Pic historique des demandes de déréférencement pour Google

Dans son dernier rapport annuel de transparence, Google met les pleins phares sur ses relations avec gouvernements et institutions. Mais pour n'être pas opaque, le dossier n'en est pas moins orienté, et semble plaider une fois encore en faveur de moins d'interventionnisme des Etats.

Deux jours avant Noël, Google sortait de sa hotte son traditionnel rapport bi-annuel de transparence. Depuis 2010, la société américaine se livre à cet étonnant exercice qui met en lumière le comportement des gouvernements à son égard. La "transparence" revendiquée par le groupe ne lève pas tant le voile sur son activité que sur les institutions publiques et privées qui font régulièrement appel aux services de la marque. Les demandes de retrait de contenu, de déréférencement... que des sujets qui semblent fâcher Google.

Et pour l'occasion, la société californienne déploie tout son arsenal de graphiques accusateurs : 60% de demandes de déréférencement en plus par rapport à l'année dernière (de 345 millions l'an passé à 560 millions de demandes qui aboutissent), des demandes gouvernementales de retrait de contenu qui ont plus que triplé depuis 2011, etc... Il s'agit avant tout de raviver l'attachement des internautes aux libertés numériques.

Pourtant ces demandes sont pour la plupart l'expression des lois qui protègent l'industrie culturelle ou condamnent des propos causant du tort à la liberté d'expression. Mais là encore, le discours de Google pointe de toutes autres motivations, notamment pour les gouvernements : « Les demandes gouvernementales portent souvent sur des contenus politiques et sur des critiques à l'égard des gouvernements. Dans l'idée d'éliminer tout discours politique de nos services, les fonctionnaires citent la diffamation, le respect de la vie privée, voire les lois sur les droits d'auteur. » L'accusation est lourde. Pourtant la transparence, sur ce point précis, se limitera à ce simple commentaire (les exemples cités par le rapport mettent en cause des personnalités politiques isolées et non des « demandes gouvernementales »).

france google

germany google


Des petites phrases cinglantes, il y en a d'autres, disséminées un peu partout au gré des liens : « Il arrive que les autorités administratives entravent le fonctionnement des produits ou des services Google au lieu de demander la suppression de contenus spécifiques. », quelquefois teintées d'une d'une ironie certaine : "« Parfois, nous recevons même des demandes de suppression de contenus "d'Internet" » (comme si Google contrôlait l'ensemble du Net et non plus seulement ses propres référencements...)

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Cette humeur contestataire était encore plus clairement assumée en 2011, quand Dorothy Chou était encore responsable du fameux "Transparency Report" de Google (elle travaille aujourd'hui pour Uber) et qu'une interview accordée au journal Le Point lui avait fait avouer son espoir que, suite à la publication de ce rapport, « les citoyens, les associations, les ONG demandent des comptes aux gouvernements, pour savoir quand, comment et pourquoi ils accèdent à des informations confidentielles ».

Touche pas à mon code


Au final dans ce rapport, les « preuves » ce sont les courbes de ces diagrammes. Sur tous les graphiques elles ne cessent de monter, avec en filigrane le message que ces demandes de suppression de contenu empiètent chaque année un peu plus sur la liberté des utilisateurs.

Seulement en cette fin année, le contexte n'est plus tout à fait le même qu'en 2011, l'évolution du cyberterrorisme conduit les autorités à demander plus de latitude en termes de surveillance et des voix s'élèvent, comme celle de Theresa May au Royaume-Uni, pour que les grandes firmes Internet acceptent de nuancer un peu une défense à tous crins des libertés individuelles. Depuis plusieurs semaines, un véritable face à face oppose les grands groupes high-tech aux gouvernants, qui leur demande de faire des concessions en termes de sécurisation de leurs services.

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Zoom sur les données brutes des demandes de suppression de contenu protégé par des droits d'auteur, mise à disposition en libre téléchargement par Google. La mention "abuser" signifie que la demande de retrait a été considérée comme abusive et a donc été rejetée...


Un chapitre du rapport de transparence entend justement réaffirmer le positionnement de Google dans ce nouveau débat public qui vise essentiellement le chiffrement des données. Le volet intitulé « sécurité et confidentialité » aborde notamment les compétences particulières de Google Mail qui chiffrerait chaque message envoyé par les utilisateurs pour éviter que ceux-là ne soient piratés et espionnés d'une quelconque façon. Par delà les assertions à teneur publicitaire ( "« la plupart des fournisseurs de messagerie ne chiffrent pas les messages pendant leur acheminement »"), l'argument tombe à pic vis à vis des britanniques, qui comptent justement donner la possibilité aux services secrets d'avoir, sur mandats d'arrêts, l'autorisation de pirater les services de messagerie en ligne en créant des failles dans ces chiffrements.

Par cet article final, Google prête ainsi main forte aux diverses interventions publiques de Tim Cook (Apple) concernant le projet de loi anglais (la « investigatory powers bill »), et s'inscrit donc dans la vague de défense des libertés cybernétiques qui a suivi l'affaire Snowden. En effet, le regain de méfiance à l'égard des grands groupes de l'informatique et des télécommunications avaient conduit ceux-là à renforcer considérablement le chiffrement de leurs applications, notamment en cryptant les e-mails des utilisateurs.

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Modifié le 06/01/2016 à 10h10
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