Indiescovery #1 : Deliver Us the Moon

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Le 24 novembre 2018
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deliver us the moon

Indiescovery, c'est votre nouveau rendez-vous avec le jeu vidéo indépendant. Une chronique libre rédigée avec passion après 2h12 de jeu exactement. Si on vous en parle, c'est qu'on a aimé. Bonne découverte !

Deliver Us the Moon

par KeokeN Interactive (2018)

Lorsque l'on m'a confié la charge de ce rendez-vous pour le nouveau Clubic, mon sang n'a fait qu'un tour. Le brief était simple, et plutôt attrayant pour le gratte papier que je suis : jouer à un jeu quelques heures, une production indépendante de surcroît, et en parler en toute liberté, sans restriction d'aucune sorte, à mille lieux de l'exercice formel du test. Facile, m'étais-je alors dit naïvement.

C'est donc la fleur au fusil que j'ai sélectionné, puis installé Deliver us the Moon sur ma bécane, que j'ai lancé un compte à rebours réglé sur deux heures douze précisément (il fallait bien choisir une durée de jeu, et celle-ci en vaut bien une autre), et que j'ai lancé ma partie.

Ces quelques 132 minutes plus tard, le constat est amer, et c'est avec le cœur serré que j'ai dû interrompre ma partie afin de respecter les consignes de cet exercice. À l'heure où je tape ces lignes sur mon clavier, près de deux jours plus tard, ma seule et unique envie est de me replonger dans la formidable histoire que j'ai pu découvrir durant ma (courte) session de jeu.

deliver us the moon

« L'important c'est pas le décollage, c'est l'alunissage. L'important c'est pas... »

Deliver us the Moon, c'est un de ces projets Kickstarter comme il y en eut tant ces dernières années. Une petite équipe, motivée, qui se lance dans le grand bain pour réaliser son projet, sa vision, son rêve si l'on veut verser dans le sentimentalisme. Un peu plus de 100 000 euros plus tard, et deux années de développement, KeokeN Interactive tient sa promesse et nous livre Deliver us the Moon : Fortuna, un titre que je regrette amèrement de n'avoir pu financer à l'époque.

« Pour la faire courte, l'humanité a déconné dans les grandes largeurs »


Jeu narratif qui alterne les passages à la première et la troisième personne si l'on souhaite entrer dans les détails, il est avant tout une histoire interactive qui nous prend par la main pour nous faire visiter un futur sombre et désespéré, qui ne semble au final pas si lointain de notre présent. Pour la faire courte, l'humanité a déconné dans les grandes largeurs, bouffant allègrement les ressources naturelles de notre belle planète jusqu'à épuisement (ça vous rappelle quelque chose ?).

Pour pallier ce problème, cette même humanité s'en est allée sur la Lune où elle s'est dégotée une énergie de substitution qu'elle balance à la Terre grâce à un dispositif orbital de pointe. Manque de bol, le Blackout est arrivé. Pour une raison inconnue, la source énergétique s'est tarie, et la Lune s'est tue, laissant la Terre bien dépourvue. Et autant vous dire que la bise est bien venue, et qu'elle ne se laisse pas faire la bougresse. Privée d'énergie, la Terre a peu à peu sombré dans le chaos et la misère.

Cinq ans après cet événement fatidique, et après maints efforts, vous êtes envoyé en orbite pour tenter de rétablir la connexion entre la Terre et la Lune, découvrir ce qui s'est passé pendant le fameux Blackout et, au final, sauver la journée comme disent nos amis outre Atlantique.

« N'espérez donc pas y dézinguer des hordes d'aliens belliqueux »


deliver us the moon

La lune c'est bien mais c'est encore mieux avec un copain

Comme je l'ai précisé en amont, Deliver us the Moon est un jeu narratif qui s'apparente plus au simulateur de promenade spatiale qu'au jeu d'action. N'espérez donc pas y dézinguer des hordes d'aliens belliqueux, parce que la tâche la plus palpitante que vous aurez à affronter sera sans doute de rejoindre le cockpit de votre fusée, ou de changer l'orientation des rails d'un train sous peine de finir encastré dans le sol lunaire.

Et très franchement, ce n'est pas grave parce que les petits gars de chez KeokeN nous livrent ici une histoire prenante, qui allie avec brio la destinée du monde à celle des individus qui le peuplent. Un voyage qui commence sur Terre et qui vous mènera au gré de ses premières heures de jeu, de plus en plus loin sur la surface de la Lune.

Au gré de nos tribulations, et pour peu que l'on prenne son temps (c'est là le maître mot), il sera possible de reconstituer les événements qui ont mené au blackout.

Si KeokeN utilise de nombreux éléments classiques de l'arsenal narratif vidéoludique (messages vocaux, éléments à scanner, documents à lire après les avoir ramassés), il joue aussi beaucoup sur la narration environnementale pour nous faire comprendre les tenants et aboutissants de son scénario. Si vous n'êtes pas familiers avec le terme, sachez que la narration environnementale décrit peu ou prou la mise en scène des lieux et espaces traversés par le joueur dans le but de donner des informations sur l'histoire, de manière indirecte. De nombreux jeux, les productions d'Arkane en sont un exemple flagrant, utilisent ce procédé avec brio, pour conférer au jeu une ambiance dense et prenante, tout en allégeant l'exposition.

deliver us the moon

Ok, ça à l'air joli comme ça, mais en vrai ça pèle et j'ai pas pris ma doudoune...

« compléter les blancs d'un tableau qui se dessine peu à peu sous nos yeux »


Dans Deliver us the Moon, cela passe par une foultitude de petits détails : lits de camp regroupés dans un espace commun, tables abandonnées au milieu d'un repas, messages posés sur une table. Autant d'éléments emplis de sens qui permettent, par leur accumulation, de compléter les blancs d'un tableau qui se dessine peu à peu sous nos yeux.

Pour appuyer cette utilisation de l'espace, le jeu introduit très rapidement une nouvelle mécanique dès lors que l'on récupère l'ASE, un petit compagnon robotique flottant, véritable couteau suisse technologique. En explorant certains lieux, il nous donnera l'occasion d'assister à certains événements enregistrés dans sa mémoire. Un élément qui viendra s'ajouter aux messages textuels et vocaux pour nous donner une nouvelle perspective sur les lieux que nous traversons, et les gens qui les ont peuplés.

« il s'agit au final d'une aventure à hauteur d'homme »


Et au final, cette donnée est loin d'être anodine. Si Deliver us the Moon débute comme une aventure portant sur le destin du monde, il s'agit au final d'une aventure à hauteur d'homme, ou l'on découvre une multitude personnages, leurs espoirs, leurs rêves et leur destin au gré des éléments que l'on pourra récolter durant nos pérégrinations. Éléments qui, soit dit en passant, peuvent être totalement manqués si l'on ne prend pas le temps d'explorer les lieux que l'on visite.

deliver us the moon

Vous avez noté que les portes du rover font un symbole peace & love ? Et vous pensez que c'est un hasard ?!

« Au-delà de cette narration [..] Deliver us the Moon offre de nombreuses séquences extrêmement bien pensées, très organiques »


Au-delà de cette narration, qui occupe une place prépondérante, Deliver us the Moon offre de nombreuses séquences extrêmement bien pensées, très organiques, qui viennent enrichir le propos avec un brin d'action bien troussé.

Du voyage Terre-Lune aux sections en apesanteur en passant par l'exploration lunaire en rover, vous découvrirez un monde exceptionnellement cohérent qui vous pousse, en permanence, et sans force, à découvrir ce qui se passe après.

Deux heures et douze minutes, c'est le temps que je m'étais fixé pour « tester » Deliver us the Moon, et le moins que l'on puisse dire, c'est que je n'ai pas été déçu.

Tiendra-t-il ses promesses jusqu'au bout ? C'est une tout autre histoire, et ce n'est absolument pas le propos de cette bafouille. Ai-je envie, à l'heure actuelle, de savoir ce qu'il est advenu des équipes présentes dans la base lunaire, et découvrir les raisons du Blackout ? Absolument. D'ailleurs, je vous laisse, vu que j'ai fini mon papier, je vais pouvoir aller savourer la suite avec le sentiment du devoir accompli.


On vous laisse avec ce trailer inspirant du jeu (déjà disponible sur Steam) :

Modifié le 22/11/2018 à 16h57

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