Test de Ghostrunner : le fruit ninja cyberpunk sous amphétamines !

Virgile Rasera
Spécialiste Gaming
28 octobre 2020 à 21h21
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8

Signe d'une anxiété galopante s'emparant de l'imaginaire collectif, ou effet de mode ressurgissant du passé, le cyberpunk est un genre qui se porte à merveille depuis quelques temps. Les produits culturels revêtant ses couleurs se succèdent sans discontinuer, malgré une inexorable saturation du marché. Aussi, quand le jeune studio polonais One More Level a annoncé Ghostrunner lors de la GamesCom 2019, la nouvelle fut tièdement accueillie. Et bien nous avions tort et sommes ravis de l'admettre !

La fin du monde a eu lieu, l'humanité est à genoux et ce qu'il en reste s'est retranché dans un ultime bastion, la gigantesque tour Dharma. Le choix de la verticalité n'est pas le fruit du hasard puisque la société est désormais hyper hiérarchisée en un système de castes, tenu d'une main de fer par Le Maître des Clefs. Evidemment cette réorganisation autoritariste de la société ne s'est pas faite sans dissidence, mais la rébellion a été matée et se retrouve désormais exsangue.

C'était toutefois sans compter sur le réveil d'un redoutable épéiste cybernétique, jeté hors de la tour et privé de sa mémoire, qui va venir en aide à la seule résistante encore vivante, en partant à l'assaut de la tour. Etage après étage, le Ghostrunner se hissera jusqu'au sommet, et ce malgré les injonctions à se détourner de ce noble combat, répétées par le Grand Architecte, être mystérieux et désincarné l'accompagnant tout au long de sa quête.

Voilà pour le scénario de Ghostrunner, dont la narration repose entièrement sur des dialogues in-game et réclame malheureusement une attention qu'on a toutes les peines du monde à lui accorder. Et pour cause, on est tenté de se consacrer prioritairement sur l'action trépidante, dans laquelle le jeu nous plonge avec brio.

Harder, bretteur, faster, stronger

Pour sa toute première réalisation, One More Level ne réinvente pas le genre mais puise intelligemment son inspiration dans de multiples sources, pour obtenir une hybridation d'une redoutable efficacité. On retrouve ainsi du parkour façon Mirror's Edge, associé au rythme frénétique d'un fast-FPS à la DOOM et au parti pris « one shot, one kill » d'un SuperHot… La formule maxi best-of concoctée par le développeur polonais met le joueur sous perfusion d'adrénaline et nous maintient presque constamment sous pression.

Et voici que notre ninja cybernétique, aux faux airs du mythique Gray Fox de MGS, bondit, court contre les murs et exécute ses ennemis d'un seul coup de lame. Ceux-là le lui rendent d'ailleurs bien, car la moindre balle nous est également fatale. Le rythme ainsi imprimé par la sévérité de la sanction, entraîne alors des dizaines et des dizaines de tentatives pour parvenir à ses fins. Fort heureusement, il est possible de repartir instantanément du dernier checkpoint, un peu la manière d'une erreur de trajectoire ou d'une sortie de route dans Trackmania.

Attention chérie, ça va trancher !

Ghostrunner est donc un die & retry pur jus qui nécessite de mourir un très grand nombre de fois avant de pouvoir appréhender efficacement les différentes séquences composant les multiples niveaux, entre ennemis aux caractéristiques très variées et parcours d'obstacles périlleux. D'abord laborieuse, notre progression devient de plus en plus fluide à mesure que s'affinent notre maîtrise des capacités surhumaines du Ghostrunner et notre lecture de plus en plus instinctive du level design.

Un héros boosté aux augmentations cybernétiques

En plus de courir, bondir et glisser comme un champion sous EPO et hormones de croissance, notre héros dispose également d'une sorte de grappin énergétique lui permettant d'atteindre des plateformes haut perchées. Dès lors, l'utilisation de toutes ces possibilités de mouvements donne lieu à des acrobaties virevoltantes, grisantes et de plus en plus gratifiantes à mesure que la maîtrise que nous en avons s'affine. On regrette néanmoins que, ponctuellement, certaines interactions avec des plateformes ne se déclenchent pas, tandis que d'autres se produisent sans que nous l'ayons voulu. Des situations certes un peu exceptionnelles mais qui font tâche pour un titre jouant la carte de la précision et de la rapidité d'exécution.

Courir à toute vitesse sur les murs est l'un de nombreuses habilités du Ghostrunner

Cela étant dit, la palette de mouvements du Ghostrunner ne se limite pas à des prouesses athlétiques hors du commun. Notre bretteur sur-augmenté peut également compter sur quelques tours de passe-passe prompts à le sortir des situations les plus désespérées. Au premier rang de ces astuces, la possibilité, après un saut, de ralentir le temps durant un court instant pour se décaler à gauche ou à droite et ainsi éviter un tir qui nous mettrait échec et mat. Une capacité tout aussi utile lorsqu'il s'agit de temporiser lors d'une séquence de plateformes dont le rythme effréné rend la lecture du terrain et l'anticipation des prochains obstacles difficiles pour notre modeste cerveau humain.

À cela s'ajoute encore, au cours de notre progression, un ensemble techniques spéciales dont l'utilisation vient puiser dans une jauge de focus qui se restaure au fil des exécutions. Elles sont au nombre de quatre :

  • une frappe instantanée qui nous téléporte sur l'ennemi dans notre ligne de mire ;
  • un blast balayant l'opposant comme un fétu de paille ;
  • une vague d'énergie horizontale façon Strider capable de découper plusieurs assaillants d'un seul coup et à longue distance ;
  • la possibilité de retourner un ennemi contre ses pairs pour nous assister.
L'une des techniques spéciales, une lame d'énergie détruisant tout sur son passage

Chacune de ces techniques peut être boostée via un système d'amélioration assez original consistant en une grille sur laquelle placer des ensembles de blocs, façon Tetris. Il s'agira alors d'associer au mieux les possibilités d'augmentation de diverses natures, les plus puissantes occupant évidemment le plus d'espace.

À noter que chaque emplacement laissé vacant n'est pas non plus totalement perdu puisqu'il permet de diminuer le temps de recharge avant la prochaine utilisation d'une de ces techniques spéciales. Il y a donc même un intérêt à ne pas remplir la totalité de la grille, si l'on souhaite privilégier la fréquence d'utilisation à la puissance. Et c'est plutôt bien vu de la part de One More Level !

Un ballet meurtrier qui va crescendo

Fort de ce répertoire offensif particulièrement fourni, on pourrait croire que notre ninja cybernétique se promène avec aisance et désinvolture au milieu des hordes d'ennemis se dressant sur sa route. Que nenni. One More Level a savamment orchestré le programme des réjouissances qui nous attendent et chaque niveau est ainsi l'occasion de se frotter à un nouveau type d'ennemi ou d'assimiler une nouvelle mécanique environnementale.

Du porte-flingue de base, on passe rapidement au soldat équipé d'une pétoire à grosses rafales nous obligeant à rester constamment en mouvement. Vient ensuite le solide gaillard planqué derrière un bouclier énergétique qui nous oblige à le prendre à revers pour s'en défaire, ou encore le spécialiste du corps à corps bondissant à notre rencontre pour nous écraser au sol, en passant par le ninja à la vitesse d'exécution qui n'a rien à envier à la notre. Et c'est sans compter le lanceur de projectiles se téléportant à notre approche et, pour terminer, les répugnantes créatures rampantes et explosives qu'il faudra nécessairement fuir à grandes enjambées. Le tout est évidemment ponctué de trois combats de boss, tous aussi réussis les uns que les autres, et ce dans des styles complètement différents.

L'un des trois boss du jeu

Même chose côté environnements de jeu qui s'enrichissent progressivement de nouvelles interactions, étoffant ainsi la gamme de manœuvres à réaliser pour arriver au bout de chaque parcours. Qu'il s'agisse de nouvelles capacités momentanées, comme de gigantesques sauts, de shurikens avec lesquels désactiver des systèmes électroniques verrouillant certains accès, de rails auxquels se suspendre pour les dévaler à toute vitesse, ou de structures mobiles à pirater en plein parcours pour en assurer la continuité et ne pas tomber dans le vide, Ghostrunner regorge de bonnes idées de level design. Et si la première moitié des 17 niveaux du jeu n'en déploie que les plus conventionnelles, la seconde met le paquet, chaque palier se concluant sur un sourire béat du joueur (et une certaine fébrilité, n'ayons pas peur de l'admettre).

Seul ombre dans ce beau tableau, le Cybervoid. Il s'agit d'un monde virtuel où le jeu nous emmène à de nombreuses reprises. Il prend ainsi la forme de niveaux intermédiaires essentiellement orientés vers la plateforme et la réflexion. Esthétiquement très réussis, ces niveaux parallèles auraient pu constituer des respirations bienvenues dans le rythme effréné auquel nous astreint le jeu. Malheureusement, en dehors du dernier d'entre eux - absolument mémorable- ces niveaux font se succéder énigmes paresseuses et séquences de plateforme dont le seul challenge réside dans leur inadéquation avec le gameplay survitaminé du jeu, résultant en d'innombrables et inévitables chutes.

Esthétiquement très réussi, le Cybervoid manque bien souvent d'intérêt ludique

Une direction artistique à deux vitesses

Autre grief adressé au premier titre de One More Level, l'inégalité de sa direction artistique.

La première moitié du jeu a des airs de production générique dont les assets graphiques semblent avoir été utilisés dans de nombreux autres jeux, situés dans un univers cyberpunk. Sur ses sept ou huit premiers niveaux, Ghostrunner peine donc à imposer une identité visuelle un tant soit peu originale, tant et si bien qu'on a la désagréable impression que toute nouvelle aire de jeu n'est qu'une redite à peine différenciée de la précédente.

Il faut alors attendre d'être arrivé à mi-parcours du jeu pour qu'enfin le studio polonais nous sorte de cette succession un peu austère de couloirs techno-crasseux et nous offre des environnements plus ouverts et aériens aux ambiances nettement plus travaillées.

Après une première moitié du jeu visuellement assez quelconque, le jeu propose de très beaux environnements

Heureusement, la constance avec laquelle la bande-son composée par Daniel Deluxe nous emporte dans des hochements de tête convaincus détourne notre attention de la monotonie des premiers environnements.

Succession efficace de gros sons synthwave énervés et de techno au kick puissant, le soundtrack du jeu est un régal pour les oreilles. Et si il arrive parfois qu'une piste vienne à nous lasser c'est seulement parce que l'accumulation des échecs nous conduit à demeurer un peu trop longuement dans un niveau… Et ça le compositeur n'y peut malheureusement pas grand chose.

Enfin il nous reste à saluer la technique du jeu, tout du moins sur PC, plateforme sur laquelle a été réalisé ce test. Développé sur Unreal Engine 4, le titre de One More Level s'accommode très bien d'une configuration moyenne. En ce qui nous concerne, nous n'avons rencontré aucun désagrément sur une machine équipée d'une GTX 1080 Ti épaulée par 32 Go de Ram. Les joueurs disposant d'une configuration plus musclée pourront même profiter d'une compatibilité avec DirectX 12 et de jouir ainsi du Ray tracing.

Ghostrunner : l'avis de Clubic

On n'en attendait franchement pas grand chose et pourtant Ghostrunner nous a conquis ! Terriblement vif et grisant, le premier titre du studio polonais One More Level nous a ravi en enchaînant les moments de bravoure, dans la dizaine d'heures de jeu qu'a nécessité notre premier run (comptez bien trois heures de moins si vous êtes plus dégourdi que votre serviteur, c'est à dire, certainement pour la majorité d'entre vous).

D'une difficulté corsée mais progressive et bien dosée, l'aventure qui nous est ici proposée prend réellement son envol, passée la première moitié du jeu. Avant cela, il faut bien reconnaître que le rythme manque peut-être de panache et les nouvelles propositions avancées par le studio, d'un peu de folie. Arrivé à mi-parcours, toutefois, le jeune studio déroule un scénario haletant au terme duquel nous sommes arrivés sur les rotules mais satisfaits du chemin parcouru.

Au point d'en oublier un peu les quelques égarements du titre, comme des interactions qui oublient parfois de se déclencher, des séquences dans le Cybervoid qui tombent à plat ou une direction artistique en demi-teinte. Il serait donc dommage de s'attarder sur ces quelques écueils. Ghostrunner un gros shoot d'adrénaline convoquant nos réflexes les plus insoupçonnés et qui fera assurément le bonheur des amateurs de speedrun. Car une fois la totale maîtrise du gameplay acquise, on se fera un plaisir d'y revenir pour des runs de plus en plus efficaces et de mieux en mieux chorégraphiés.

Ghostrunner

8

Pour une surprise, c'est une bonne surprise ! Fort de cette première réalisation, One More Level s'en sort avec les honneurs pour ce jeu d'action / plateforme survitaminé bourré de bonnes idées de gameplay et de level design. Passé une première moitié de l'aventure quelque peu en retrait côté intensité et direction artistique, le jeu prend enfin son envol pour notre plus grand plaisir. Et malgré quelques impairs, notamment lors des séquences dans le Cybervoid ou ponctuellement lorsque des interactions avec le décor oublient de se déclencher, Ghostrunner fera sans nul doute le bonheur des amateurs de challenge relevé en manque de sensations fortes.

Les plus

  • Un gameplay grisant une fois maîtrisé
  • Belle variété d'ennemis et de boss
  • Difficulté corsée mais bien dosée
  • Un level design bourré de bonnes idées
  • Une replay value certaine
  • Une bande-son tonitruante

Les moins

  • Direction artistique en demi-teinte
  • Quelques problèmes ponctuels d'interactions avec le décor
  • Une première moitié du jeu moins entrainante
  • Les niveaux du Cybervoid sans grand intérêt, hormis le dernier
  • Difficile de se concentrer sur l'histoire quand l'action fait rage
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