Santé en ligne : Facebook veut-il jouer au docteur ?

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Le 03 octobre 2014
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Des sources de l'agence Reuters indiquent que le réseau social Facebook développerait discrètement de nouvelles fonctionnalités, destinées à aider ses utilisateurs à améliorer leur hygiène de vie et leur état de santé. C'est gentil, mais ça cache évidemment quelque chose.

Après d'autres grandes entreprises comme Apple ou Google, Facebook désirerait s'intéresser à la santé de sa communauté, composée de 1,32 milliard de comptes actifs. Selon les informations récoltées par Reuters, la démarche s'articulerait autour de deux directions : la création d'espaces de discussion dédiés aux personnes souffrant de la même maladie, dans l'optique de créer des « groupes de soutien » en ligne, et le développement d'applications de « soins préventifs », avec la promesse d'une aide à l'amélioration de l'hygiène de vie. L'agence de presse ajoute que Facebook aurait tenu de multiples réunions avec des professionnels de la santé et de l'industrie médicale ces derniers mois, dans l'optique de commencer à concrétiser son projet.

Docteur Facebook et mister données


En apparence, Facebook serait bien gentil de s'intéresser à la santé de ses centaines de millions d'utilisateurs. Mais la bienveillance du réseau social cacherait des objectifs qui n'auraient rien à voir avec le serment d'Hippocrate. En se positionnant sur un créneau aussi universel que la santé, Facebook espèrerait, d'une part, renforcer l'engagement de ses membres, et d'autre part, en apprendre encore plus sur leurs profils.

Les sites et réseaux sociaux dédiés à la recherche d'informations et le partage autour de pathologies médicales ne sont pas nouveaux, mais se développent de manière importante ces derniers temps. Le site PatientLikeMe, lancé aux Etats-Unis en 2004, n'a jamais vu sa popularité faiblir : la plateforme a su développer au fil des années un réseau de confiance, centré sur les retours d'expérience vis-à-vis de traitements médicaux. Des informations qui aident les patients, mais qui s'avèrent également précieuses pour les professionnels de santé.

Pour Facebook, l'intérêt serait donc double : faire une action positive envers ses membres, tout en continuant à engranger des informations délivrées par la communauté. Dans le même temps, le réseau social prévoirait de proposer de nouvelles applications mobiles, pour renforcer un peu plus sa présence sur ce terrain, devenu son fer de lance.

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Faut-il vraiment s'en faire ?


La question que tout le monde se pose est bien évidemment de savoir si le fait de s'inscrire à un groupe Facebook dédié à la constipation occasionnelle entraînera fatalement l'apparition de publicité vantant les mérites des dragées Fuca sur les pages du site. Heureusement, il existe aujourd'hui des gardes-fous qui interdisent de faire de la publicité ciblée autour des médicaments, comme le souligne la charte de l'ANSM datée d'avril 2014 :
Les fonctionnalités inhérentes aux réseaux sociaux ouverts (de type Facebook, twitter, youtube, etc.) conduisent à relier le contenu des pages à des commentaires et à des messages dont le contenu est libre et non maîtrisable (fonction de partage notamment).

De surcroît, la fonctionnalité « X personnes aiment » affichant le nombre de personnes ayant appuyé sur le bouton « j'aime » de la page, peut être interprétée, si elle est consacrée à un produit de santé, comme une attestation de guérison par le public ou une caution s'il s'agit du profil d'un professionnel de santé et est donc contraire au code de la santé publique.

Par conséquent, au vu des actuelles modalités d'utilisation de ces réseaux sociaux, la promotion des produits de santé (médicaments et dispositifs médicaux) auprès du grand public, sous la forme d'une page « produits » n'est pas possible, hormis si ces fonctions peuvent être désactivées par l'opérateur.

De même, la fonction de partage vers un réseau social ouvert à partir d'une page promotionnelle d'un site web n'est pas admise.


Dans la mesure où Facebook utilise énormément ce genre de méthode aujourd'hui, difficile d'imaginer que les données récoltées puissent être converties sous la forme de publicités « traditionnelles ». Mais la question finira par se poser. Elle se pose même déjà vis-à-vis d'autres entreprises, notamment Apple : la firme a récemment dévoilé HealthKit, un ensemble de fonctionnalités conçues pour centraliser les informations sur la santé de l'utilisateur. Destinés à être intégrés à des applications, ces outils ont rapidement attiré le regard des défenseurs de la vie privée. Et à raison, puisque Apple est actuellement en discussion avec des sociétés d'assurance aux Etats-Unis, en vue de combiner HealthKit à des initiatives de santé. La firme à la pomme a cependant mis à jour les conditions d'utilisation du service, pour empêcher les développeurs tiers de revendre eux-mêmes les données récoltées via leurs applications à des plateformes publicitaires.

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La santé connectée, nouvel Eldorado


La démocratisation des bracelets connectés, et autres systèmes favorisant la mesure de soi, souligne l'évolution croissante des dispositifs de santé connectée. Si la plupart de ses produits proposent surtout d'améliorer l'hygiène de vie de ses utilisateurs en modifiant ses habitudes de marche ou de sommeil, ils permettent de valoriser la possibilité qu'offrent les technologies pour tendre vers de meilleures habitudes. Accessoirement, c'est également l'occasion pour les entreprises de récolter des informations concernant les habitudes des utilisateurs, et même leur état de santé.

Il n'est pas étonnant, face à cette tendance forte, que les grandes entreprises du high-tech cherchent à épouser cette dynamique, nouvelle manne financière potentielle. Si l'on imagine que les organismes tels que la CNIL, chargés de surveiller de quelle manière les données récoltées sont utilisées par les entreprises, ne tarderont pas à mettre les pieds dans le plat, c'est encore et toujours à l'utilisateur de s'interroger sur les raisons pour lesquelles on lui demande telle ou telle information.

Néanmoins, dans le cas de Facebook, il faudra être prudent si la perspective d'applications dédiées à la santé et pilotées par le réseau social se concrétise. En effet, Reuters évoque une étude de marché menée par la plateforme elle-même, et qui mettrait en avant qu'un grand nombre de personnes interrogées ignoraient que l'application Instagram était la propriété de Facebook. Pour contourner la frilosité des utilisateurs concernant l'utilisation des données personnelles, le réseau social envisagerait donc de lancer sa première application sous un autre nom que le sien, de manière discrète, toujours selon une source anonyme.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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