Hitman : Code 47, portrait-robot d'un tueur professionnel

Denis Brusseaux
10 mars 2016 à 13h02
0

De robot à héros



Homme ou machine ? Le personnage de Bishop va découvrir sa propre vulnérabilité en cherchant son cœur sous la cuirasse, et c'est au même écartèlement que Code 47 a été soumis tout au long de la saga Hitman. Clone conçu pour exécuter des contrats sans faillir, il est défini d'emblée comme un outil vivant, un instrument de chair et de sang, mais sans psychologie. Un pur « Mechanic » auquel fait écho le gameplay du jeu, qui se met au service de sa logique abstraite : chaque PNJ, chaque objet, chaque lieu, n'est appréhendé que dans l'optique de permettre à 47 d'atteindre son but, à savoir le meurtre d'une cible désignée, de préférence sans laisser aucune trace.

Même la personnalité de la victime, son vécu, ses affects, sont retraduits en méthodes pour la manipuler et l'atteindre. Autrement dit, un Code 47 parfaitement mécanique débouche sur un jeu vidéo à son image, sorte de puzzle géant dont les pièces doivent être agencées à l'aune de l'objectif fixé. Cette approche, c'est essentiellement celle des quatre premiers Hitman (Hitman : Tueur à gages, 2000 ; Hitman 2 : Silent Assassin, 2002 ; Hitman : Contracts, 2004 ; Hitman : Blood Money, 2006) qui voient le meurtre comme un défi lancé à la patience et à la logique, une problématique intellectuelle et non morale.

0320000008372370-photo-clubic-f-vrier-hitman-03.jpg
La corde à piano s'avère une habile métaphore soulignant que Code 47 est avant tout un artiste du meurtre.

Code 47 tue, mais il pourrait aussi bien jouer aux échecs ou au poker, son visage impénétrable et son sang-froid à toute épreuve y feraient la même impression. Toutefois, on remarque que ces titres n'ont jamais totalement fait le pari du pragmatisme absolu en nous mettant simplement dans la peau d'un liquidateur bidimensionnel. Au contraire, dès le premier épisode, on découvre les origines complexes de notre héros (avec même une touche de psychanalyse, puisqu'il faut à la fin tuer le père, soit le savant qui a créé Code 47), lesquelles deviendront dans Silent Assassin de véritables questionnements métaphysiques, le personnage étant même tiraillé entre son métier « génétique » de tueur programmé et une pseudo vocation religieuse.

Mais les tueurs parfaits ne sont-ils pas un peu des moines, comme le souligne le nom d'Arthur Bishop, ou évêque en français ? Dans Contracts, Code 47 est à l'agonie et se remémore ses derniers boulots, tandis que Blood Money nous conte ses ultimes exploits pendant que son cadavre attend d'être emmené au crématorium. On le voit, le studio veut approfondir le mythe, mais sans que ce travail d'écriture n'empiète jamais sur les phases de jeu. Il y a en quelque sorte deux Code 47 qui cohabitent sans se croiser, l'homme des cinématiques et la machine des missions interactives.

0320000008372374-photo-clubic-f-vrier-hitman-05.jpg
A trop vouloir prendre la pose dans Hitman : Absolution, Code 47 perd insidieusement son identité.

Leur rencontre est-elle seulement possible ? Io Interactive tente l'expérience dans Hitman : Absolution (2012), qui rompt avec le principe des contrats seulement reliés entre eux par un vague fil rouge, en optant plutôt pour une aventure/infiltration très classique. Progression linéaire, objectifs imposés par un enjeu qui court tout au long des chapitres (de tueur, il devient protecteur !) et même certaines phases d'action obligatoires où Code 47 est obligé de tirer dans le tas, ce qui contrevient à l'identité profonde du personnage, comme si les développeurs avaient abdiqué devant la trahison de leur œuvre sur grand écran et la validaient rétroactivement par un jeu « blockbusterisé »... A l'instar d'Arthur Bishop, Code 47 a tenté de se normaliser, mais il s'est perdu en chemin.

A vos ordres



Non, décidément, le costume de héros classique était un peu trop inconfortable pour Code 47. La parfaite machine à tuer des débuts est donc de retour avec Hitman (tout simplement !), sorte de reboot racontant les premiers pas du personnage au sein de l'ICA (International Contract Agency) après qu'il s'est évadé de la clinique du Dr Ort-Meyer, soit le point de départ initial de la saga.

0320000008372376-photo-clubic-f-vrier-hitman-06.jpg
Dans le nouveau Hitman, l'outil précède de nouveau le personnage : entre homme et machine, Io Interactive a tranché.

Qu'on se rassure, le premier chapitre auquel nous avons déjà joué (sortie le 11 mars, suivi de cinq autre volets mensuels), situé dans un défilé de mode parisien (après un prologue en forme de tutorial dans un décor en carton-pâte), ne fait nulle mention des affres personnelles de 47. Le boulot, rien que le boulot, et exercé avec le goût de la perfection. Les moyens de supprimer la cible n'ont jamais été aussi variés et les questionnements psychologiques aussi rares. Mécanique, oui, à 100%.

Modifié le 01/06/2018 à 15h36
0 réponses
0 utilisateurs
Suivre la discussion

Les actualités récentes les plus commentées

Le paiement sur Internet s'arme d'un nouveau système antifraude fonctionnel dès demain
Maladies pulmonaires : les enquêteurs américains n'écartent aucune cigarette électronique
La Suisse veut forcer les compagnies aériennes à renseigner les émissions CO2 sur les billets d'avion
Renault : son crossover électrique K-ZE lancé en Chine, à partir de 8 500 €
Un démantèlement des GAFA ?
Le trou noir au centre de notre galaxie semble avoir de plus en plus faim
Des chercheurs remettent sur la table la solution de l'ascenseur vers la Lune
Le saviez-vous ? Un Game Boy, meurtri, a survécu à la guerre du Golfe
Un son pour avertir les piétons va être ajouté à la Tesla Model 3
La Renault ZOE 2 se lance (enfin !) officiellement

Notre charte communautaire

1. Participez aux discussions

Nous encourageons chacun à exprimer ses idées sur les sujets qui l'intéressent, et à faire profiter l'ensemble de la communauté de son expertise sur un sujet particulier.

2. Partagez vos connaissances

Que vous soyez expert ou amateur passionné, partagez vos connaissances aux autres membres de la communauté pour enrichir le niveau d'expertise des articles.

3. Échangez vos idées

Donnez votre opinion en étayant votre propos et soyez ouverts aux idées des autres membres de la communauté, même si elles sont radicalement différentes des vôtres.

4. Faites preuve de tolérance

Qu'il s'agisse de rédacteurs professionnels ou amateurs, de lecteurs experts ou passionnés, vous devez faire preuve de tolérance et vous placer dans une démarche d'entraide.

5. Restez courtois

Particulièrement lorsque vous exprimez votre désaccord, critiquez les idées, pas les personnes. Évitez à tout prix les insultes, les attaques et autres jugements sur la forme des messages.

6. Publiez des messages utiles

Chaque participation a vocation à enrichir la discussion, aussi les partages d'humeurs personnelles ne doivent pas venir gêner le fil des échanges.

7. Soignez votre écriture

Utilisez la ponctuation, prohibez le langage SMS et les majuscules, relisez-vous afin de corriger un peu les fautes de frappe et de français : trop de fautes n’engagent ni à lire le message, ni à répondre à une question.

8. Respectez le cadre légal

Ne publiez pas de contenus irrespectueux, racistes, homophobes, obscènes ou faisant l'apologie de courants radicaux, qu'ils soient politiques ou religieux. N'utilisez pas plusieurs comptes utilisateurs.

9. Ne faites pas de promotion

Ne profitez pas d'une discussion pour faire la publicité d'un produit, d'un service ou même de votre site web personnel.

10. Ne plagiez pas

Exprimez uniquement vos opinions ou partagez des idées en citant vos sources.

scroll top