Google, Qwant, DuckDuckGo… Comparatif de 6 moteurs de recherche

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Le 08 juin 2018
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Avec près de 90% des recherches mondiales, Google ne laisse que des miettes à ses concurrents. Inspirés par les protestations sur le traitement des données privées, ses rivaux ont fourbi leurs armes et arrivent pour beaucoup à maturité. Clubic les met face à face dans ce comparatif des moteurs de recherche 2018.

Qwant, DuckDuckGo, Bing, Google, Lilo et Ecosia : pour présenter les qualités et les défauts de chaque moteur de recherche, nous avons notamment pris en compte les critères suivants :
  • la pertinence des résultats ;
  • la clarté et la lisibilité de l'interface ;
  • le respect des données privées ;
  • la quantité de publicités.



google

Google : le mastodonte


« Don't be evil », motto historique de Google, a récemment été abandonné au profit d'un conseil plus pragmatique : « Do the right thing ». Il sonne presque comme un rappel pour lui-même, tant le géant de Mountain View a été écorné par les scandales à répétition, des révélations d'Edward Snowden aux critiques qui visent les GAFAM en général.

Souriez, vous êtes fichés


Le cœur du problème, pour de nombreux utilisateurs, est l'utilisation qu'il fait de nos données privées. Google applique à la lettre l'adage : « si c'est gratuit, c'est que vous êtes le produit ». A partir de son moteur de recherche, notre activité sur le web est fichée et répertoriée pour mieux cibler les résultats et les annonces publicitaires.

Avec Google, le fichage publicitaire atteint des proportions jamais vues : il dépasse la recherche web pour épier tous les autres produits de la firme. Gmail, Google Maps, calendrier, carnet d'adresse... Toutes vos données sont répertoriées et dispersées à tous les vents, pour les intérêts de la régie publicitaire de Google. Cette dernière se montre d'ailleurs de plus en plus invasive (jusqu'à sept annonces par page de résultats) et de moins en moins facile à distinguer des résultats naturels de la recherche.

Une IA extrêmement efficace


Si malgré tout cela, Google reste le moteur de recherche le plus populaire, c'est qu'il est au top en termes de pertinence des résultats. Perfectionnant ses algorithmes au fil des ans, son catalogue de pages indexées est le plus vaste et le plus réactif. Il utilise un module d'intelligence artificielle, Rankbrain, pour agencer les pages de résultats de façon à maximiser leur efficacité.

En prime, les résultats enrichis vous donnent bien souvent la réponse que vous cherchez sans même quitter la page de résultat. Quant à l'autosuggestion, c'est un modèle du genre.

Enfin, l'interface de Google a relativement peu dévié depuis ses débuts : le moteur de recherche reste fidèle à un design minimaliste qui a fait école.

bing


Bing : le concurrent nostalgique


Propulsé par Microsoft, Bing est de loin le concurrent le plus complet de Google. C'est notamment le seul qui parvienne réellement à le titiller au niveau de la qualité des résultats.

En ce qui concerne le traitement des données privées, Bing est très proche de Google. Le moteur de recherche collecte un grand nombre d'informations sur ses utilisateurs, surtout s'ils sont connectés à leur compte Microsoft. Vos données privées sont au cœur de son modèle économique : Bing enregistre votre activité pour rentabiliser au maximum sa régie publicitaire. Il est cependant moins tentaculaire que Google, qui espionne vos activités sur de nombreux sites.

Un copycat pur et simple de Google ?


L'interface de Bing est plutôt convaincante : elle reprend la configuration générale de Google, avec des onglets pour passer des résultats web aux images, vidéos, actus ou encore cartes.

En revanche, pour la publicité, Bing est le moteur où les annonces sont les plus intrusives. Sur certaines recherches commerciales, on a compté jusqu'à 12 liens publicitaires pour seulement 6 résultats organiques !

Des résultats largement améliorés


C'est pourtant sur ces résultats organiques que se situe la plus-value de Bing dans ce classement. Le moteur de recherche de Microsoft a peaufiné la qualité de ses résultats grâce à une indexation à très grande échelle et des algorithmes toujours plus poussés. Sur le critère de la pertinence des résultats, il se tient dans un mouchoir de poche avec Google, ce qui lui vaut d'avoir grappillé un tiers du marché de la recherche aux Etats-Unis.

Autre avantage, Bing propose une meilleure présentation des images et des vidéos depuis sa page de résultat. Les photos y sont affichées en haute résolution, et les vidéos peuvent être reproduites en plein écran sans quitter le site. C'est un avantage énorme si ce type de contenus représente une part importante de vos requêtes. Vu leur proximité, on peut dire qu'opter pour Bing ou Google est une affaire de choix personnel et d'affinité avec l'interface.

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Qwant : le challenger frenchie


C'est le régional de l'étape. Conçu en France, Qwant est un moteur de recherche aussi européen qu'ambitieux. Il surfe sur le rejet du moteur de recherche américain en faisant de la protection des données privées son étendard. Cette initiative hautement stratégique a été encouragée par la BEI (Banque Européenne d'Investissement) qui a financé le projet à hauteur de 25 millions d'euros en 2015.


Une expérience de recherche enrichie


Aujourd'hui, Qwant se décline en trois versions : Qwant, Qwant Lite (à l'interface minimaliste) et Qwant Kids (pour les enfants). La page de résultats se divise par colonnes : une pour le web et une pour les actus, avec une bande d'images en haut de l'écran.

Les onglets latéraux proposent tous types de résultats : réseaux sociaux (essentiellement Twitter), images, vidéos, shopping... Mais aussi musique et boards (ou carnets). C'est la particularité de Qwant, qui offre une expérience enrichie.

L'interface peut sembler chargée pour certaines recherches. La colonne d'actualités, par exemple, n'est franchement pas nécessaire pour une recherche d'hôtel. La configuration de la page gagnerait à être plus dynamique en fonction du type de recherche - mais c'est déjà en quelque sorte ce que propose Qwant Lite.

Protection des données : l'anti-Google


La protection de la vie privée est le gros point fort de Qwant, qui applique la philosophie inverse à Google en s'engageant contre le fichage des internautes et les résultats personnalisés. Son code source a été mis à disposition de la CNIL pour prouver ses bonnes intentions. Si la publicité est présente, c'est en quantité limitée (deux annonces par page au maximum) et sans ciblage des utilisateurs.

Au niveau des résultats de recherche, Qwant a développé sa propre indexation des pages web. Il la combine avec d'autres sources de résultats externes au moyen d'algorithmes de classement qui s'améliorent d'année en année. Ses progrès lui permettent de ne pas rougir devant ses concurrents et d'être le moteur de recherche par défaut sur une version bundlée de Mozilla Firefox.

Bien qu'on apprécierait plus de « résultats instantanés » (qui affichent l'information sur la page de résultat), Qwant est une aubaine pour les internautes qui veulent protéger leurs données privées. Après la vague d'indignation provoquée par l'affaire Cambridge Analytica, il a été rejoint par de nombreux utilisateurs et représente 4% des recherches effectuées en France.

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Ecosia : l'amoureux de l'environnement


Ecosia vous promet de « surfer sur le web tout en plantant des arbres ». Pas littéralement, bien sûr : le moteur de recherche s'en charge pour vous. Il fonctionne sur le principe des moteurs de recherche solidaires.


Beaucoup de publicités... pour la bonne cause


A l'origine, une idée simple : puisque la recherche web génère autant d'argent, autant s'en servir pour une bonne cause. Ecosia affiche de la publicité et dédie 80% des revenus à des projets solidaires. Son cheval de bataille est la lutte contre la déforestation, et l'essentiel des dons est fait auprès d'ONG situées en Indonésie, au Brésil, au Pérou ou au Burkina Faso.

Pour la bonne cause, Ecosia affiche donc de la pub, beaucoup de pubs. Fournies par la régie Eco Ads (elle-même alimentée par Bing Ads), elles peuvent sembler intrusives : sur les requêtes commerciales, il arrive que la page de résultats soit couverte d'annonces.

Vous êtes tracés, mais vous pouvez le désactiver


Ecosia est relativement respectueux de votre vie privée : par défaut, il cible les résultats à partir de votre historique de requêtes, mais ce tracking peut être désactivé en trois clics. Rien ne sort du site : les recherches sont chiffrées et les données personnelles ne sont pas vendues à des régies publicitaires. Aucun traqueur externe n'est utilisé pour documenter votre activité sur le web.

L'interface d'Ecosia ressemble de loin à celle de Google. Quant aux résultats, le moteur de recherche préfère le dire : ils sont fournis par Bing et Yahoo!, entre autres. Cela donne des pages de résultat performantes, avec des réponses instantanées sur certaines questions pratiques.

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DuckduckGo : l'électron libre


Sur le plan de l'interface, DuckDuckGo joue la carte de la sécurité : il s'inspire librement du design de Google ! C'est à peu près la seule similitude entre les deux moteurs de recherche américains. En effet, le site au canard se veut radicalement anti-fichage des utilisateurs. Depuis sa genèse, il met un point d'honneur à ne jamais enregistrer les données privées des internautes et à ne pas cibler ses résultats.


Honnête, mais sous le coup de la loi américaine


Les publicités sont discrètes : DuckDuckGo n'en affiche jamais plus que deux par page de résultats. Surtout, elles ne sont pas plus ciblées que les liens organiques. Le site protège votre vie privée, avec un bémol cependant : domicilié aux Etats-Unis, il tombe sous le coup de la loi américaine qui peut imposer des partages de données, comme ça s'est déjà vu avec l'affaire PRISM.

Pour ce qui est de la pertinence des résultats, DuckDuckGo s'en tire avec les honneurs. Alors qu'il n'était à l'origine qu'un agrégateur de moteurs de recherche, il a développé son propre crawler, le DuckDuckBot. Il combine donc sa propre indexation avec les résultats de 400 sources dont Wikipédia, Yelp mais ais aussi Bing, Yahoo et Yandex. Une méthode hybride qui lui vaut d'excellents résultats.

Des résultats enrichis, mais seulement en anglais


Au niveau de l'interface, la page de résultats est très réussie : elle propose le scroll infini et un grand nombre de réponses instantanées. Comme sur Google ou Bing, elles reconnaissent certaines requêtes et affichent la réponse à même la page de résultat. Malheureusement, elles ne fonctionnent qu'en anglais, à l'image de la calculatrice qu'on invoque avec l'expression "solve" (résoudre).

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Lilo : au service des projets sociaux


Tout comme Ecosia, Lilo est un petit moteur de recherche qui la joue collectif. Il finance des projets de développement et de solidarité à travers les revenus publicitaires générés par le site. En l'utilisant, les internautes sont crédités de « gouttes » qu'ils peuvent allouer aux projets de leur choix.


Un peu de publicité pour beaucoup de projets


Chaque goutte équivaut à 0,002€ environ. On apprécie la possibilité de choisir les projets auxquels nos gouttes seront attribuées, tous présentés avec beaucoup d'informations. Pour chaque association, Lilo annonce le montant perçu chaque mois. Le premier projet a déjà reçu près de 50 000 €, et des dizaines d'autres se situent entre 2 000 € et 10 000 € de financement (chiffres de mai 2018). Pas mal pour un projet démarré en 2014 !

Pour financer ces projets, Lilo affiche de la publicité, mais moins que Google. Le nombre d'annonces va de 0 à 3 pour les requêtes commerciales. Environ 50% des recettes publicitaires sont allouées aux projets, le reste étant consacré au fonctionnement et au développement du site.

Un méta-moteur plus respectueux des données privées


Lilo reprend une interface à la Google, avec un design épuré et des onglets pour passer d'un type de résultat à un autre (comme toujours : images, actualités, vidéos, cartes...).

Lilo, comme Ecosia, est un méta-moteur : il utilise les algorithmes de Bing, Google et Yahoo! pour alimenter ses pages de résultat. Cependant l'entreprise affirme ne pas tracer vos données, et vos recherches restent anonymes.

moteur de recherche fotolia


Conclusion : il y a une vie après Google !


Deux géants américains (Google et Bing), deux moteurs solidaires (Ecosia et Lilo) et deux hérauts de la protection des données (Qwant et DuckDuckGo) : ce comparatif permet de faire son choix au sein de trois philosophies bien différentes. Une chose est sûre, les 6 moteurs de recherche présentés ici ont tous réalisé de très bonnes performances en termes de résultats de recherche.


Pour le reste, c'est une question d'affinités avec l'interface et avec les fonctionnalités additionnelles de chacun... Alors, n'hésitez pas les tester ! Surtout que les moteurs de recherches ont une particularité : ils s'améliorent avec le volume de recherches traité. Plus ils sont utilisés, plus leurs algorithmes accumulent de l'expérience, et plus ils génèrent des revenus qui pourront être réinvestis dans le développement des fonctionnalités.
Modifié le 08/06/2018 à 18h00

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