le jeudi 10 juillet 2014

Loi anti-Amazon : le commerçant est-il vraiment gagnant avec ses frais d'envoi à 1 centime ?

Amazon France vient d'appliquer la loi, entrant en vigueur aujourd'hui, concernant le non-cumul de la réduction de 5% sur les prix des livres et la gratuité des frais d'expédition. Mais le cybermarchand fait un pied-de-nez à la loi en fixant les frais d'expédition à 1 centime d'euro. Une manœuvre rondement menée, mais qui permet malgré tout à la loi de faire son travail.

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La fameuse loi « anti-Amazon » entre en vigueur le jeudi 10 juillet : elle oblige les commerçants vendant des livres en ligne, comme Amazon ou la Fnac, à arrêter le cumul entre la ristourne de 5% sur le tarif éditeur (loi Lang) et les frais d'envoi gratuits. Amazon a donc mis à jour ses fiches produits, révélant sa nouvelle stratégie : proposer des frais de port à 1 centime pour les commandes composées uniquement de livres. Le cybermarchand n'applique pas cette règle à ses clients Premium, pour qui la livraison en 1 jour reste dans tous les cas gratuite, en raison de leur abonnement annuel de 49 euros.

La subtilité des 5%

Fixer les frais d'envoi des livres à 1 centime semble être une manœuvre calculée par Amazon pour minimiser l'impact de la loi sur son activité. C'est vrai sur un certain point : cela ne le rend pas moins compétitif vis-à-vis des autres commerçants en ligne, dans la même situation que lui. Néanmoins, il faut également souligner que les tarifs des ouvrages vendus par Amazon n'affichent plus la ristourne de 5% autorisée par la loi Lang : les livres sont désormais vendus au tarif éditeur.

Et pour cause : la loi anti-Amazon comporte une subtilité. Si l'application des frais d'envoi permet au commerçant d'appliquer une réduction de 5% du montant du prix du livre, ce n'est non plus sur le prix de l'ouvrage que cette déduction s'applique, mais sur celui des frais d'expédition :«  Le détaillant peut pratiquer une décote à hauteur de 5 % de ce prix sur le tarif du service de livraison qu'il établit, sans pouvoir offrir ce service à titre gratuit » explique le texte, présent dans le journal officiel du 9 juillet. Prenons un exemple : un livre précédemment proposé à 20 euros par l'éditeur pouvait, jusque-là, être vendu 19 euros par le commerçant en ligne, sans frais d'envoi. Désormais, les 5% de réduction (soit, ici, 1 euro) doivent d'appliquer au prix des frais d'expédition. Ainsi, si le commerçant facture les frais d'envoi à 3 euros, il peut déduire 1 euro de ces derniers pour l'expédition d'un ouvrage à 20 euros : le client paiera ainsi 22 euros, frais d'envoi inclus.

Mais l'autre détail important de la loi, c'est qu'elle permet au commerçant de fixer lui-même le montant des frais d'envoi. De fait, rien n'empêche actuellement Amazon de faire payer l'expédition des livres 1 centime d'euro, en sous-entendant avoir intégré dans ce tarif la ristourne de 5%. On se trouve donc, dans tous les cas, avec des livres vendus aux tarifs des éditeurs, complétés par le minimum applicable pour les frais d'expédition.

Des tarifs au-dessus de ceux des libraires physiques

Si la stratégie d'Amazon semble, de prime abord, mettre à mal les effets de la loi, elle n'empêche pas cette dernière d'arriver - dans une moindre mesure, peut-être - à ses fins : au final, les prix des livres sur Amazon sont plus élevés que ceux des libraires physiques qui, eux, peuvent appliquer la réduction de 5% directement sur les prix des livres.

On imagine que les autres vendeurs de livres en ligne vont également choisir d'appliquer la loi de telle manière à minimiser au maximum l'impact sur le prix final de la commande. A noter que pour certains, comme la Fnac, il y a une autre corde à jouer, puisque la livraison peut rester gratuite lorsque les ouvrages sont livrés ailleurs que chez le client, comme dans une librairie par exemple. Disposer de boutiques physiques sera, dans un tel contexte, un véritable atout.
Modifié le 10/07/2014 à 12h57
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