Test de Godfall : et l'Olympe accoucha d'une souris !

Virgile Rasera
Spécialiste Gaming
20 novembre 2020 à 11h10
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5

Souvenez vous, en décembre de l'année dernière, la cérémonie des Game Awards dévoilait le premier trailer d'un certain Godfall qui eut d'ailleurs à cette occasion les honneurs d'être le premier à s'annoncer au catalogue de la future PS5. Un quart d'heure de gloire au lourd tribut à payer pour la petite équipe de moins de 80 personnes de Counterplay Games qui dût dès lors endosser une sacrée responsabilité, d'autant plus que le jeu figure au line-up de lancement de la console au prix douloureux de 80 euros. On vous la fait courte : les comptes ne sont pas bons.

Counterplay Games est un tout jeune studio indépendant à qui l'on doit le sympathique Duelyst, sorti il y a maintenant quatre ans. Pour sa deuxième réalisation, la petite équipe californienne, désormais adossée à Gearbox Publishing, a fait le choix d'explorer une toute autre direction. Godfall se présente comme un loot slasher, autrement dit un hack'n'slash à la troisième personne sous perfusion de butins à collecter sur les cadavres encore chauds de ses opposants et jouant ainsi à fond sur l'avidité du joueur pour du matos de plus en plus à la pointe. Sur le papier, le programme des festivités avait donc de quoi faire saliver les adeptes du «grobillisme», mais en réalité Godfall est aussi ostentatoire sur la forme que radin sur le fond. Explications.

Jean-Rajoute et Jean-Fais-Trop sont sur un bateau

Sur l'échelle du «m'as-tu vu» Godfall se hisse aisément au niveau d'une concentration d'amateurs de bolidage. Dès les premiers instants de jeu, Counterplay Games étale sa folie des grandeurs comme un gagnant à l'Euromillions pour sa première nuit à Ibiza. Un peu comme si le studio avait voulu rassurer les nouveaux acquéreurs de PS5 et les possesseurs de PC haut de gamme sur leur investissement : «oui, ta machine en a dans le ventre, regarde tout ce qu'on peut faire avec» semble vouloir dire le studio. C'est simple, de mémoire, nous n'avions jamais vu un jeu aussi clinquant et fier de ses gros moyens. Et vas-y que je te pave le chemin avec des lingots d'or, que je t'éblouis de multiples sources lumineuses, que je te mets le budget d'un bouquet final du 14 juillet à chaque explosion.

Coucou, tu veux voir mes particules ?

Et des explosions il y en a pléthore. On ne peut pas occire le moindre mob sans se faire arroser de particules de toutes les couleurs. Alors oui, visuellement, il faut reconnaître que le jeu en impose. C'est indéniable, on en prend plein les yeux. Mais c'est trop, beaucoup trop. Le titre en rajoute jusqu'à l'écœurement et une consultation chez l'ophtalmo ne sera peut-être pas à écarter pour ceux qui auront à cœur de rentabiliser leur investissement. C'est une question de (mauvais) goût, certes, et cela pourra plaire à certains, mais cela cause quelques soucis de lisibilité au cœur de l'action, tout particulièrement à plusieurs puisque le titre propose également de partir chasser le butin en multijoueur. Mais nous y reviendrons.

En dehors de son usage déraisonnable des artifices pyrotechniques, Godfall peut tout de même compter sur un design riche et soigné. Les emprunts sont certes trop nombreux pour être tous listés ici, mais Godfall a du style, du design des armures baptisées Valorplate à celui du bestiaire, en passant par l'architecture des gigantesques édifices nous écrasant de leur majesté. Le titre donne ainsi à voir quelques splendides panoramas et son sens de la démesure a parfois du bon. Dommage cependant que la technique ne suive pas toujours puisque les micro freeze sont assez fréquents. Rien d'insupportable certes, mais à choisir on aurait tout de même préféré un jeu à la fluidité impeccable plutôt qu'une débauche de moyens entachée de ces quelques accros.

Le jeu donne tout de même à voir quelques splendides décors

La stratégie de la diversion

Alors tout ça c'est bien beau, mais pas assez pour nous aveugler sur ce que cela cache et ça n'est pourtant pas faute d'avoir essayé. En effet, cette grandiloquence des moyens ne fait pas illusion bien longtemps et on réalise vite que le contenu ne suit pas. Prenons les fameuses Valorplates par exemple, ces rutilantes armures à crafter au fil de la progression et dont on nous promettait qu'elles se caractériseraient chacune par un style de jeu différent. Et bien dans les faits, nous sommes très loin du compte.

En dehors d'une seule caractéristique propre (meilleures chances de coups critiques, dégâts de poison, résistance accrue au attaques physiques, etc.) et de variantes apportées à la Colère d'Archon - capacité spéciale commune à toutes les armures, rien ne distingue une Valorplate d'une autre, si ce n'est son design. Il y a bien la possibilité de les personnaliser au moyen d'amplifications, mais c'est à peu près la seule marge de manœuvre dont nous disposions. En dépit de leurs morphologies différentes, on ne note aucune différence sur leur mobilité par exemple. On aura d'ailleurs même pas à charbonner trop longtemps pour en acquérir la plupart puisque les matériaux pour les fabriquer jonchent le sol au moindre swing d'épée balancé au hasard.

Le hub du jeu où sont alignées les douze Valorplates

C'est fort dommage car il y aurait eu là matière à considérablement accroître l'intérêt du jeu. Un peu à la manière d'un Monster Hunter, dont le titre s'inspire à bien des égards, on aurait ainsi pu s'amuser à imaginer de nombreuses variations de builds, associant le style de chaque Valorplate à un équipement et des personnalisations différentes. Mais il n'en est rien, tout est désespérément semblable, ou pas loin. Ces somptueuses Valorplate manquent tristement de singularité et le jeu ne nous offre que très peu d'espace de créativité.

Pour reprendre notre comparaison avec Monster Hunter, Counterplay Games aurait été bien avisé d'analyser un peu plus attentivement ce qui en fait l'attrait. Comme le loot par exemple. Non pas que le jeu soit avare d'équipements à collecter. On ne peut pas faire un pas sans se prendre les pieds dans une breloque magique. Le problème c'est que leur utilité première réside bien souvent dans les matériaux qu'il est possible d'en tirer en les recyclant, et pas vraiment dans leurs caractéristiques. Si on a pris soin d'utiliser la forge se trouvant dans le hub du jeu, on aura généralement grand mal à tomber sur une arme ou un accessoire dont les caractéristiques supplantent celles de notre équipement actuel. Dès lors, la très grande majorité du butin amassé finira en pièces détachées pour enchanter et améliorer ce dernier. Pour un loot slasher, vous conviendrez que c'est plutôt cocasse.

La forge où enchanter et améliorer son équipement

Un jeu inachevé aux bases pourtant solides

Dès lors, c'est une bonne partie de l'intérêt du jeu qui s'envole vers de lointaines contrées chimériques. Pourquoi donc repartir sans cesse à la filoche, une fois la quinzaine d'heures de jeu que dure la campagne principale derrière nous, quand le titre nous récompense aussi chichement ? Certainement pas pour son scénario anecdotique et sa narration au raz des pâquerettes consistant en des allers et retours successifs entre deux PNJ au sein du hub. D'autant qu'avec à peine trois aires de jeu, on a vite fait de tourner en rond. Certes, chacune est segmentée en plusieurs zones, peuplée de différents ennemis et on trouve même des missions de chasse au boss et mid-boss plutôt engageantes les premiers temps. Mais le soucis c'est que, là encore, on épuise assez vite la diversité de l'offre. Les mêmes affrontements en boucle avec des ennemis toujours plus costauds et des loots différents (mais rarement plus intéressants, voir plus haut), cela ne suffit à renouveler l'intérêt. Loin s'en faut.

Et pourtant le cœur du gameplay est loin d'être inintéressant. Les possibilités offensives et défensives sont en effet nombreuses et ne cessent d'ailleurs de s'enrichir au fil des niveaux. Si l'attaque simple grignote progressivement la jauge de l'adversaire, mettant en suspens les dégâts accumulés, une attaque puissante viendra définitivement l'amputer de ces derniers. Souvent on aura ainsi meilleur temps d'augmenter cette réserve de dégâts en multipliant les assauts rapides et d'attendre le moment opportun pour les concrétiser d'un coup puissant bien placé.

Les boss sont aussi impressionnants que redoutables

Chaque type d'armes - épée à une main, à deux mains, marteau, arme d'hast - dispose d'un ratio puissance / vitesse / portée et de combinaisons de coups différents qu'il s'agira donc de bien assimiler. Quant au bouclier, il peut évidemment encaisser les attaques adverses mais également les parer avec le bon timing de garde, laissant l'ennemi sonné un court instant et, parfois, à la merci d'une exécution sommaire. L'esquive est également cruciale pour se prémunir de certaines attaques imparables et peut d'ailleurs s'étoffer d'une glissade en prolongeant la portée. D'autres améliorations et de nouvelles possibilités d'actions se débloquent via un arbre de compétences très fourni qui permet ainsi de faire évoluer son style de combat et ses caractéristiques tout au long de la progression.

Les affrontements se déroulant le plus souvent en arènes et face à plusieurs adversaires en même temps, il est vital de jongler entre toutes ces possibilités et une fois leur maîtrise acquise, Godfall devient franchement grisant au cœur de l'action. Mention spéciale aux combats de boss, tous très réussis et proposant un challenge assez relevé. A noter toutefois que nous avons rencontré un étrange bug face à l'un d'entre eux : alors que nous étions à la peine et que l'impatience nous gagnait, une "légère" crispation sur la manette nous a miraculeusement fait gagner le combat alors même que le dit boss se dressait toujours face à nous.

Bref, avec un système de combat et de progression aussi solides, quel dommage que le jeu ne tienne aucune de ses autres promesses. Et ça n'est pas la partie multijoueurs qui viendra nuancer ce constat. Celle-ci ne s'accompagne même pas d'une fonctionnalité de matchmaking pour trouver des compagnons de jeu et se contente de nous envoyer bastonner du monstre et ouvrir des coffres côte à côte, et rien de plus. On peut toujours espérer que Counterplay Games et Gearbox viennent rattraper le coup avec du contenu additionnel, mais en l'état, Godfall est une promesse bafouée aux charmants atours et pas grand chose de plus.

Un jeu brillant, mais pas dans le sens espéré

Godfall : l'avis de Clubic

L'histoire nous dira peut-être un jour ce qui a bien pu se passer pour que Godfall se jette dans la bataille si mal préparé. La volonté de ne surtout pas rater la fenêtre de lancement de la PS5 est-elle en cause ? Peut-être bien. Car Godfall a tous les symptômes d'un jeu aux ambitions laissées au placard par soucis de son éditeur de tenir la deadline. Cela se devine à ses bases solides, à savoir son système de combat et son arbre de compétences riche de possibilités de personnalisation, qu'on imagine avoir fait l'objet de beaucoup d'attention. Mais à côté de ça, il y a tout le reste, ou pas loin. Que dire de ces loots sans saveur ? De ces trois pauvres aires de jeu dans lesquelles on finit vite par tourner en rond ? De ces Valorplates qui ne sont pas loin de n'être que des skins sans autre singularité que leurs jolis designs ? De ce multijoueurs qui ne propose même pas les fonctionnalités les plus élémentaires ? Même sa réalisation grandiloquente ne fera pas l'unanimité. On a vraiment le sentiment d'avoir à faire à un immense gâchis. Il ne reste plus qu'à espérer que Counterplay Games et Gearbox Publishing corrigent le tir avec du contenu additionnel, mais pour l'heure nous ne saurions trop vous conseiller de garder vos deniers et de ne les investir sur Godfall qu'une fois toutes ses promesses tenues. C'est à dire peut-être un jour ou peut-être jamais.

Godfall

5

On aurait aimé adorer Godfall, si seulement celui-ci avait tenu ses principales promesses ! En dehors d'une réalisation clinquante, d'un système de combat solide et un arbre de compétences très fourni, Counterplay Games ne délivre finalement qu'une moitié de jeu. Avec à peine trois zones, des missions qui ressassent les mêmes objectifs et les mêmes ennemis, une histoire si mal racontée que c'en est presque insultant et un multijoueurs réduit à sa plus simple expression, on a vraiment le sentiment que Counterplay Games a du remiser ses ambitions au placard par souci de ponctualité. Dommage car il y avait un potentiel certain. Espérons pour ceux qui auraient tout de même consenti à l'investissement que le studio et son éditeur corrigent le tir à l'avenir.

Les plus

  • Un système de combat solide et riche de possibilités
  • Arbre de compétences très fourni
  • Des combats de boss spectaculaires
  • Visuellement, ça en jette...

Les moins

  • ... mais le jeu en fait des tonnes
  • Les Valorplates coulées dans le même moule
  • A peine trois aires de jeu
  • Des missions tristement répétitives
  • Histoire et narration sans intérêt
  • Un multijoueurs qui ne propose même pas les fonctionnalités de base
Modifié le 20/11/2020 à 14h21
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