KickStarter, Ulule, MyMajorCompany... gros plan sur le financement participatif

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Le 25 février 2013
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J'ai participé... et après ?


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Ca y est, c'est fait : un projet vous a convaincu, vous vous êtes jeté à l'eau et avez investi quelques deniers pour aider ce dernier à atteindre ses objectifs. Et maintenant ? Comme expliqué dans la partie précédente, il y a deux écoles : soit le projet n'atteint pas son objectif financier et, dans un tel cas, votre argent ne sera jamais débité, soit le projet atteint son objectif et là, l'argent promis par les investisseurs est débité pour être concrètement investi dans l'initiative. C'est là, en réalité, que la phase devient plus ou moins critique.

Pourquoi critique ? Tout simplement parce que la plateforme de financement participatif a, elle, joué son rôle : elle a validé le projet, l'a mis en avant, lui a permis de récolter des fonds et a géré les différentes transactions. A partir du moment où un projet est financé, il est dans les mains de son initiateur, qui doit prendre ses responsabilités : concrètement, la majeure partie des plateformes de crowdfunding se dédouane complètement de ce qui se déroule après la levée de fonds, même s'il existe quelques exceptions.

« KickStarter n'est pas un magasin »


Sans grande surprise, l'une des premières plateformes de financement participatif ayant jeté un pavé dans la mare à ce sujet, c'est KickStarter : en septembre 2012, le service a répondu aux critiques liées à l'« après financement » dans un billet de blog nommé « KickStarter n'est pas un magasin » : « Il est difficile de savoir combien il y a de personnes qui considèrent qu'ils font un achat dans un magasin lorsqu'ils donnent de l'argent sur KickStarter. Mais nous voulons nous assurer qu'il n'y en a aucun » explique le service. Ce dernier a mis en place un espace, nommé « risques et défis », dans lequel les créateurs de projets doivent mettre en avant les difficultés potentielles qui pourraient entraver l'avancée de leur démarche. Par ailleurs, KickStarter demande également de nombreuses preuves démontrant que le projet se trouve déjà à un stade relativement avancé, comme des croquis, des plans ou des prototypes : le service examine les projets au cas par cas et, si quelque chose cloche, se donne le droit de ne pas le valider. Et même si le site fait tout pour se dédouaner d'un échec suite au financement d'un projet, il indique néanmoins clairement qu'un porteur de projet doit pouvoir rembourser les investisseurs en cas de gros problème pour le mener à bien.

Car malgré ces précautions, les projets financés via KickStarter et qui n'aboutissent pas sont nombreux et les investisseurs, bien qu'avertis des risques, sont souvent moroses. En décembre 2012, un lecteur de Clubic nous a contacté pour nous signaler que la clé USB Cryptek, dont nous parlions un an plus tôt et qui avait bénéficié d'un investissement bien plus conséquent que sa demande initiale, n'avait plus donné signe de vie depuis plus d'un an. Sur KickStarter, les backers se sont déchaînés dans les commentaires, jusqu'à ce que Cryptrade annonce finalement en janvier la mise en place d'une procédure de remboursement pour les investisseurs mécontents, même si le projet est vraisemblablement toujours sur les rails.

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Néanmoins, il faut tout de même souligner que malgré l'absence de transparence de la société Cryptrade envers ses investisseurs, ces derniers n'avaient aucun véritable recours auprès de KickStarter pour se faire rembourser, outre passer par la case justice (voir plus bas) : une fois l'argent dans la poche du créateur de projet, il faut lui faire confiance. La seule manière de ne pas prendre de risque, c'est de ne pas investir : un professeur d'économie de l'université de Pennsylvanie a mis en lumière, dans une étude publiée en juillet 2012, que 75% des projets financés en crowdfunding délivraient le produit final en retard, voire ne le délivraient pas du tout.

D'autres méthodes, d'autres projets


Mais la « méthode KickStarter » n'est pas appliquée partout : reprenons l'exemple de GamesPlanet Lab, plateforme de crowdfunding française, tournée vers le jeu vidéo. Affiliée à la plateforme de téléchargement légal Metaboli, elle fonctionne en collaboration avec Ulule, service de financement participatif général. Pierre Forest, fondateur de GamesPlanet Lab, a une vision très différente du crowdfunding : comme évoqué plus haut dans ce dossier, il considère la démarche d'investissement comme un pré-achat. Par ailleurs, à l'inverse de KickStarter, GamesPlanet Lab a des enjeux dans les projets qu'il soutient, puisqu'il compte vendre les jeux produits sur sa plateforme.

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Magrunner cherchait 100 000 euros pour se financer : il en a trouvé 110 000.

Dès lors, le choix des projets à mettre en avant et a accompagner est crucial : c'est la raison pour laquelle la plateforme, fondée en juillet 2012, n'a pour l'heure soutenu que deux projets, dont l'un, Day One, n'a pas trouvé le financement nécessaire. Pour le second, Magrunner, le succès a par contre été au rendez-vous, a tel point que des investisseurs s'y sont intéressés et que le projet est désormais en développement sur plusieurs plateformes. Pour Pierre Forest, c'est très positif : « On ne cherche pas l'exclusivité, mais on est l'un des acteurs du succès du jeu. » Et si l'allongement de la phase de développement rallonge également les délais de livraison du jeu et de ses bonus, c'est toujours GamesPlanet Lab qui gère le bon déroulement des différentes étapes de l'après financement : à l'inverse de KickStarter, la plateforme ne se dédouane pas une fois l'argent versé aux créateurs du projet, et sa commission prise. Une situation qui s'explique par le fait que GamesPlanet Lab proposera également le jeu sur sa plateforme : les enjeux sont aussi ceux d'un distributeur. « Je trouve KickStarter génial, mais je ne le vois pas à travers des yeux romantiques : pour moi, c'est une distribution de produit one-to-one directement à destination des consommateurs. Il y a une vraie force dans le fait de pouvoir customiser le produit, mais ça a un prix. Et puis, KickStarter n'apporte aucune garantie sur les produits » résume Pierre Forest.

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Du côté d'Ulule, « première plateforme de crowdfunding en Europe », la dimension d'accompagnement est elle aussi très forte : « On ne fait pas un tri très important, mais nous aidons les porteurs de projet pour maximiser leurs chances : nous avons un taux de succès de 62% sur Ulule » explique Mathieu Maire du Poset, directeur projets et communication du service. En 2 ans, Ulule a vu 1680 projets financés, à hauteur de 4,3 millions d'euros au global. Des chiffres loin de ceux de KickStarter, mais qui ne s'accompagnent cependant pas de polémiques liées à des financeurs lésés. « En janvier, nous avons reçu 600 propositions de projets, 75% ont été acceptés. Les projets refusés sont ceux qui sont à côté de la plaque : il s'agit de projets personnels, comme des photographes qui veulent financer un voyage, ou bien des démarches mal proportionnées, pas réalisables. » Pour aider les porteurs de projets, Ulule dispose d'une équipe d'accompagnateurs qui peut les conseiller pour l'optimisation de leur démarche ou l'établissement des récompenses. « Tous n'ont pas les mêmes besoins, mais nous avons une expertise qui peut être mise à disposition » commente Mathieu Maire du Poset. Comme toutes les plateformes de crowdfunfing, Ulule touche une commission sur les sommes récoltées par les projets financés, à hauteur de 8% : le service a tout à gagner à optimiser les projets exposés pour les rendre le plus viable possible.

Ulule se montre également attentif après le financement des projets, principalement du côté des porteurs : la plateforme développe des services de crowdsourcing, pour mettre d'éventuels partenaires en relation. Côté financeurs, si Mathieu Maire du Poset explique qu'Ulule garde un oeil sur la distribution des contreparties et la gestion des problèmes, il botte également en touche, ajoutant qu'en France, la plateforme n'est juridiquement pas responsable.

Un cadre juridique limité


« Le cadre juridique est classique : il y a un lien commercial qui se tisse entre le porteur du projet et son financeur. Si ce dernier ne reçoit pas la contrepartie que s'est engagé à lui donner le porteur du projet, alors il peut l'attaquer en justice » explique simplement Mathieu Maire du Poset. En effet, en France, il n'existe pas, pour l'heure, de cadre strict pour le financement participatif, qu'il cible les particuliers et les produits ou l'investissement dans une entreprise. Une situation inacceptable pour l'Association Financement Participatif France (AFPF), qui met en opposition la situation française avec celle des Etats-Unis, où le JOBS Act est en train de faire évoluer le marché, principalement côté entreprise - une démarche qui pourrait être amorcée en France dans le cadre du Pacte national pour la croissance de Fleur Pellerin, bien que ce dernier cible en premier lieu l'entrepreneuriat.

Actuellement fort peu cadré en France, le crowdfunding n'en reste pas moins un secteur complexe en matière de droit, ne serait-ce que pour les plateformes destinées à recueillir des participations de particuliers : un tableau mis en ligne par l'AFPF et concernant « des modèles de crowdfunding non régulés par le Code Monétaire et Financier » permet notamment de voir les écarts de protection de l'investisseur s'il participe à un projet avec contrepartie (Ulule, IndieGogo, KickStarter), ou à une coproduction (MyMajorCompany, Touscoprod). Des éléments en réalité difficiles à percevoir de prime abord, quand on décide de mettre la main au porte-monnaie.

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Aux Etats-Unis, certains porteurs de projets ayant levé des fonds sans aboutir ont déjà été attaqués en justice par des backers mécontents. L'un des cas les plus médiatisés est celui de Seth Quest, qui avait levé en mars 2011 pas moins de 35 000 dollars sur KickStarter, en vue de produire un support pour l'iPad. Mais son entreprise a fait faillite peu après, le laissant dans l'impossibilité de livrer le produit à ses investisseurs. L'un d'eux a alors déposé plainte : Seth Quest s'est retrouvé dans une position encore plus délicate, écopant d'une réputation de mauvais payeur qui l'a empêché de retrouver un emploi par la suite. Si l'entrepreneur remonte petit-à-petit la pente, il a tiré une leçon de cette expérience : « Quand vous échouez sur KickStarter, c'est un échec public. Les investisseurs peuvent vous donner un soutien massif, mais ils peuvent aussi vous détruire si vous échouez. » L'attaquant de Seth Quest, Neil Singh, un avocat de Phoenix, est d'accord pour dire qu'il s'agit plus « d'une idiotie que d'une fraude » de la part de Seth Quest : demander de l'argent pour un projet, c'est aussi prendre le risque qu'on réclame son remboursement s'il n'aboutit pas.
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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