J'ai testé pour vous : une journée de travail avec un logiciel de dictée vocale

17 novembre 2011 à 15h12
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A l'heure où les logiciels de commandes vocales gagnent de plus en plus en popularité et sont présentés par le biais de publicités qui font rêver, l'envie de les utiliser au quotidien se fait parfois sentir... surtout quand on fait un travail qui consiste à écrire toute la journée. Intriguée par ces publicités où l'on nous montrer des gens dicter à leur ordinateur en faisant des choses de la vie quotidienne aussi passionnantes qu'anodines - au hasard, manger, repasser ou encore faire du sport - j'ai décidé de tenter une expérience : travailler une journée entière avec un logiciel de dictée vocale.

Lorsque j'ai annoncé à mes collègues mon intention de mener cette expérience, ces derniers, bien qu'enthousiastes, m'ont gentiment demandé de la mener depuis chez moi. J'ai d'abord trouvé que ça enlevait un petit peu de sel à cette expérimentation, et puis j'ai pensé à Olivier qui, chaque semaine, répète à haute voix le texte de la Clubic Week. Et là, je me suis dit qu'effectivement, il serait peut-être bon d'être chez moi pour passer ma journée à marmonner devant mon ordinateur.


Ca fait rêver, pas vrai ?


Ainsi, vous ne vous en êtes peut-être pas rendu compte, mais j'ai passé le mercredi 16 novembre à parler toute seule à mon ordinateur à l'aide du logiciel Dragon NaturallySpeaking 11.5. L'objectif de cette expérience n'était pas de faire un test du logiciel, mais de déterminer si oui, ou non, son utilisation dans le quotidien d'une journaliste hi-tech était possible. J'avais quelques appréhensions mais l'expérience me semblait particulièrement intéressante. Je n'ai pas été déçue ! J'ai passé une journée instructive, quoi qu'un peu bizarre : je ne suis pas Ellen Ripley et mon ordinateur n'est pas Mother, je ne suis pas Dave Bowman et mon ordinateur n'est pas Hal 9000. C'est une certitude.

De l'art de préparer le terrain

Avant de me lancer dans cette expérimentation, j'ai beaucoup testé le logiciel qui allait me servir. Et j'ai bien fait. Parce que même s'il est évident que la dictée vocale a pris ces dernières années une ampleur considérable, ce type de programme n'a pas la science infuse, et il faut lui apprendre pas mal de choses pour qu'il soit vraiment opérationnel dans un domaine précis. À moi donc d'enregistrer des mots couramment utilisés dans les sujets que je traite comme Facebook, hacker, iPhone, WiFi, j'en passe et des meilleures. Ça m'a certes pris du temps, mais au fur et à mesure que ma journée avançait, je me rendais compte que je ne l'avais pas perdu.

Malgré tout, mon tout premier article de la journée de mercredi m'a rapidement fait comprendre que le fantasme publicitaire était bien loin de la réalité. Outre des mots manquants et une orthographe douteuse, le logiciel a rapidement tenté de me faire comprendre qu'il était le patron en refusant obstinément de répondre à certaines de mes requêtes pourtant légitimes. Et quand j'ai commencé à brailler à mon ordinateur que je voulais qu'il efface tel ou tel mot, ou bien qu'il mette une virgule ou des points à certains endroits, j'ai alors été bien contente d'être chez moi et pas la rédaction, pour préserver ma santé mentale et celle de mes collègues.

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Au secours, je vais casser mon écran avec mon micro-casque et il est à peine 9 heure du matin !

En fait, pour bien se servir de ce type de logiciel, il faut commencer par apprendre quasiment par cœur les commandes de base permettant de modifier le texte sans toucher au clavier. En un acronyme : RTFM. Après m'être époumonée pendant cinq minutes en demandant au logiciel d'effacer un mot, j'ai finalement découvert qu'il ne fallait pas dire « effacer » mais « supprimer », la commande « effacer tout » concernant uniquement la dernière phrase enregistrée, et pas un mot en particulier. Instant solitude. Ca tombe bien, à part mon chat qui me prend pour une folle, personne n'est là pour me voir parler à mon PC avec un ton autoritaire. De toute façon, crier dans ce genre de situation, c'est comme appuyer très fort sur les boutons d'une télécommande dont les piles sont mortes : ça ne règle pas le problème de fond. Mais on a quand même envie d'y croire. Et puis le manuel est épais, ça ne donne pas spécialement envie.

Diction, concentration, organisation... une autre manière de travailler

Avant de commencer l'expérience, j'étais persuadée de deux choses : que j'avais tendance à écrire comme je parle, et que j'étais tout à fait capable de faire plusieurs choses à la fois. J'ai très vite compris que je me faisais des films en 3D active. En fait, rédiger un article avec un logiciel de dictée vocale, c'est faire quatre choses à la fois, dans la mesure où il faut penser à parler comme on écrit, tout en ne perdant pas de vue son sujet. Assez rapidement, je me suis rendue compte que je n'en étais pas capable au delà d'une phrase maximum, et même comme ça, j'avais déjà oublié ce que j'avais dicté au début une fois arrivée à la fin.

Heureusement pour tout le monde que je n'écris pas comme je parle, parce que si c'était le cas, je pense que personne ne comprendrait grand-chose à ce que j'écris. Il est en effet difficile de parler tout en se concentrant à la fois sur son sujet et sur l'organisation syntaxique et grammaticale de ses phrases. J'imagine qu'avec un peu d'entraînement on prend le coup de main, mais en une journée d'essai il me semble impossible de s'habituer à « parler comme on écrit  »car c'est bien de cela qu'il s'agit.

Sans chercher à entrer dans une réflexion linguistique, un tel exercice met en avant le fait que le nombre de mots utilisés à l'oral est particulièrement restreint : on tourne vite en boucle, qu'il s'agisse de termes particuliers ou d'expressions. Le nombre de mots moyen utilisé à l'oral fait débat chez les linguistes : sur Internet, on trouve des pages faisant référence à un noyau de « 800 à 1 000 mots fréquents ». A l'écrit, le chiffre est également très discuté, mais s'avère globalement bien au-dessus du millier. Du coup, on comprend mieux pourquoi ce qui est dicté sonne souvent creux quand on relit.

De fait, je ne m'en suis pas rendue compte immédiatement, mais je me suis orientée instinctivement vers des sujets « légers », qui ne sont pas particulièrement difficiles à traiter. Avec le recul, je pense que j'aurais été incapable de traiter convenablement durant cette journée des sujets demandant davantage de réflexion. D'une part à cause de ce fameux problème d'organisation des pensées, mais d'autre part parce que je pense que j'aurais eu du mal à résister à l'envie de mettre mes mains sur le clavier pour m'exprimer de la façon que je connais le mieux dans mon travail quotidien.

Au bout d'une demi-journée d'expérience, j'étais devenue une experte pour toutes les commandes qui permettent d'effacer, corriger, aller à la ligne ou encore ponctuer un article. Par contre, ma cadence de rédaction en avait pris un coup, d'abord parce que je prenais plus de temps que d'habitude à organiser mes pensées, ensuite parce que j'étais contrainte de relire plusieurs fois les articles dans lesquels il manquait souvent des mots, où l'orthographe était douteuse et où je donnais l'impression d'avoir un vocabulaire réduit à 50 mots tournant en boucle dans mes paragraphes.

Autre problème d'importance qui m'a poussé à retoucher massivement certains de mes articles du jour : mon habitude de relire à haute voix pour « briser le silence », situation ici d'autant plus présente du fait de l'absence de musique de fond pour ne pas perturber le logiciel. En cours de relecture, le fait d'énoncer à haute voix certains passages pour s'assurer qu'ils « sonnaient bien » a donné plusieurs fois lieu à d'étrange doublons éparpillés dans un article, sans que je ne comprenne vraiment pourquoi, jusqu'à ce qu'un « non mais sérieux, qu'est-ce que ça fiche ici » s'affiche au milieu d'une phrase que j'étais en train de relire. Ou comment prendre conscience de ses tics de langage d'une façon inattendue...

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Vais-je arriver à manger ma pizza tout en travaillant, sans toucher mon clavier avec mes petits doigts plein de gras ? Réponse ci-dessous !

Manger en travaillant

En anticipant cette expérience, j'avais imaginé plusieurs mises en situation qui m'auraient permis de ne tester la dimension multitâche de l'utilisation de ce type de logiciel. Mais quand à la mi-journée je me suis rendue compte que je n'avais pas respecté mon planning matinal, je me suis dit que je pourrais gagner du temps tout en expérimentant une activité multitâche, à savoir manger en travaillant. Je me suis vite rendue compte que c'était une mauvaise idée, en particulier quand j'ai commencé à m'étouffer (de rire, ou pas) avec ma pizza face à une petite phrase dans cet article, qui me semblait pourtant anodine, mais que le logiciel a obstinément refusé d'enregistrer correctement.

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"Veuillez répéter". Mais je fais que ça ! :(

Au bout de cinq minutes répéter inlassablement la même phrase dans l'espoir que le logiciel comprenne enfin ce que je voulais dire - Nuance annonce « une précision de reconnaissance pouvant atteindre 99 %, dès son installation » pour son logiciel sur son site, je crois que j'ai loupé un truc - Je me suis finalement résignée à poser mon assiette et écrire cette phrase « à l'ancienne » en me disant que ce bon vieux Tolkien n'aurait sans doute jamais écrit Le Seigneur des Anneaux s'il avait dû le dicter à son ordinateur. Puis, n'étant pas du tout convaincue que le bruit de la mastication m'aiderait à dicter correctement la suite de mon actu, j'ai finalement décidé de faire une pause loin de mon bourreau du jour pour éviter de mourir étouffée d'une façon ou d'une autre par ma Quatre Fromages.

La dictature de la dictée, fournie sans didacticiel

la fin de cette journée expérimentale est sans appel : cinq sujets traités contre une moyenne de sept ou huit habituellement, un mal de tête bien installé, et une vingtaine de verre d'eau ingurgités, nécessaires pour assurer un débit de parole convenable. Vous voulez motiver une bavarde à ne plus avoir envie de parler ? Forcez-la à le faire toute une journée !

Je ne cacherai pas que cette expérience a été quelque peu éprouvante, mais au-delà du simple fait de démontrer qu'il est difficile de travailler une journée entière à l'aide d'un logiciel de dictée vocale, elle m'a également permis de mettre le doigt sur certains points d'importance, qui font que dans mon cas, j'aurais bien du mal à me passer d'un clavier pour travailler, à moins d'aller utiliser mes points de DIF chez l'orthophoniste.

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Devant vos yeux ébahis, voici un chat vocal !


Ce n'était sans doute pas la peine de se transformer en cobaye de logiciel de dictée vocale pour prouver que les publicités pour ce type de programmes sont clairement fantasmagoriques pour l'utilisateur moyen. Mais en réalité, on peut ne pas reprocher au logiciel utilisé ici de ne pas être efficace dans un bon nombre de situations. Dans mon expérience personnelle, la principale limite est purement humaine : il est en effet difficile de structurer à l'oral des informations qui sont destinées à être écrites, et l'utilisation au quotidien d'un tel programme doit nécessiter, à mon avis, un réapprentissage total de la façon de travailler, voire même de penser et de parler. Reste qu'en étant plus lent que d'habitude, il est tout de même possible d'utiliser cette méthode durant une journée - et même d'écrire de longs textes avec, c'est d'ailleurs le cas, dans sa grande globalité, de celui que vous lisez en ce moment !

Bon courage à ceux qui, tentés par cette expérience, chercheront à l'appliquer à leur propre domaine : n'hésitez d'ailleurs pas à nous en faire un retour ! En ce qui me concerne, je suis, depuis cette expérience, revenue à mon traditionnel clavier, et je suis pleine de compassion envers Olivier qui parle à voix haute pour préparer la Clubic Week !

Cet article est un essai de nouvelle rubrique, n'hésitez pas à nous donner votre avis par mail ou dans les commentaires ! Si vous avez des suggestions pour de potentielles prochaines expérimentations, vous pouvez également les soumettre à la rédaction ;)
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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