Bilan jeux vidéo 2015 : le triomphe du gameplay et de l'open world

Denis Brusseaux
23 décembre 2015 à 13h57
0
Le jeu le plus emblématique de la tendance dominante au sein des blockbusters récents est bien entendu Metal Gear Solid V : the Phantom Pain, tentative audacieuse de redéfinir la manière de raconter une histoire. Hideo Kojima, dont les premiers MGS étaient pourtant linéaires et dirigistes en diable, avait amorcé un tournant dans son MGS : Peace Walker sur PSP, épisode dans lequel il saucissonnait l'aventure en petites missions (console portable oblige) et nous incitait à les refaire en boucle pour accumuler des points d'expérience, du matériel et des recrues.

Si The Phantom Pain reprend l'idée générale de Peace Walker, il accentue certains partis pris, en supprimant presque totalement les combats de boss (qui ont, d'habitude, le mérite de marquer les articulations du scénario), en déconnectant les missions et les cinématiques, et surtout, en fragmentant plus que jamais la structure du jeu, réduite à une constellation de quêtes dont les objectifs sont interchangeables.

Sur le papier, MGS V s'annonce répétitif et lassant, mais il est transcendé par le gameplay, dont la richesse permet de recommencer inlassablement les mêmes tâches, sans vivre deux fois la même situation. Dès lors, on comprend que Hideo Kojima a mis de côté le scénario pour faire de l'interactivité son sujet principal : on module la structure à loisir et on expérimente avec le matériau fourni. Bref, l'open world n'a jamais autant mérité son surnom de « bac à sable ».

0320000008283188-photo-mgs-v-1-bilan.jpg
Dans MGS V, on recommence les mêmes missions sans se lasser, pour stocker véhicules et recrues.

Jouez comme vous aimez



On retrouve l'approche de Metal Gear Solid V : The Phantom Pain presque à l'identique dans Mad Max, du studio Avalanche. Le mimétisme est même surprenant : entièrement axée autour de la reconstruction progressive du monde, l'aventure ne propose pour ainsi dire aucun scénario, et se présente comme un jeu en kit, un assemblage de phases de gameplay dont les possibilités s'enrichissent au fil des succès.

0258000008283192-photo-mad-max-3-bilan.jpg
Le jeu le plus proche de MGS V est, curieusement, Mad Max, par Avalanche Studios : presque expérimental !

Il y a quelques années, Mad Max aurait été un produit calibré, alternant action et infiltration en ligne droite ou bien, s'il fallait jouer la carte de l'open world, son axe scénaristique central aurait dominé tout le reste. En 2015, on est frappé par la proposition presque abstraite des développeurs, par le refus de prendre le public par la main.

Idem avec un Just Cause 3 qui ne se justifie que par son gameplay, lequel s'avère à double-fond : sans intérêt si l'on s'obstine à jouer conformément aux conventions d'un shooter classique (le héros ne court pas, il ne tire pas à couvert etc), il ne trouve son sens qu'en combinant grappin, parachute et wingsuit, et en poussant le moteur physique dans ses derniers retranchements. L'objectif avoué du studio Avalanche (encore lui !), c'est de fournir les outils propices à la créativité du joueur, laquelle se traduira en vidéos décoiffantes sur Youtube. Inutile de dire que la narration, là encore, est totalement sacrifiée.

0320000008283190-photo-just-cause-3-2-bilan.jpg
Maîtriser le gameplay de Just Cause 3 est la condition sine qua non pour en découvrir le véritable intérêt.


Open world généralisé



Les blockbusters de 2015 ne sont pas forcément aussi radicaux que les trois jeux que nous venons d'évoquer, mais ils ont tous un point commun, celui d'être en open world, à des degrés divers. D'un côté, on trouve les sandbox purs et durs, comme The Witcher 3, Batman Arkham Knight, Dying Light, Fallout 4, Assassin's Creed Syndicate. De l'autre, des titres mi-linéaires, mi-ouverts, dont Rise of the Tomb Raider est le meilleur représentant.

Dans tous les cas, l'histoire y tient une place importante, mais leurs créateurs n'ont pas voulu prendre le risque de ne s'appuyer que sur le story-telling, et multiplient les quêtes annexes et autres objets à collectionner. Il est significatif, à ce titre, que deux de ces licences (Batman et Tomb Raider) aient commencé comme des aventures linéaires avant de muter progressivement en bac à sable.

0320000008283196-photo-lara-croft-5-bilan.jpg
A ses débuts, Lara Croft remontait des couloirs : désormais, ses aventures s'astreignent aux règles de l'open world.

Désormais, l'open world n'est plus un sous-genre à part, autrefois surnommé GTA-like, il s'est banalisé au point de servir de structure de base à tous les univers, à tous les sujets, à tous les gameplay. La progression guidée a vécu, elle a été avalée par la liberté totale dont Rockstar fut longtemps le porte-étendard. Bien sûr, certains studios sont plus attachés que d'autres à la narration et The Witcher 3 ou Batman Arkham Knight, notamment, ont même démontré qu'on pouvait laisser la bride sur le cou du joueur sans pour autant pénaliser les personnages.

Mais il n'en demeure pas moins que les jeux vidéo, dans leur ensemble, ont changé : moins directifs, ils font davantage confiance à la capacité d'adaptation, à la curiosité et à l'inventivité du joueur. Ils craignent moins de le perdre, de le frustrer, ou de le confronter à une difficulté hors-norme, comme c'est le cas de Bloodborne qui cumule tous les choix anti-mainstream : une histoire volontairement cryptique, aucune carte ni objectif annoncé, un level design labyrinthique, une expérience basée sur la répétition ad nauseam. Et pourtant, le titre de From Software a rencontré un succès parfaitement inattendu.

0320000008283198-photo-bloodborne-6-bilan.jpg
Difficile, déroutant, répétitif, Bloodborne avait tout pour déplaire mais en 2015, cette formule cartonne !
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
0 réponses
0 utilisateurs
Suivre la discussion

Les actualités récentes les plus commentées

Normandie : la plus grande route solaire du monde est un échec
L'Angleterre envisage l'interdiction du smartphone en conduisant, même en main libre
Windows Defender obtient 3 fois le score maximum aux tests AV-Test
Sur Reddit, les développeurs d'Apex Legends dérapent et insultent leur communauté
Matrix 4 officiellement annoncé, avec Keanu Reeves et Carrie-Ann Moss
Minecraft s'offre un boost graphique... réservé aux possesseurs de cartes NVIDIA RTX
WoW Classic : Blizzard dit s’attendre à des files d’attente monstrueuses à l’ouverture
Des scientifiques réinventent l'air conditionné grâce au froid de l'espace
Starman et sa Tesla Roadster viennent d'achever leur première orbite autour du Soleil
Selon Google, 1,5% des mots de passe seraient compromis

Notre charte communautaire

1. Participez aux discussions

Nous encourageons chacun à exprimer ses idées sur les sujets qui l'intéressent, et à faire profiter l'ensemble de la communauté de son expertise sur un sujet particulier.

2. Partagez vos connaissances

Que vous soyez expert ou amateur passionné, partagez vos connaissances aux autres membres de la communauté pour enrichir le niveau d'expertise des articles.

3. Échangez vos idées

Donnez votre opinion en étayant votre propos et soyez ouverts aux idées des autres membres de la communauté, même si elles sont radicalement différentes des vôtres.

4. Faites preuve de tolérance

Qu'il s'agisse de rédacteurs professionnels ou amateurs, de lecteurs experts ou passionnés, vous devez faire preuve de tolérance et vous placer dans une démarche d'entraide.

5. Restez courtois

Particulièrement lorsque vous exprimez votre désaccord, critiquez les idées, pas les personnes. Évitez à tout prix les insultes, les attaques et autres jugements sur la forme des messages.

6. Publiez des messages utiles

Chaque participation a vocation à enrichir la discussion, aussi les partages d'humeurs personnelles ne doivent pas venir gêner le fil des échanges.

7. Soignez votre écriture

Utilisez la ponctuation, prohibez le langage SMS et les majuscules, relisez-vous afin de corriger un peu les fautes de frappe et de français : trop de fautes n’engagent ni à lire le message, ni à répondre à une question.

8. Respectez le cadre légal

Ne publiez pas de contenus irrespectueux, racistes, homophobes, obscènes ou faisant l'apologie de courants radicaux, qu'ils soient politiques ou religieux. N'utilisez pas plusieurs comptes utilisateurs.

9. Ne faites pas de promotion

Ne profitez pas d'une discussion pour faire la publicité d'un produit, d'un service ou même de votre site web personnel.

10. Ne plagiez pas

Exprimez uniquement vos opinions ou partagez des idées en citant vos sources.

scroll top