Flops high tech 2009 : vous y avez echappé (ou pas)

01 janvier 2010 à 00h01
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Les pratiques commerciales douteuses

L'illimité limité : le concept de la décennie

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L'essor des nouvelles technologies a donné naissance à un certain nombre de concepts « révolutionnaires ». Toutefois, il pourra être bon de préciser que si certains d'entre eux sont plutôt bienvenus, d'autres nous feraient presque regretter l'époque où l'on communiquait par pigeon voyageur ou par massues interposées. Tenez, prenons l'exemple du secteur de la téléphonie. Depuis l'avènement du haut débit, les foyers français ont pu découvrir avec bonheur l'arrivée des communications fixes locales et nationales gratuites.

Si cette évolution est positive en tout point (si l'on oublie les problèmes de qualité qui vous donnent l'impression de communiquer avec Dark Vador en personne), on ne pourra pas en dire autant des premiers abonnements Web mobiles. En effet, depuis la démocratisation de ces derniers, nos opérateurs bien-aimés ont eu l'idée de génie d'inventer un concept qui donnerait des sueurs froides à nos académiciens : les abonnements 3G illimités... limités en volume de données ! Au final, parfois, l'illimité pourra être facturé 159 212 euros ou 45 900 euros pour les plus chanceux. Rassurez-vous, tout problème à sa solution : les clients fidèles auront peut-être droit à un échéancier sur 10 ans.

À ces pratiques commerciales douteuses s'ajoute une série de bridages difficilement compréhensibles pour les néophytes. Par exemple, on pourra parler des limitations de ports qui font la différence entre un forfait 3G+ et 3G+ « full Internet » chez SFR, des fameux « fair use » (limitation du débit consécutive à un volume de données consommé), et bien d'autres joyeusetés de cet acabit. Alors, 2010 sera-t-elle l'année de la transparence en matière de haut débit mobile ? Les chances sont minimes, mais l'espoir fait vivre.

DLC : et le jeu vidéo vend son âme au diable

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Contenu additionnel à télécharger... ou DLC en anglais (pour downloadable content). Trois lettres pour désigner la plus terrible évolution que connaît en ce moment le jeu vidéo. Si le contenu additionnel n'est pas une nouveauté, il a pris durant cette année 2009 une dimension toute particulière. Une dimension qui devrait faire bondir les joueurs que nous sommes, mais qui, hélas, ne semble pas émouvoir plus que cela.

Aujourd'hui, la tendance est pourtant inquiétante et pour nombre d'éditeurs, un jeu ne constitue plus une fin en soi. Le développement d'un titre ne se satisfait plus de la seule boîte que nous pouvons retrouver chez notre revendeur préféré. Il s'accompagne forcément de contenus additionnels destinés - sur le papier - à rendre l'expérience ressentie par le joueur encore plus enivrante et à en prolonger la durée de vie.

Sur le papier, le DLC a effectivement tout pour séduire et on aurait bien tort de cracher sur ce supplément offert par nos développeurs préférés. Seulement voilà, le supplément en question n'est pas offert, il est vendu et parfois même très cher quand on pense aux coûts engendrés par la création de quelques costumes pour Street Fighter IV, de cartes pour Call Of Duty ou, pire, d'un véritable épilogue pour Prince Of Persia.

Eh oui, chez Ubisoft, le DLC est parfois le moyen de conclure une aventure alors que pour BioWare la publicité pour les DLC est directement intégrées aux options de dialogues de Dragon Age. Le plus grave, c'est que les DLC rapportent : ceux de Call Of Duty ont engrangé près de 50 millions de dollars aux Etats-Unis. Les DLC ont pris une telle ampleur que leur annonce se fait avant même la sortie du jeu et qu'ils sont pensés dès les premières phases de développement d'un jeu... au risque que des idées soient retirées du projet inital pour être vendues plus tard. Heureusement, il nous reste encore la possibilité de ne plus acheter ces DLC abusifs : la balle est dans notre camp.

Nero Essentials FREE : Pas vraiment gratuit, pas vraiment utile !

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Incontournable et même adulée à ses débuts, la suite de gravure Nero s'est empâtée avec les années pour devenir ce que l'on appelle gentiment une petite « usine à gaz ». Les fonctions de gravure sont aujourd'hui anecdotiques et noyées dans un méandre de services de transcodage, capture et montage vidéo, sauvegarde en ligne, diffusion de fichiers multimédia, lecture et enregistrement de contenus TV / Radio DVB. Dans la course effrénée de l'utilitaire couteau-suisse de dix kilos finissant par trouer les petites poches de ses utilisateurs, d'autres éditeurs ont su garder la tête froide.

Se limitant aux fonctions de gravures, les logiciels tels que CDBurnerXP, BurnAware Free et InfraRecorder parviennent à séduire les débutants comme les utilisateurs avancés, offrent une prise en main rapide et outre le fait d'être excellents, ont l'atout majeur de faire cela gratuitement. Dans un sursaut de lucidité, Nero AG a eu la fausse bonne idée de publier au cours de l'été 2009 une version allégée du mastodonte Nero 9. Comme son nom l'indique, Nero Essentials FREE aurait eu pour objectif d'offrir gratuitement quelques fonctions indispensables de gravure. C'est justement sur les termes de gratuité et de fonctionnalités essentielles que le bât blesse. Au menu des options proposées, on ne peut faire plus pingre : gravure et copie de disques de donnée uniquement. Il est impossible de créer une image disque, encore moins de graver un fichier ISO. Exit les gravures multi-session, il faut se préparer à consommer du CD/DVD à la pelle puisque les disques de données sont automatiquement finalisés. Pour ces deux fonctions, l'installateur fait 55 Mo, l'installation est laborieuse comme le premier démarrage.

Mieux encore, on retrouve l'interface déroutante de Nero 9 avec un seul but précis, proposer aux utilisateurs d'acheter les modules désactivés. Aussi, en plus des incessants rappels d'achat de fonctions supplémentaire à chaque démarrage, Nero AG ne pouvait s'empêcher d'y glisser une petite AskToolbar en guise de cerise sur le gâteau. Au final, on ne peut rester qu'étonné devant l'attitude étrange de la firme allemande qui n'a décidément pas le sens de la mesure entre le trop et le pas assez. Elle devrait s'informer de toute urgence sur la signification du concept de gratuité. Un flop monumental, un coup de séduction publicitaire raté qui ne fait que desservir l'image d'une marque déjà trop écornée !

Les fausses notes de la musique numérique : This is it ?

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L'année avait pourtant bien commencé pour les amateurs de musique dématérialisée. En janvier, après des années de protections abusives et de débits au rabais, les majors Universal, Warner et Sony décident enfin de lever le pied sur les DRM (EMI les ayant précédés). Cerise sur le gâteau : non seulement iTunes, VirginMega ou la Fnac pouvaient enfin proposer ces catalogues sans protection, mais cette heureuse nouvelle s'accompagnait d'une amélioration de la qualité des morceaux proposés. Malheureusement, on parle bien des majors et d'associations caritatives comme Apple, et une bonne nouvelle ne vient jamais seule. Aussi, si vous aviez acheté quantité de titres avant cette date sur l'iTunes Store , vous pouviez les « mettre à jour » votre audiothèque au tiers du prix d'origine ! Et dire que l'on pensait que la dématérialisation de la musique allait signer l'arrêt de mort des pratiques abusives des maisons de disques lors du passage du vinyle au CD... On décrit souvent les majors du disque comme des dinosaures s'accrochant à leurs pratiques ancestrales, et malheureusement, la suite des événements allait donner raison à la caricature. Et notamment une date : le 25 juin 2009.

Dans la chanson Paint A Vulgar Picture, aux paroles exquises (pour les anglophones), le groupe The Smiths décrivait de manière cynique le comportement des maisons de disques à la mort d'une pop star : « on réédite, on reconditionne, et on ajoute un inédit, une photo souvenir et un badge ». Ecrite en 1987, cette chanson s'est révélée tristement d'actualité à la mort de Michael Jackson, où on a atteint un degré de n'importe quoi marketing affligeant, une véritable incitation au piratage. Evidemment, avant de disparaître, le chanteur avait dans ses cartons des inédits, et Sony Music allait forcément les exploiter avec une compilation souvenir. Néanmoins , le cynisme a atteint ici son paroxysme à la sortie de ladite compilation, Sony refusant de commercialiser au détail la chanson inédite, This Is It. Selon les plates-formes, il est indispensable d'acheter toute la compilation, ou un EP numérique incluant d'autres fonds de tiroir. C'était bien la peine de dématérialiser la musique pour se retrouver enchainé de la sorte...

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This Is It : pour l'inédit, veuillez passer à la caisse


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On pourrait penser que l'affaire Michael Jackson n'est qu'une histoire de récupération mercantile de plus, mais elle est révélatrice d'un malaise plus général : a la fin de la décennie du P2P, l'industrie du disque n'a toujours pas réussi à compenser la baisse des ventes d'albums physiques. Que ce soit en forçant la main comme Sony avec cet inédit, ou en proposant de pâles copies numériques des pochettes d'albums. C'est ce qu'Apple a tenté avec les iTunes LP, des éditions « collector » intégrant, en plus des titres en AAC, une interface plein écran proposant la pochette, une animation lors de l'écoute, les paroles des chansons, ou encore des vidéos exclusives. L'idée est assez bonne en théorie mais il faut bien admettre qu'écouter un album le nez sur l'écran de son PC ou de son Mac n'est pas une expérience très intéressante. Depuis, Apple a étendu la prise en charge des iTunes LP à son Apple TV mais il manque toujours l'expérience tactile que procure le vinyle ou le CD en édition collector. On imagine que l'hypothétique « iSlate » pourrait jouer ce rôle mais on reviendra alors à l'époque des DRM avec des iTunes LP lisibles uniquement avec un périphérique Apple, et des formats concurrents, sur lesquels les maisons de disques étaient censées plancher, incompatibles. On se consolera avec l'arrivée d'Amazon MP3 et 7 Digital en France, et de leurs promotions agressives, ou avec l'excellent service de streaming Spotify, malheureusement payant mais à l'ergonomie impeccable. En espérant que 2010 ne sera pas que l'année de l'application d'HADOPI...

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iTunes LP : le vinyle a encore de beaux jours devant lui



Conclusion

Comme nous avons pu le constater à nos dépens, cette année 2009 ne déroge pas à la règle. Cette fois encore, il ne fut pas difficile de mettre la main sur une brochette d'une quinzaine de produits, services ou offres commerciales dont on se serait volontiers passés (mention spéciale aux nombreux trophées décrochés par notre agrume national). Certains prétendants au titre nous ont peut-être échappés (leurs géniteurs ne nous en voudront probablement pas), mais si tel est le cas, n'hésitez pas à nous faire part de vos retours en utilisant le fil de discussion qui est attaché à cet article.

Cette fois, nous pouvons enfin refermer la parenthèse des flops 2009 pour « reprendre une activité normale » comme le dit ce cher PPD. L'année qui se profile sera-t-elle tout aussi riche en surprises touchantes, risibles ou agaçantes ? Restons sur nos gardes, les premiers feux d'artifice de la Saint Sylvestre pourraient bien laisser entrevoir une série de pétards mouillés. Sur les nombreux événements et/ou commercialisations que peut compter une année, nul doute que certaines tentatives se prendront les pieds dans le paillasson. Ne souhaitons pas de mal à nos constructeurs, fournisseurs d'accès ou opérateurs de téléphonie pour autant, en cas de problèmes, il ne faut pas oublier que le client final est souvent le premier perdant.

En attendant la prochaine série, il ne nous reste qu'à vous souhaiter une excellente et heureuse année 2010 !
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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