Le veilleur d'écran[s] S01E02 📺 Peaky Blinders, la série aiguisée comme un rasoir

Antoine Roche Contributeur
12 octobre 2019 à 15h41
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Dans un contexte où l'offre en matière de séries n'a jamais été aussi pléthorique, le Veilleur d'écran[s] se propose d'être votre guide à travers les saisons. Qu'il s'agisse d'une ancienne série aujourd'hui culte, d'un carton récent ou d'un show plus anonyme, cette nouvelle chronique vous aidera à ne perdre votre temps qu'en bonne compagnie.
Peaky Blinders

Quand on me demande une recommandation de série sans me donner de critères spécifiques au préalable, Peaky Blinders est très souvent l'un des premiers titres à franchir mes lèvres. La série de la BBC demeure en effet, six ans après son lancement, l'une des plus solides et qualitatives qu'il est possible de visionner. C'est pourquoi j'ai décidé de vous en parler aujourd'hui... et aussi parce qu'on ne refuse rien aux Peaky f*cking Blinders.

Accompagnez la lecture de cet article avec la musique de la série :

J'avais vraiment envie de commencer cette chronique par des remerciements... et comme je fais ce que je veux : "Merci à Steven Knight (je peux t'appeler Steven ? Stev' ?), d'avoir créé Peaky Blinders, une série aussi jouissive qu'exemplaire à tous les niveaux, et par la même occasion d'avoir incité les autres créateurs de séries à essayer de toucher du doigt l'excellence de votre oeuvre." Est-ce que j'en fais trop ? Certainement. Passons toutefois aux arguments.



Sport de racket

Pour les rares d'entre vous qui n'auraient jamais entendu parlé de cette série anglaise, Peaky Blinders s'intéresse durant 5 saisons (la dernière vient tout juste d'arriver... coïncidence ? Je ne crois pas) de 6 épisodes, au gang éponyme qui a sévi dans les environs de Birmingham, notamment en 1919, année où commence l'action de la première saison. Trafics et contrebande en tout genre, racket, trucages, violence... tout semblait alors bon pour s'enrichir et asseoir sa domination dans la région.

L'intrigue suit avant tout la famille d'origine tzigane à la tête de cette organisation, les Shelby, et son leader charismatique et ambitieux, Thomas Shelby (porté à l'écran par l'incroyable Cillian Murphy dont le niveau d'implication dépasse les 9 000 %).


Les gipsy sont rois

Ce drame à la fois historique, familial et un peu policier (sans surprise, durant leur montée en puissance, les Peaky Blinders vont devoir échapper aux autorités qu'ils ne peuvent pas toujours corrompre) profite d'une richesse scénaristique remarquable.

Cette dernière se nourrit d'abord du terreau fertile des années post Première Guerre mondiale, logiquement sombres, angoissées et déprimées, mais aussi ostentatoires pour peu que vous soyez dans les bons quartiers (les costumes, les véhicules ou encore la décoration de l'époque respirent l'argent et le goût), mais aussi grâce à ses personnages mémorables.


Toute la famille Shelby, ses alliés et ses adversaires (rôles qui peuvent d'ailleurs s'inverser d'un épisode à l'autre) sont impeccablement incarnés et sont servis par d'excellents dialogues, prononcés avec des accents exceptionnels - regardez cette série en VO par pitié -, ponctués de verre de whiskey et de cigarettes qui renforcent le côté “serious business” et “classe” du show.

Les personnages de la série et leurs relations tantôt conflictuelles tantôt fusionnelles en font véritablement le sel et leur évolution au fil des saisons, leurs loyautés et motivations changeantes sont passionnantes à suivre. Impossible également de ne pas citer sans en dire trop pour autant que quelques guests de qualité font leur apparition dans certaines saisons aux côtés d'un casting régulier déjà exemplaire, à la fois marqué et marquant.

La classe à Dallas Birmingham


Visuellement et esthétiquement parlant ensuite, seule une certaine The Handmaid's Tale peut se targuer aujourd'hui de proposer des effets de lumières et de fumées, une photographie et une mise en scène aussi bluffante que celle de Peaky Blinders dans le moindre de ses épisodes. On pourrait, cela dit, citer aussi Taboo, créée par... Steven Knight (notez que sa prochaine série, See, semble d'ailleurs à en croire la bande-annonce prendre le même chemin de l'excellence visuelle).

Les jeux d'ombres et de lumières de Peaky Blinders renvoient intelligemment aux éléments bicéphales décrits plus hauts, à savoir l'époque sombre où l'on essaye d'avoir des chaussures qui brillent malgré la boue et le sang, et des héros/antihéros à la morale pas toujours nette et dont le capital sympathie du côté du spectateur varie énormément. La réalisation est tout simplement brillante et la forme vient à merveille servir le propos du fond.


On pourra peut-être reprocher à Peaky Blinders d'avoir un peu trop conscience avec le temps de son statut et de son style inimitable et ainsi d'abuser de temps en temps d'effets de style (ralentis un peu abusifs pour se la raconter, personnages qui fument en permanence pour se donner de la contenance...). Mais à moins de binger l'intégralité de la série d'un coup et de risquer de faire une légère overdose, ce n'est pas un défaut suffisamment important pour bouder son plaisir devant l'écran.

D'autant qu'il faut également parler de la musique. Celle-ci est volontairement anachronique, souvent rock (mais pas que) et percutante, et toujours parfaitement adaptée à ce qu'il se passe à l'écran et autre point fort du show. C'est bien simple, j'ai perdu le compte des moments où j'ai dégainé Shazam pour reconnaître un morceau et le mettre dans ma playlist. Si des noms comme Radiohead, Royal Blood, The White Stripes, Black Strobe, Black Sabath ou encore The Black Keys (beaucoup de choses en Black dites moi) vous parlent, vous savez ce qu'il vous reste à faire.

« Putain d'Anglais »


Cette comparaison n'aura peut-être pas de sens ou pourra même énerver certaines personnes, mais Peaky Blinders est ce qui se rapproche le plus d'une expérience cinématographique sur le petit écran. Tout y respire la qualité artisanale et l'envie de marquer le spectateur au fer rouge, tandis que le format court des saisons est idéal pour ne pas s'ennuyer, mais suffisamment déployer le scénario et ses personnages. La volonté de toutes les personnes impliquées de faire la meilleure oeuvre possible est évidente dans le moindre plan, la moindre séquence, la moindre ligne de dialogue. Putain d'Anglais.


Cette série est pour vous si :

- Vous voulez en prendre plein les yeux et les oreilles
- Vous aimez les personnages charismatiques et/ou les anti héros
- La période entre deux guerres en Angleterre vous attire

Cette série n'est pas pour vous si :

- Vous n'aimez pas les séries centrées sur des antihéros ou des gangs
- Vous êtes allergique à la violence (physique comme psychologique)
- Vous essayez d'arrêter de fumer et/ou de boire

Si la série vient à l'origine de BBC Two outre Atlantique, chez nous c'est Netflix (et Arte, mais avec un peu moins de souplesse) qui a eu la bonne idée de récupérer les droits afin de rapidement proposer chaque saison quelques jours après la fin de la diffusion originale.

Les 5 saisons actuelles y sont donc disponibles et l'on espère que ce sera toujours le cas pour les prochaines. Puisque oui, il devrait y avoir d'autres saisons.


Notez pour finir que les fans de la série étant nombreux et productif, la BBC leur a offert un espace d'exposition virtuel (une page web donc) ou vous pouvez trouver ce genre de choses (utilisé dans le logo de la chronique du jour) :
Cracks par Harry Ward
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