Test Assassin's Creed Valhalla : une brillante synthèse de dix ans d'open-world

Pierre Crochart
Spécialiste smartphone & gaming
09 novembre 2020 à 12h01
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Ayant, semble-t-il, appris de ses erreurs, Ubisoft s’autorise désormais des temps plus longs pour alimenter sa licence Assassin’s Creed. Voilà deux ans que nous laissions Kassandra ou Alexios aux portes de Sparte. Aujourd’hui, les équipes montréalaises de l’éditeur nous invitent en Norvège et dans l’Angleterre du 9e siècle pour prendre part à la saga d’Eivor.

Un douzième opus canonique, qui s’inscrit dans cette grande tendance d’exploration de la mythologie nordique. Et autant dire qu’après l’envoûtant Hellblade et l’inattendu God of War, Assassin’s Creed Valhalla a intérêt à bomber le torse pour imposer sa vision artistique.

Nous attaquons toutefois ce nouvel épisode confiants. Ubisoft nous a rarement déçus en matière de world building sur sa licence phare. C’est donc avec plus de hâte que d’inquiétudes que nous avons entamé cette épopée guerrière signant, au passage, un adieu aux consoles de génération actuelle.

Le point config : Assassin’s Creed Valhalla a été testé sur PC, en 1440p avec tous les réglages graphiques poussés au maximum, sur une configuration de 2018. À savoir un Ryzen 7 2700, 16 Go de RAM et une RTX 2070. Le framerate oscillait selon les situations entre 30 et 60 images par seconde, avec une moyenne établie à 45.

Une colonie à faire prospérer

Après que ses parents ont été assassinés en marge d’une célébration de paix, le ou la jeune Eivor se trouve un nouveau foyer sous l’aile du Clan du Grand Corbeau. Avec son frère adoptif Sigurd, héritier du Clan, Eivor grandit avec pour seul objectif de faire rayonner sa Maison, et de refermer peu à peu ses serres autour d’une Norvège en proie aux guerres intestines. Mais ça, c’était avant que la succession de Sigurd lui passe sous le nez suite à une alliance surprise nouée par son père. Vexés Sigurd et Eivor chargent un drakkar avec ce qu’ils peuvent de vivres et de nourriture pour aller écrire leur propre saga : celle de la conquête de l’Angleterre.

Le problème, c’est que cela fait déjà plusieurs années que leurs semblables ont eu la même idée. Il va donc s’agir de trouver sa place dans un pays écartelé par les Danois, les Norvégiens et les Saxons.

La première chose à faire sera d’établir une colonie. Au départ simple campement de fortune, il vous appartiendra de la faire prospérer à grand renfort de raids et de pillages. L’inspiration de Red Dead Redemption 2 est inscrite en filigrane sur tout ce pan du gameplay ; même si Assassin’s Creed Valhalla propose un côté plus «gestion» qui n’était pas présent dans le blockbuster de Rockstar.

La progression de votre colonie s’étale sur six niveaux. Chacun débloquant de nouveaux bâtiments à construire grâce aux matières premières amassés durant vos mises à sac de villages ennemis. Ces nouveaux venus dans votre hameau viennent épaissir une liste d’activité déjà conséquente : pêche, chasse et quêtes spécifiques liées. On trouvera également de quoi personnaliser son avatar grâce au salon de tatouage et de coiffure, et j’en passe. Bref, une véritable société en bourgeonnement qu’il vous appartient de faire fleurir.

Conquérir l’Angleterre, région par région

Chaque chapitre d’Assassin’s Creed Valhalla se décompose de la même façon. Il y a d’abord ce rendez-vous avec Randvi, la compagne de Sigurd, à la table des opérations. Celle-ci vous briefe rapidement sur la situation dans les différents comtés d’Angleterre. À vous ensuite de choisir où déplacer vos pions. Autrement dit : où vous rendre pour nouer des alliances et renforcer votre présence sur l’île.

Une fois arrivé sur place, une rencontre avec une sommité de la région vous en apprendra plus sur les forces en présence. C’est à ce moment que le caïd de la zone vous sera présenté ; lequel devra passer l’arme à gauche pour vous garantir le soutien escompté des habitants du patelin.

S’ensuit une série de quêtes plus ou moins longue et palpitante en fonction de la région choisie. Certaines sortent clairement du lot, comme celle impliquant le jeune et inexpérimenté Oswald, destiné à épouser une guerrière danoise dans l’espoir d’apaiser les tensions entre les peuples en Est-Anglie. C’est notamment au cours de cette quête que l’on constate les beaux progrès faits par Ubisoft Montréal en matière d’écriture et de mise en scène. Pour la première fois depuis des lustres, je me suis lié d’affection pour un personnage secondaire d’un Assassin’s Creed. Je n’en demandais pas tant !

Malheureusement pour le joueur, on lui demandera de répéter ce même schéma une petite dizaine de fois. Certes, chaque région a ses spécificités (tant topographiques que politiques), mais on en revient à une boucle de gameplay cousue de fil blanc. Des coutures qui, après quelque 25 heures de jeu (sur une bonne quarantaine environ), commencent à craquer. D’autant qu’Assassin’s Creed Valhalla est probablement l’épisode le plus bourrin de la licence. Au détriment, hélas, de tout un pan de l’ADN de la saga.

Un opus plus guerrier que jamais

Par nature, Assassin’s Creed Valhalla est brutal. Après tout, il s’agit d’incarner une troupe viking partie à la conquête de l’Angleterre ; on n’est pas là pour enfiler des perles.

Les affrontements du jeu sont donc beaucoup plus viscéraux qu’auparavant. Dans une espèce de conjugaison des systèmes de jeu d’Assassin’s Creed Origins et Odyssey, Valhalla panache des duels tactiques à des mêlées illisibles pour un résultat en demi-teinte. La plupart du temps, il vous sera demandé de sonner du cor et de vous ruer vers vos ennemis à la tête d’une armée de Vikings assoiffés de sang. On est clairement plus proches de For Honor que d’Altaïr ou Ezio, fondant la foule discrètement pour occire une cible sans bavure.

Comme dans les deux précédents opus, Eivor dispose d’aptitudes uniques au corps à corps et à distance pour dérouiller le plus rapidement possible ses adversaires. Du côté de l’arsenal, on pourra évidemment jouer de la hache, du marteau, de la lance et de l’épée. Le tout agrémenté ou non d’un bouclier qui s’avère bien utile contre les mobs les plus retors. En combat, il s’agit en effet de parer les coups adverses au moment idoine afin de créer l’ouverture qui permettra de mettre à l’amende votre opposant. Pas toujours facile lors d’un raid, ou plusieurs dizaines d’ennemis vous tournent autour.

Néanmoins, la difficulté est rarement au rendez-vous. Exception faite de quelques rencontres avec des soldats élites, on roule la plupart du temps sur les nuées d’adversaires. Aussi, il ne faut pas avoir peur de hausser le niveau de difficulté du jeu par rapport à ses habitudes. Saluons par ailleurs Ubisoft, qui décompose la difficulté de son jeu en plusieurs strates. Il y a le niveau de difficulté des combats, celui de l’infiltration et celui de l’exploration — chacun faisant varier les critères qui lui sont propres. Bien pensé, notamment pour les experts en infiltration qui ont besoin d’un coup de pouce en combat… ou l’inverse.

Ceux qu’on ne voit pas

Mais Assassin’s Creed, à la racine, c’est surtout l’histoire d’un affrontement séculaire entre deux factions que tout oppose. Non, pas les Républicains et les Démocrates ! Les Assassins et les Templiers, voyons.

Ici renommés respectivement «Ceux qu’on ne voit pas» et «l’Ordre des Anciens» pour des raisons de timeline, les deux groupes ennemis ont évidemment un rôle important à jouer dans le scénario de Valhalla. Vous serez d’ailleurs rapidement mis le pied à l’étrier en recevant la fameuse lame secrète dans la première heure de l’aventure.

Mais comme l’aspect infiltration du gameplay, cette toile de fond scénaristique met beaucoup de temps à émerger du tableau. Si Valhalla est, de façon bien paradoxale, l’un des «nouveaux» Assassin's Creed les plus proches de l’opus originel (il est de nouveau possible de se fondre dans la foule et de se camoufler sur des bancs publics), il est aussi celui qui fait le moins d’efforts pour faire avancer le schmilblick. Comme s’il ne fallait pas perdre les nouveaux joueurs… ou comme une confidence polie qu’en vrai, on s’en fout un peu de cette histoire.

Il faut d’ailleurs voir la réaction du joueur lorsqu’au détour de certains chapitres, le jeu nous renvoie à l’époque actuelle aux commandes de Layla. «Ah, c’est vrai», ai-je dû lâcher spontanément. Comme une preuve que cet arc scénaristique est totalement marginal… et oubliable.

Ce qui nous amène au principal grief que l’on peut opposer à Assassin’s Creed Valhalla (et à ses prédécesseurs) : il en fait beaucoup, beaucoup trop.

Plein comme une outre

La multiplication des arcs scénaristiques n’est que la face émergée de l’iceberg. Rendez-vous compte : Assassin’s Creed Valhalla fait cohabiter l’histoire d’Eivor et de son frère à la conquête de l’Angleterre, la lutte des Assassins et des Templiers en toile de fond, des passages impliquant les divinités d’Asgard pour le côté fantastique, et les intrigues de Layla et d’Abstergo en guise de méta-histoire. On vous conseille de prendre des notes pour vous y retrouver.

Mais le joueur doit aussi composer avec une myriade d’activités et de quêtes annexes qui épaississent encore l’univers dans lequel il évolue. Aux traditionnels points de synchronisation s’ajoutent des lieux mystiques à visiter et à purger de leur mal, des rencontres aléatoires avec des passants, mais aussi des concours de boissons et même des joutes verbales (dont on est absolument fans).

Si la carte nous apparaît moins éparse que celle d’Odyssey, elle est remplie à ras bord. Comme quoi certaines leçons de The Legend of Zelda : Breath of The Wild sont sorties par l’autre oreille. Il est impossible de faire plus de 500 mètres sans qu’une petite lueur sur la carte nous indique la présence d’un coffre ou d’une quelconque activité. Notre cerveau reptilien en permanence excité par la promesse de ces trésors, la progression dans Assassin’s Creed Valhalla se fait par à-coups.

D’autant que s’il nous agite continuellement du loot sous le pif, le jeu s’y prend assez mal pour récompenser le joueur curieux. Là où Odyssey nous noyait littéralement sous une montagne d’équipements, Valhalla mise sur la parcimonie. Très peu d’armes sont à la disposition du joueur, et il lui appartient de les améliorer en récupérant des matériaux pour en faire évoluer le look et les caractéristiques. Une approche à la God of War, pourrait-on dire, qui s’accorde assez moyennement à un titre comme Assassin’s Creed.

Même réserve quant à la progression du personnage. À chaque niveau gagné, le joueur remporte deux points de compétence à dépenser comme il le souhaite sur un arbre de talents absolument titanesque. La plupart des branches n’accordent que des améliorations passives (en défense, attaque, éliminations discrètes), mais l’on trouve aussi des aptitudes de combat plus intéressantes comme la possibilité de renvoyer des projectiles ou d’enchaîner les assassinats en cas de non-détection. Ça fonctionne, mais rares sont les compétences à réellement changer la donne ; le gameplay n’évolue pas drastiquement entre un Eivor de niveau 10 et un Eivor de niveau 150. De guerre lasse, il m’est parfois arrivé d’oublier de dépenser mes points de compétence, sachant pertinemment que cela ne changerait pas grand-chose à mon aventure.

Immersion tambour battant

On l’a déjà abordé plus haut : l’écriture d’Assassin’s Creed Valhalla nous apparaît beaucoup plus soignée que sur les précédents opus. Eivor est d’ailleurs l’un des meilleurs témoins de ces efforts, tant le personnage brille par sa sagesse et ses saillies percutantes. Précisons en aparté qu’il est possible de changer le sexe du personnage à la volée, sans aucune difficulté ni changement de rythme, par un simple passage dans les menus du jeu. Si vous souhaitez faire une mission sur deux avec un ou une Eivor, libre à vous !

Étonnamment poète, Eivor est un personnage loyal dont la compassion entre parfois en conflit avec son sens aigu de l’honneur. Dévoué à la grandeur de son frère Sigurd, Eivor doit parfois se mettre en retrait, même si ses sujets voient en lui / elle un leader né. De quoi préparer le petit bois qui, bientôt, accueillera les braises d’une confrontation que les Oracles prédisent d’entrée de jeu.

Si le scénario paraît téléphoné à plusieurs égards, il reste plaisant à suivre. D’autant que le joueur est invité à s’y investir : grâce aux choix de dialogue, on a la possibilité d’influer sur certaines décisions. Car oui, Assassin’s Creed Valhalla dispose de nombreux embranchements scénaristiques pouvant faire varier la fin de l’aventure.

Artistiquement renversant

Il nous reste à aborder le cas du personnage principal de tout Assassin’s Creed qui se respecte : son aire de jeu. Soyons francs, on va moins vers la licence d’Ubisoft pour ce qu’elle nous raconte que pour les voyages qu’elle nous promet.

Dans Valhalla, l’essentiel du jeu se déroule donc dans l’Angleterre du IXe siècle. Un territoire magnifique, qui fait baigner ses couleurs automnales dans une lumière chaude provoquant un émerveillement de tous les instants.

Assassin’s Creed Valhalla est photogénique, et il le sait. Aussi c’est un véritable plaisir de retrouver un mode Photo aussi permissif que celui d’Ubisoft qui permet de faire un arrêt sur image à n’importe quel moment pour immortaliser une scène.

Vous l’aurez sans doute deviné, mais le contexte anglo-saxon du titre signifie que, pour la seconde fois de l’histoire de la licence, nous foulerons du pied une certaine Lunden : l’ancêtre de Londres que nous faisions déjà nôtre dans Assassin’s Creed Syndicate. Un joli clin d’œil, d’autant plus après la sortie, il y a deux semaines à peine, de Watch Dogs Legion. Que dire sinon que les choses ont bien changé en quelque 1160 ans d’histoire ?

Assassin's Creed Valhalla : l’avis de Clubic

Découvrir un nouvel Assassin’s Creed, c’est comme recevoir une boîte de ses chocolats préférés à Noël. On sait précisément ce que l’on trouvera à l’intérieur, et on s’en goinfrera jusqu’à avoir mal au ventre.

Valhalla ne renouvelle en rien une formule bien rodée. Ubisoft cherche moins à créer qu’a synthétiser tout ce qui a pu se faire de mieux en matière de mondes ouverts ces dix dernières années.

Reconnaissons que l’alchimiste a un certain talent. En incorporant à une grande marmite de The Witcher 3 des extraits de Breath of the Wild et de Red Dead Redemption 2, Assassin’s Creed Valhalla a le goût d’une potion que l’on connait déjà bien. Elle ne froissera personne, et invite surtout celles et ceux qui auraient raté les dégustations précédentes à se joindre à la fête.

Autant conclure en filant la métaphore : Assassin’s Creed Valhalla est un très bon cru.

Assassin's Creed Valhalla

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Le hiatus de deux ans que s’est accordé Ubisoft après Odyssey a permis à l’éditeur de peaufiner sa recette. Valhalla n’invente rien, ou presque, mais récite sa leçon avec l’aisance d’un élève studieux et appliqué.

On passe un excellent moment à déambuler dans les prairies automnales d’une Angleterre en proie aux Vikings. D’autant qu’Ubisoft a semble-t-il pris des cours d’écriture et de mise en scène pour, à chaque instant, nous encourager à poursuivre notre conquête.

Opus très guerrier, Valhalla relègue toutefois au second plan un aspect infiltration qui est pourtant au cœur de la série. Une tendance qui s’était déjà dessinée sur Origins et Odyssey, mais qui atteint ici son paroxysme. Il faut aussi alerter sur une générosité du contenu à double tranchant : d’un côté, vous n’aurez jamais matière à vous ennuyer. De l’autre, vous aurez parfois l’impression de ne pas voir le bout d’une aventure qui, pourtant, a tout fait pour vous captiver. Parfois décourageant, hélas.

Les plus

  • Artistiquement splendide
  • Un contenu gargantuesque…
  • De nets progrès en termes de mise en scène
  • Eivor, l’un des Assassins les plus attachants qu’on ait incarnés
  • Un opus très guerrier…

Les moins

  • Un jeu un peu trop facile, même dans les niveaux de difficulté supérieurs
  • … au risque de lasser
  • Un système de loots peu gratifiant
  • … au détriment de l’infiltration

Test réalisé sur PC via un code fourni par l'éditeur.

Modifié le 10/11/2020 à 16h16
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