Test Project Cars 3 : comme un changement de braquet

Nerces
Spécialiste Hardware et Gaming
28 août 2020 à 18h17
17
6

Prenant tout le monde de court, Slightly Mad Studios et sa maison-mère – Codemasters – ont annoncé Project Cars 3 début juin… et, dans la foulée, indiqué que la sortie interviendrait quelques semaines plus tard. Maintenant que nous y sommes il est temps de vérifier si cet aspect pour le moins précipité ne cache pas quelque chose.

Véritables références en matière de simulations automobiles, les deux précédents volets avaient eu quelques très beaux concurrents au moment de leur sortie. Ainsi, Project Cars 2 était-il aux prises avec Forza Motorsport 7 (Xbox One) et Gran Turismo Sport (PS4) au cours d’un automne 2017 mémorable. Project Cars 3 n’a pour ainsi dire aucune concurrence. Est-ce à dire que le jeu a le champ libre pour convaincre tous les fans de simulation ? Pas exactement, la faute à une réorientation aussi surprenante que radicale de la franchise. Quelle drôle d’idée !

Slightly Mad Studios en fait des caisses

Première surprise pour les habitués de la franchise, Project Cars 3 semble d’emblée vouloir nous plonger dans une ambiance « festive » que l’on voit davantage sur des titres plus orientés vers le plaisir immédiat que la rigueur de la simulation. D’entrée, les développeurs nous présentent le mode carrière qui constitue d’ailleurs la fonctionnalité principale du jeu. On se créé un petit avatar et on opte pour un niveau de difficulté… sans avoir pu mettre ne serait-ce qu’une roue sur la piste. Project Cars 3 n’est pas le seul à procéder de la sorte, mais ça n’en reste pas moins regrettable.

Nous avons effectivement un peu de mal avec ces jeux qui ne nous permettent pas de tester un peu la rigueur de la simulation, le style de la conduite avant de nous demander de choisir un niveau de difficulté et d’assistance. Au moins, Project Cars 3 a-t-il le bon goût de permettre de modifier tout cela à n’importe quel moment du jeu. Pour la difficulté, rien que de très classique : quatre niveaux sont disponibles, débutant, novice, expérimenté et professionnel. Bien sûr, un mode que l’on peut paramétrer est également à disposition.

Monument Valley est au menu des nouveaux environnements de course © Nerces pour Clubic

Là, on peut modifier l’agressivité de l’intelligence artificielle – sur laquelle nous aurons à revenir – et activer / désactiver quelques options liées par exemple à l’assistance au freinage ou à la direction. Pas très originales, ces options sont tout de même bien vues et permettent effectivement une progression en douceur du niveau de pilotage des joueurs débutants. Hélas, les habitués de la franchise, ceux qui cherchaient à aller encore plus loin que Project Cars 2 en seront pour leurs frais, mais ne brûlons pas les étapes et revenons-en au mode carrière.

Longue et riche de multiples épreuves, cette carrière devrait pouvoir vous tenir en haleine durant au moins 20 à 25 heures. Un laps de temps qui permet d’alterner entre les défis depuis le classique championnat en plusieurs étapes jusqu’au tour lancé en passant par la course classique ou l’épreuve dite de ciblage qui implique de faire preuve d’une certaine précision. Afin d’apporter des défis supplémentaires, chaque épreuve propose trois objectifs facultatifs comme réaliser plusieurs virages « parfaits » ou doubler x voitures en un temps délimité.

Une impressionnante galerie de véhicules plus puissants les uns que les autres © Nerces pour Clubic

Chasse aux châssis

Derrière les victoires d’épreuve et les « mini-objectifs », il y a surtout l’idée de pousser le joueur à aller de l’avant. Le système mis en place par Slightly Mad Studios n’a rien d’original. Il s’agit simplement d’accumuler des points d’expérience et des crédits pour à peu près n’importe quoi et de nous donner l’impression d’accomplir des prouesses même sur les actions les plus basiques. Les points d’expérience servent à passer les niveaux et débloquer de nouveaux modes quand les crédits sont utilisés pour améliorer les voitures / en acheter de nouvelles.

Les développeurs ne réinventent rien du tout à ce niveau et s’empêtrent même parfois les pieds dans le tapis notamment au niveau des améliorations. On a vite fait de trop faire progresser sa voiture qui change alors de catégorie sans que le débutant ne s’en rende vraiment compte et le jeu aurait pu le lui indiquer plus clairement. Bien sûr, ce n’est pas un problème pour les habitués de ces modes de jeu. La carrière profite heureusement de la richesse du garage de Project Cars 3 pour nous donner envie d’aller toujours plus loin, de tester toujours plus de voitures.

Une Honda Civic coincée dans le trafic de Donington Park © Nerces pour Clubic

Au total, il est question de plus de 200 bolides couvrant quantités de marques : Alpine A442B, Aston Martin Vantage GT12, Audi TTS Coupé, Bentley Speed 8, Bugatti Chiron Sport, Caterham Seven 620R, Ferrari Enzo, Jaguar XJ220 S Racing, Lamborghini Aventador, McLaren F1 GTR Long Tail, Pagani Zonda Revolucion, Toyota GR Supra… Il y en a pour tous les goûts ! De la même manière, les tracés sont nombreux et variés avec une alternance bien vue entre circuits réels et fictifs : Silverstone ou le Nürburgring sont ainsi complétés par des parcours au cœur de Monument Valley ou à Shanghai. Notons que le studio a tiré un trait sur le karting et le rallye-cross : dommage de ne pas avoir cherché à les faire progresser plutôt.

Riche et long, le mode carrière souffre cependant de son classicisme, du manque d’idées nouvelles et d’une certaine froideur. À aucun moment, on ne se sent vraiment habité par le pilote que l’on incarne. Dommage. À côté de la carrière, le studio propose ses « épreuves personnalisées » qui donnent accès à tous les circuits, toutes les voitures. Hélas, il le fait au prix de drôles de concessions – aucun dégât, aucun arrêt au stand et aucune usure des pneus – pour un jeu qui se vante toujours d’être une simulation. Autant dire que le réalisme en prend pour son grade.

Un mode rivaux bien pensé et motivant © Nerces pour Clubic

Amour des voitures et autosatisfaction

Une fois sur la piste, d’autres remarques s’imposent à commencer par la question des contrôleurs. En effet, Project Cars 2 avait été critiqué – en particulier sur consoles – pour ses contrôles parfois douteux à la manette. C’est désormais du passé et, pour tout vous dire, nous avons même pris du plaisir à conduire à la manette avec des réponses aussi franches que précises à nos sollicitations. En réalité, c’est à l’image de l’orientation nouvelle que nous évoquions précédemment : plus arcade, plus festif et plus immédiatement accessible Project Cars 3 se démarque de ses ancêtres.

Notons d’ailleurs que le contrôle au volant est paradoxalement moins convaincant que les précédents opus. Rien de catastrophique, mais on sent comme une perte de « finesse », à moins que cela ne vienne du fait que votre humble serviteur a justement changé de volant depuis Project Cars 2. Sur la piste, nous avions aussi promis d’évoquer le cas de l’intelligence artificielle. De base, nous sommes plutôt satisfaits des progrès réalisés. Elle se montre plus sérieuse dans ses dépassements, moins agressive dans son attitude. On prend d’abord plus de plaisir à côtoyer nos adversaires.

« D’abord », car cette première bonne impression est rapidement ternie par un comportement parfois erratique. Il nous est arrivé de gagner haut la main certaines épreuves sans rencontrer la moindre résistance et de déchanter à la suivante alors que l’intelligence artificielle semblait avoir trouvé une vigueur nouvelle. Impossible de déterminer si c’est simplement « la faute à pas de chance » ou si l’IA est vraiment plus à son aise sur certaines épreuves / certains tracés. Reste que ces « sautes d’humeur » ne sont pas pour impliquer le joueur et génèrent surtout de la frustration.

Heureusement, cette « frustration » est compensée par de très bonnes sensations une fois lancé sur la piste. On sent toute la puissance de nos bolides et les véhicules proposent d’excellentes réactions. Il ne faut en revanche pas le prendre comme un successeur de Project Cars 2. Le studio ne cherche pas forcément à être réaliste « sur toute la ligne » et privilégie une espèce de compromis plutôt bien vu qui le rapproche de titres comme Forza Motorsport, mais l’éloigne évidemment de ses racines. Project Cars 3 est incontestablement plus fun et plus accessible que les précédents opus.

L'IA semble ne pas souffrir des pénalités pénibles que l'on reçoit pour le moindre écart © Nerces pour Clubic

Beau de loin ou loin d’être beau ?

Du fun que l’on retrouve d’ailleurs en mode multijoueur où tout a été fait pour simplifier la mise en contact des joueurs. Les parties rapides sont là pour entrer très vite dans le vif du sujet avec un système d’association des joueurs en fonction de leur niveau plutôt pertinent. Il existe aussi des courses planifiées où sont imposées les circuits, les conditions, les véhicules et qui se renouvellent très régulièrement. Reste que le gros morceau de cette partie multijoueur est l’introduction du nouveau mode de jeu, « rivaux ».

Slightly Mad Studios propose ici des défis quotidiens, hebdomadaires et mensuels avec imposition de toutes les conditions de jeu. L’idée étant que les joueurs s’affrontent de manière asynchrone avec, sur la piste, le fantôme d’un autre joueur, un tout petit peu meilleur que nous afin de nous pousser à aller toujours plus vite. Particulièrement motivant.

Une chose qui est en revanche beaucoup moins motivante, c’est la réalisation technique de ce Project Cars 3. Un problème que l’on remarque sur toutes les plateformes, mais qui est plus notable encore sur consoles.

La pluie... ou plutôt son résultat vraiment pas flatteur © Nerces pour Clubic

Sur les premiers tracés, on remarque simplement que Project Cars 3 emploie des technologies vieillissantes et qu’il n’est plus tout à fait au goût du jour, sans que cela ne soit vraiment une catastrophe. En revanche, dès l’arrivée de la pluie, on se dit qu’il y a un problème quelque part. Même chose avec les nouveaux tracés où les textures paraissent d’autant plus pauvres qu’il est aisé de les comparer avec les circuits plus anciens, souvent bien plus détaillés. La pluie est toutefois la goutte d’eau – sans mauvais jeu de mots – qui fait déborder le vase.

Si le rendu des précipitations est laid, il en va de même pour les effets sur les voitures et il est toujours étonnant de constater que dès que la pluie tombe, toute la piste est détrempée ! Les plus experts noteront également la présence d’un clipping persistant et tout ceci s’accompagne d’une fluidité de l’animation parfois douteuse. C’est à ce niveau que le PC tire son épingle du jeu, comme souvent, avec un framerate bien meilleur sur notre (grosse) machine de test. Nous incitons cependant les détenteurs de configurations moyennes – ou de consoles – à la plus grande prudence, les « sautes » sont relativement fréquentes.

Porsche 962C sur Watkins Glen © Nerces pour Clubic

Project Cars 3 : l’avis de Clubic sur PC

Étonnante réorientation que celle opérée par Slightly Mad Studios autour de Project Cars. Ainsi, le troisième opus n’a-t-il plus grand-chose à voir avec ce que proposaient ses ancêtres. Exit la quête de la simulation la plus juste, la plus intransigeante, on flirte ici parfois avec une conduite arcade qui a toutefois le bon goût d’ouvrir grand ses bras aux néophytes. On sent que le studio a voulu toucher un public plus large et ne plus forcément lutter contre les chantres du réalisme automobile.

Hélas, si les sensations sur la piste sont au rendez-vous et si le contrôle à la manette est remarquable de précision, Project Cars 3 souffre d’un manque d’idées manifeste pour nous convaincre de durer sur le mode carrière et de problèmes techniques – principalement sur consoles – qui hypothèquent sérieusement ses chances face aux références du genre.

Test réalisé à partir d’un code fourni par l’éditeur.

Project Cars 3

6

Difficile de comprendre le pourquoi de ce changement d'orientation opéré par le studio, mais une chose est sûre : Project Cars 3 décevra ceux qui voulaient un Project Cars 2 dopé aux stéroïdes. Plus « fun » et plus immédiatement accessible, il dispose d'atouts indiscutables et procurent d'excellentes sensations sur la piste. Hélas, sur consoles en particulier, l'aspect technique n'incite pas aux réjouissances.

Les plus

  • Garage vaste et varié (plus de 200 voitures)
  • De nombreux circuits bien dessinés
  • Carrière riche, longue et dotée de multiples épreuves
  • Le mode « rivaux » bien pensé, motivant
  • Intelligence artificielle moins bêtement agressive
  • Prise en charge de la manette d'excellente facture

Les moins

  • Techniquement, ça tient à peine la route
  • Absolument rien d'innovant sur la carrière
  • Rallye-cross et karting ont été retirés
  • Système de pénalités particulièrement frustrant
  • Fluidité douteuse, en particulier sur consoles
  • Disparition des dégâts, pneus, stands en mode libre
17
12
Partager l'article :
Voir tous les messages sur le forum

Les actualités récentes les plus commentées

La Model 3 échoue lors d'une démonstration de son système de freinage autonome
L'énergie nucléaire continue de perdre du terrain face au solaire et à l'éolien
Orange : un forfait 5G avec data illimitée pour 80 euros par mois pourrait être bientôt lancé
Cyberpunk 2077 : malgré les promesses de CD Projekt, le studio passe en mode crunch
RTX 3080 : de nombreux bugs chez les premiers acheteurs de modèles custom (MàJ)
Le code source de Windows XP en fuite sur les réseaux
Un ancien cadre dévoile la stratégie de Facebook pour être aussi addictif que le tabac
Environnement : Renault vous invite à couper votre moteur devant les écoles
PlayStation 5 : le gameplay de Demon's Souls montré par Sony ne tournait pas en 4K
scroll top