#WhatTheTube : Alt 236, l'art visuel et tous ses mystères

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Le 03 novembre 2018
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#WhatTheTube c'est votre nouveau rendez-vous "découverte" du week-end. Nous vous y présenterons des chaînes YouTube autour de la science et de la Tech au sens large.

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Si ALT 236 est une chaîne YouTube difficile à décrire, naviguant entre arts visuels, mystère et une certaine idée de l'écriture, celle-ci fait pourtant l'unanimité au sein de l'équipe Clubic.com. Quoi de mieux, donc, que de vous faire découvrir cet objet étrange en compagnie de son créateur.

Créée en 2016, ALT 236 est une chaîne YouTube assez loin des codes établis sur la plateforme ; pas de cut toutes les 3 secondes ni d'incarnation visuelle du narrateur et un rythme de publication loin d'exciter les algorithmes de Google. Pour autant, celle-ci remporte un joli succès d'estime et les compteurs commencent à... compter !

Nous avons donc voulu en savoir plus sur cette mystérieuse chaîne et qui de mieux que Quentin, producteur, auteur et compositeur, pour en parler ? Alors qu'il vient de fêter ses 38 ans, ce passionné de monstres, de science, de cinéma et de musique offre un regard étonnant et décapant sur l'art et nos psychés.

Avant d'en parler lui, quoi de mieux que de vous laisser découvrir le format.


L'Interview de Quentin, alias ALT 236 :


Clubic : Quentin, peux-tu nous présenter ta chaîne ALT 236 ?

ALT 236 : Le sujet principal de cette chaîne, ce sont les images, si possible les images étranges ou horrifiques, et essayer en les analysant de voir leur dimension symbolique et de voir pourquoi elles nous interpellent et ce qu'elles cachent.

Je m'intéresse autant à l'art qu'aux films d'horreur ou aux pochettes d'albums parce que pour moi, toutes les images sont à prendre avec la même valeur, à savoir des humains qui ont décidé de mettre ensemble des signes pour communiquer un message. Et c'est ça qui me passionne : analyser ce qui se cache derrière la création.

Clubic : Tu prends le soin de ne jamais te mettre en scène dans tes vidéos, que tu portes uniquement grâce à ta voix. Peux-tu te présenter à nos lecteurs ? :

ALT 236 : J'ai fait les beaux-arts il y a dix ans, et je n'ai pas trouvé de travail dans la création directement, donc je me suis formé au montage vidéo, à des logiciels comme Photoshop ou des logiciels de musique, en autodidacte. Je voulais utiliser ces nouvelles technologies pour créer sur le net, mais c'était un peu flou. Et ça n'a tellement pas marché que j'ai dû prendre un travail alimentaire. J'ai été professeur d'arts plastiques puisque grâce à mon diplôme des beaux-arts, je pouvais assurer quelques heures.

Clubic : Comment as-tu lancé ta chaîne YouTube ?

ALT 236 : J'ai pu me lancer à temps-plein sur la chaîne grâce à Tipeee, une plateforme sur laquelle on peut financer des créateurs en leur donnant un petit peu d'argent chaque mois. Dès que Tipeee m'a rapporté autant que le SMIC et ce que je gagnais à côté, j'ai arrêté pour ne faire que ça. J'ai galéré une dizaine d'années. Mais j'ai eu le plaisir d'enseigner, de partager mon enthousiasme et mes découvertes autour de thématiques et d'arts qui me passionnent.

YouTube, j'ai toujours vu ça comme ma dernière porte de sortie parce que j'ai tenté pas mal de choses par les canaux traditionnels, mais sans succès. Au départ, je ne me suis pas dit que je voulais être YouTubeur. Je voulais faire une vidéo pour peut-être démarcher des boites qui font du graphisme, de leur montrer ce que j'aime et ce que je sais faire. Mais avec le temps, en voyant qu'il y avait de super bons retours, et que les gens me soutenaient suffisamment pour en vivre, je me suis mis à plein temps dedans. C'était compliqué avant d'en arriver là.

« Je veux faire un peu rêver les gens »


Clubic : Aujourd'hui, est-ce qu'en dehors de la gestion de ta chaîne YouTube, tu exerces une autre activité ?

ALT 236 : Je suis aussi journaliste pour Canard PC (un magazine de jeux vidéo) où je tiens une rubrique mensuelle sur des thématiques un peu étranges. À côté, j'écris un livre pour une maison d'édition sur le manga Berserk (NDLR Un manga de dark fantasy de Kentaro Miura), sur lequel j'avais fait une vidéo. C'est un livre d'analyse du manga. Mais sinon, c'est la chaîne à plein temps.

Clubic : Grâce à ta chaîne, tu bénéficies d'une vraie exposition...

ALT 236 : Oui, et cette exposition fait que des gens me proposent des collaborations, je prête ma voix off pour des chaînes que j'aime bien. Ça me permet de faire des choses avec des gens que j'aime bien.

Clubic : Tu as lancé ta chaîne en août 2016, aujourd'hui tu comptes plus de 80 000 abonnés et tu as largement dépassé les 3 millions de vues. On peut retrouver une cinquantaine de vidéos sur ALT 236 c'est bien ça ?

ALT 236 : Oui, sachant qu'il y en a une vingtaine qui sont des musiques. Il y a en réalité une vingtaine de vrais vidéos.

Clubic : Et ce qui est dingue, c'est que tu crées aussi tes propres sons, que l'on retrouve dans tes vidéos.

ALT 236 : Exactement, sauf pour deux épisodes où un ami a repris des thèmes connus. Sinon oui, ce sont des musiques originales. C'est de la MAO (NDLR musique assistée par ordinateur), je passe par Logic Pro, qui est un logiciel qui te permet de faire tout tout seul.

Clubic : Ta dernière vidéo, Stendhal Syndrom #8 Tenebrae, dure plus de 20 minutes précisons-le, c'est une sorte de documentaire. Mais en visionnant tes vidéos, on ressent tout de suite un énorme travail d'écriture, sans oublier le boulot derrière avec la musique, la recherche et bien entendu le montage. Combien de temps prends-tu pour une seule et même vidéo ?

ALT 236 : Si je peux faire que ça, on peut dire que ça prend deux semaines pleines. Mais dans la réalité, ça prend environ un mois. Il y a d'abord la phase de recherche, qui suppose d'avoir trouvé un thème qui soit suffisamment riche pour avoir assez d'images et de thématiques. Au début, je couche toutes les idées qui me viennent, et ensuite je vais plus loin avec de la recherche sur des thématiques qui me plaisent. J'essaie de voir dans quel film ça a été abordé, je fais une recherche d'œuvres. Ensuite, je mets tout ça à plat et j'essaie de mettre le tout en forme. Je vais généralement du plus large au plus précis, ça peut être l'inverse aussi.

Le plus gros travail derrière, c'est l'écriture. J'essaie d'écrire de façon à que ce soit assez stylisé de manière à ce que ça puisse être lu avec une voix off qui t'emmène un petit peu à l'aventure. Tout ce travail-là est compliqué, car tu ne veux pas tomber dans le truc too much et en même temps, tu ne veux pas que ce soit froid et juste informatif. Moi je veux un peu faire rêver les gens avec une découverte et ma sensibilité.

Après, je commence le montage. En premier lieu, j'enregistre la voix off, puis je l'insère, je choisis les musiques qui vont avec. Ensuite je pose les images et les séquences de film pour illustrer ce qui est dit à l'écran. Ensuite je mets le générique, avec les remerciements, et j'upload le film.

« Donnez-moi la main, nous allons en enfer »


Clubic : Comment tu arrives à définir tes sujets ?

ALT 236 : Ça fait des années que je suis passionné par tout ça, tu penses bien. Ça fait 20 ans que je regarde des films d'horreur ou bizarres, que je lis des BD... J'ai fini par vivre dans cet univers, et je vais vers les choses qui moi me fascinent.

J'ai commencé par les monstres parce que les monstres me passionnaient, puis quand tu t'intéresses aux monstres, tu t'intéresses aux films d'horreur, puis aux différents genres du film d'horreur donc là je découvre le body horror. Je m'intéresse à la création et aux images étranges, ce qui fait qu'on va faire telle image horrifique ou dérangeante, ce que ça dit de nous et quels symboles se cachent derrière tout ça... Donc c'est souvent assez sombre, je m'intéresse aux enfers, aux cauchemars, aux extraterrestres, à la robotique.

Ça peut paraître des thèmes faciles, mais c'est dans la façon dont je vais aller fouiller ça, la musique et la manière dont c'est raconté qui nous emmènent dans un voyage. Les mystères humains, les mystères de la représentation, tout ça, c'est très riche. À chaque fois que tu t'intéresses à un thème, ça t'ouvre à dix autres thématiques dont tu n'avais pas conscience, et une de celles-là pourra très bien devenir une vidéo. Et ainsi de suite.

C'est aussi la beauté d'Internet, qui te permet en ayant accès à l'intégralité de la connaissance humaine de tomber sur des trucs que tu ne connaissais pas.

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Clubic : Quelle est la vidéo dont tu es le plus fier depuis le lancement de la chaîne ?

ALT 236 : C'est peut-être celle de Hellraiser, parce que c'est la plus longue et celle qui m'a demandé le plus de travail. J'ai eu la chance d'attraper une centaine de comics qui n'ont pas été traduits et qui du coup n'étaient connus que des aficionados. J'ai pu tous les lire, les compiler et les partager avec le public français. J'ai vraiment l'impression d'avoir apporté une plus-value par rapport à toutes les vidéos d'analyse de films qu'on pouvait voir. Ça a vraiment été un travail de malade, pendant trois mois, et je suis content parce que j'ai pu aborder des sujets personnels sur l'art, sur l'auteur Clive Barker que j'adore. Puis 40 minutes de vidéo, c'est vraiment presque un documentaire.

Après j'aime beaucoup celle aussi sur le body horror, puisqu'elle est assez personnelle, elle parle du corps, des problèmes qu'on a avec notre corps... Je suis content parce que c'est hyper gore ce qui est montré dedans et pourtant j'ai l'impression que la vidéo est douce.

Clubic : C'est ce qui ressort de tes vidéos d'ailleurs... Malgré les thématiques abordées, on ne ressort pas en stress ou en sueur de celles-ci, mais presque apaisé.

ALT 236 : Il y a une phrase que j'aime bien, c'est « donnez-moi la main, nous allons en enfer »... Parce que si on y va avec une autre approche, qui est plus sensible avec des images et une voix qui t'emmènent de façon douce, ça intéresse davantage.

Il y a des gens qui me disent qu'ils ne sont pas spécialement fans des films d'horreur et que grâce à mes vidéos, ils peuvent explorer cet univers sans souffrir de rester tout seuls chez eux. Je ne veux pas intéresser que les fans de films d'horreur, mais aussi les gens qui n'y connaissent rien, car il y a plein de trucs riches là-dedans. C'est plus une invitation qu'une démonstration.

Je veux aller au fond de l'horreur, mais avec bienveillance et une forme de douceur pour montrer qu'il y a des trucs qui sont géniaux et faire tomber cette barrière de la peur.

« Je bosse sur une série »


Clubic : Comment tu vois évoluer ta chaîne dans 6 mois, 1 an, 2 ans... ? Est-ce qu'il y a des choses que tu voudrais encore réaliser ?

ALT 236 : Il y a la fameuse loi qui vient de passer sur les droits d'auteur, avec le fameux article 13 (NDLR : un filtre de droits d'auteur plus lourd qui empêche les créateurs d'emprunter et de remixer du contenu). Il y a tout de même beaucoup d'images dans mes vidéos qui ne sont pas à moi... donc je suis directement touché par ce problème. Je suis très curieux de voir comment ça va être mis en œuvre.

Sur ma dernière vidéo, j'ai trois passages qui ont été strikés et ma vidéo n'était plus accessible. J'ai dû zoomer dans l'image, la mettre en miroir et la pencher pour que ça passe.
Si cette réglementation s'applique strictement, je vais devoir développer une nouvelle forme de vidéo où je vais devoir aller vers quelque chose de plus documentaire, de plus filmé... Et surtout, j'adorerais faire de la fiction.

Ça fait plusieurs années que je bosse sur une série, mais tout va dépendre du financement. Mais la série est de genre fantastique, et on a un problème avec ça en France. On n'en produit plus depuis des années, je suis effaré par notre manque de production dans ce sens. Mais ça va prendre du temps.

Clubic : Tu penses pouvoir compter sur le participatif également pour ce projet, des producteurs ?

ALT 236 : Comme j'ai plus de 50 000 abonnés, je suis éligible pour faire une demande de financement auprès du CNC, qui commence à aider à la création numérique. Et puis il peut y avoir du crowdfunding... mais ce n'est pas l'option que je privilégie.

Clubic : Cette absence du genre fantastique en France, c'est culturel d'après toi ?

ALT 236 : Je pense que c'est très lié aux circuits de production, mais on avait Gustave Doré, Georges Méliès, Jules Verne... On a été un des berceaux du fantastique. En plus, aujourd'hui, à part Valerian, on a d'autres trucs incroyables à adapter. Soit on n'a pas le public, soit on est convaincu qu'il n'y a que des comédies et des drames qui marcheront en France. Il faut essayer de faire bouger ça. Il y a la web-série Le Visiteurs du futur qui va être adapté en film. Je pense que c'est un public de plus en plus grand. Mais je sais que ça doit être cher à produire.

Clubic : La multiplication des plateformes comme Netflix, Amazon Prime, Hulu, puis les futurs Disney et Warner/HBO, ça peut aider au développement du fantastique...

ALT 236 : Ah oui, clairement. Mon projet, j'irai le montrer à Netflix, OCS etc. J'ai cette volonté de créer des choses.

J'ai mis en ligne des podcasts sur ma chaîne, ça s'appelle Prisme. Le concept, c'est que tu l'écoutes dans le noir, avec un casque, avant de t'endormir. Ce sont des histoires mentales conçues pour être à la poursuite du sommeil, et là c'est une histoire que j'ai inventée moi-même. J'adore partager des univers d'artistes, mais évidemment qu'au fond de moi il y a l'envie d'en créer aussi.

Clubic : Pourquoi ALT 236 ? Ça correspond à la lettre ý sur notre clavier...

ALT 236 : Je voulais à la base trouver un nom un peu étrange qui pouvait traduire le fait que je pouvais parler de plein de choses, et du coup je me suis dit « tiens, le symbole de l'infini ce serait génial. » Et j'ai regardé comment reproduire ce signe avec le clavier, et ça m'avait indiqué ALT 236... sauf que c'était l'ancienne norme des claviers.

C'est un peu énigmatique, informatique. Je t'avoue que ce n'est pas évident pour s'y reconnaître, ce n'est pas très sexy. Mais quand tu sais de quoi je parle sur la chaîne, ça ajoute une pointe de mystère.

Clubic : Quentin, on te remercie sincèrement pour le temps que tu as bien voulu nous accorder, et tu sais tout le bien qu'on te souhaite avec Alt236. À bientôt !

ALT 236 se découvre également en musique, à bon entendeur...

Modifié le 03/11/2018 à 18h49

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