appelé des héritages. L’idée est ici de choisir une branche qui permettra de profiter de bonus plus importants au moment de faire la guerre, pour faire pression sur les vassaux ou pour transmettre des « traits ». Ce dernier point, l’héritage de sang, est sans doute l’un de nos petits préférés. Grâce à lui, nos descendants ont une chance de profiter des meilleurs traits de notre leader actuel et, forcément, cela rendra leur départ dans la vie un peu plus simple. Nous touchons à la dimension plus particulièrement jeu de rôle de Crusader Kings III, le roleplay évoqué précédemment.

Premier héritage dynastique débloqué : les traits positifs ont plus de chances d'être transmis © Nerces pour Clubic

Nos âmes sont tordues

Chaque personnage – des milliers répartis sur toute la carte – dispose effectivement d’une véritable feuille de perso avec des caractéristiques « classiques » (martialité, intendance, diplomatie, intrigue…) mais aussi des « traits » qui permettent de mieux le définir : gourmand, calme, colérique, érudit, beau, cupide… Autant d’éléments qui influent sur les capacités dudit personnage, mais comme rien n’est trop manichéen dans Crusader Kings III, un personnage colérique n’est par exemple pas forcément un gros handicap : il peut inspirer crainte, voire la peur, à ses sujets qui y réfléchiront à deux fois avant de fomenter une révolte.

Pour nous inciter à jouer roleplay, les développeurs ont imaginé une carotte et un bâton. Pour la carotte, c’est le système de mode de vie : quinze arbres de compétences répartis en cinq catégories qui correspondent aux caractéristiques classiques évoquées dans le paragraphe précédent. Par exemple, le mode de vie martialité permet d’accentuer le talent de général de notre leader alors que le mode vie intrigue viendra favoriser les coups en douce. Toute l’astuce réside bien sûr dans le fait qu’un personnage déjà plutôt doué en martialité aura des bonus qui lui permettront de progresser plus vite dans ce mode de vie et de débloquer d’intéressantes compétences.

Les mariages d'amour sont bien rares à cette époque © Nerces pour Clubic

Nous avons parlé de bâton car à aucun moment Crusader Kings III ne vous impose quoi que ce soit. Pour pousser les joueurs à adopter un style de jeu en rapport avec la personnalité de leur leader, le studio a toutefois imaginé le stress qui est associé au système d’événements. Au cours de la partie, de nombreux événements ne manquent pas de survenir. Imaginons une partie de chasse qui ne tourne pas bien. Un personnage colérique aura tendance à tout envoyer valser, mais le jeu vous laisse le choix et il reste possible d’opter pour une réponse « calme » à la situation. Problème, comme vous allez à l’encontre de la nature même de votre personnage, il prend du stress.

Au début, rien de grave, mais à partir d’un certain niveau de stress, votre personnage subit un « effondrement mental » et se prend un trait plutôt néfaste pour signaler qu’il devient encore plus violent, qu’il sombre dans la dépression ou qu’il se réfugie dans la boisson. Un nouveau trait qui donnera de nouvelles options lors des prochains événements et ainsi de suite… jusqu’à ce que votre leader devienne complètement timbré. Cela dit, même là, les choses ne sont pas forcément mauvaises : un tyran violent et imprévisible est moins susceptible d’être la victime expiatoire de quelques vassaux en mal de gloire.

Le Roi est mort ! Vive le Roi ! © Nerces pour Clubic

Un Bourbon saoulé au vin de messe

Autant d’éléments très roleplay qui viennent renforcer les outils à disposition du joueur pour se raconter d’incroyables histoires. Nous n’avons toutefois pas évoqué tous les outils et il nous faut encore parler des hameçons. L’idée est ici de permettre aux amateurs d’intrigues de retrouver plus facilement leurs petits. La capture d’un ennemi ou des discussions au coin du feu peuvent être l’occasion d’en apprendre de belles. Si nous avons par exemple vent de l’homosexualité de notre seigneur-lige ou de l’enfant illégitime d’un vassal, nous avons moyen d’utiliser cette information. Non, il n’est pas question de chantage, on va plutôt dire que c'est une « incitation » 😊

Nous n’avons pour l’heure parlé que des ajouts ou des améliorations par rapport à Crusader Kings II. Il y a pourtant des « zones d’ombres » dans ce troisième opus. Ainsi, le traitement des épidémies est moins complet que sur le précédent opus et certaines mécaniques ne sont pas implémentées : impossible de contrôler une république comme Venise ou des tribus nomades. La colonisation est absente et la gestion des batailles aurait pu être plus innovante. Enfin, l’intelligence artificielle des alliés n’est pas un modèle du genre : on peut les voir errer sur la carte de campagne avec leurs armées sans jamais venir nous prêter main forte.

Au grand complet, le conseil du roi de Bohême © Nerces pour Clubic

Des défauts qui ne pèsent cependant pas bien lourd et pour l’intelligence artificielle, on apprécie surtout qu’elle soit en mesure d’utiliser – et plutôt pas trop mal – le système d’intrigue / d’hameçons. De plus, nous n’avons pas encore parlé du travail accompli pour rendre l’ensemble du jeu plus joli, plus lisible. Ce n’est évidemment pas encore parfait tant Crusader Kings III est un jeu riche, mais l’ensemble reste bien plus flatteur que sur Crusader Kings II. Certains pourraient trouver l’interface un peu trop encombrante : ce n’est pas faux, mais nous préférons souligner qu’elle est aussi et surtout plus confortable, plus accessible pour le néophyte. Enfin, sans être au niveau de ce que peuvent proposer les Total War, la carte de campagne est très esthétique.

Puisque nous parlons réalisation, terminons sur la finition. Certains joueurs ont rencontré des soucis de lancement, mais rien de trop méchant et, dans l’ensemble, Crusader Kings III est « propre ». Ça tourne bien, ça ne rame pas et ça se charge vite. Les plantages sont rares et même après plus de cent heures de jeu, nous n’avons pratiquement pas rencontré de bugs. Les rares soucis devraient être corrigés par de rapides patchs et profitons-en pour rappeler que Paradox a revu sa politique de DLC. Il y en aura toujours pour enrichir le jeu de base, mais ils seront moins nombreux et plus complets que sur Crusader Kings II. Ils seront plus chers aussi et ressembleront donc davantage aux classiques extensions d’antan.

Les croisades peuvent conduire à la formation de nouveaux royaumes... que l'on peut jouer © Nerces pour Clubic

Crusader Kings III : l’avis de Clubic

En immense fan des précédents opus la franchise, c’est peu de dire que nous attendions Crusader Kings III au tournant. Nos espoirs n’ont pas été déçus. Pas le moins du monde. Forcément, il y aura toujours quelques esprits chagrins pour critiquer l’absence de certains contenus arrivés au 4e ou 5e DLC de Crusader Kings II. Nous préférons souligner la cohérence et la richesse remarquables d’un épisode qui garantie d'ores et déjà plusieurs centaines d’heures de jeu. On peut aussi regretter quelques lacunes dans la gestion des batailles ou une intelligence artificielle parfois approximative dans son rôle d’allié. Reste qu’en l’état, Crusader Kings III constitue la plus formidable machine à se raconter des histoires, à échafauder des plans machiavéliques qui n’ont rien à envier aux tortueuses machinations de Game of Thrones. Paradox Interactive a mis les petits plats dans les grands pour que son jeu soit plus clair, plus accessible et plus complet qu’aucun autre grand strategy jamais sorti de ses studios. On y retourne !

Test réalisé à partir d’un code fourni par l’éditeur.

Crusader Kings III

9

S'il n'est pas question de révolutionner la franchise, Crusader Kings III parvient à la sublimer. Plus beau, plus lisible et plus agréable à jouer, il peaufine la majorité des concepts précédemment mis en oeuvre de sorte que l'on puisse, plus que jamais, se raconter d'incroyables histoires d'alliances, de trahisons et d'improbables revirements. Il y a bien quelques reproches à faire dans la gestion des alliés au cours de la bataille, dans l'absence de certains contenus du précédent opus ou dans le nécessaire investissement pour comprendre les principales mécaniques. Rien cependant qui ne vient ternir un remarquable bilan.

Les plus

  • Refonte esthétique réussie sur toute la ligne
  • Plus clair, plus lisible, mieux agencé
  • Didacticiel complet et système de bulles d'aide imbriquées
  • Hameçonnage et intrigue pour parfaire les coups bas
  • Plus roleplay que jamais (personnages 3D, modes de vie...)
  • D'innombrables heures de jeu en perspective

Les moins

  • Des mécaniques qui restent complexes, parfois obscures
  • Des contenus Crusader Kings II ont disparu (républiques, nomades)
  • Batailles et IA de bataille pas toujours convaincants
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