On peut aussi calculer un peu différemment et se rendre compte que ce n’est pas si impossible que ça à long terme, en tenant compte des possibilités d’économies d’énergie et de la capacité de production actuellement inutilisées (ce n’est pas parce qu’EDF a du mal à absorber certains pics de consommation qu’elle n’a pas une énorme capacité de production inutilisée…).

Pour 725 milliards de km/an à 0.15 kWh/km, il faut environ 110 TWh. La production annuelle d’EDF est de l’ordre de 550 TWh.

Il faut donc arriver à réduire les autres consommations électriques de 20% pour pouvoir alimenter les voitures électriques à long terme.

Le chauffage et la climatisation résidentiels, c’est déjà 14% de la consommation annuelle française. Rien que là-dessus, on doit pouvoir réduire la consommation de 50% en isolant et en arrêtant de vouloir rester en t-shirt en plein hiver. Ça couvrirait déjà les besoins du tiers du parc automobile.

Après, il y a aussi le déploiement d’un réseau intelligent. Rien que comme ça, on peut arriver à produire assez pour tout le parc automobile. Il y a en effet beaucoup de marge de production qui n’est pas utilisé parce que la consommation est trop faible en heure pleine (ce qui minore le facteur de charge du nucléaire, de l’ordre de 70% alors qu’il peut techniquement monter à plus de 85%) et trop élevée lors des pics (ce qui oblige à garder un parc thermique à flamme utilisé uniquement en heures de pointes, avec du coup un facteur de charge très faible, de l’ordre de 25%).

Imaginons justement que grâce aux smart grids et aux dizaines de millions de batteries utilisées comme tampon on puisse pousser ces facteurs de charge à 80% (+10) pour le nucléaire et 75% (+50) pour le thermique à flamme. Combien de capacité de production supplémentaire obtiens-t-on ? 55 TWh en nucléaire, 81 TWh en thermique à flamme. C’est déjà suffisant pour un parc de voitures intégralement électrifié. Sans ajouter aucune centrale (c’est d’après le parc installé à fin 2019, donc en incluant Fessenheim, mais son arrêt sera compensé dans 2-3 ans par le démarrage de l’Flamanville 3). Et les smarts grids offrent également la possibilité d’augmenter grandement le parc installé éolien et solaire, puisqu’on pourra plus facilement absorber les pics et les creux de production de ces énergies intermittentes.

Bref, en combinant smart grids et économies d’énergie dans d’autres secteurs, on a déjà la capacité nécessaire pour passer à l’électrique tous les véhicules particuliers. Par contre, ça implique aussi une forte augmentation de la charge carbone de notre électricité, en triplant la production du parc thermique à flamme (un peu moins si on compte l’augmentation progressive du parc éolien/solaire). Mais ce n’est pas un problème : ça fera quand même moins que ce que rejettent les voitures thermiques.