le mardi 15 octobre 2013

Alcatel-Lucent: comment Michel Combes défend son plan social

Ce mardi soir, Michel Combes, le directeur général d'Alcatel-Lucent, a été auditionné par la Commission des Affaires économiques de l'Assemblée nationale. L'occasion pour lui de justifier un plan social d'envergure.

Alcatel-Lucent : fermeture de deux sites français sur fonds de restructuration mondiale
Ils étaient plus d'un millier de salariés d'Alcatel-Lucent à manifester dans les rues de Paris. Ils dénoncent l'ampleur du plan social annoncé la semaine dernière, au prix de 10 000 suppressions de postes dans le monde, dont 900 en France. Ce soir, c'est devant les membres de la Commission des Affaires économiques que le directeur général du groupe, Michel Combes a défendu son plan « Shift ». L'homme considère que celui-ci, le sixième en date en sept ans, n'est pas un plan social, mais bel et bien un plan industriel, visant à restituer la compétitivité de l'entreprise.

Forcément, les questions des parlementaires visaient à comprendre comment Alcatel-Lucent en est arrivé là, comment prendrait forme le plan social, et demandé une réaction à l'appel du gouvernement quant à la défense d'un certain patriotisme économique.

Alcatel, responsable de ses difficultés...

Sur ce point, Michel Combes est catégorique : les difficultés d'Alcatel s'expliquent avant tout du fait de ses erreurs. Le groupe perd chaque année entre 700 et 800 millions d'euros. Sa perte nette de l'année 2012 atteignait 1,2 milliard d'euros. Sans compter une dette colossale.

D'après Michel Combes, le groupe paie ses ratés. À commencer par le virage de la 3G, qui n'a pas été anticipé, ne croyant pas à l'époque à son développement à cause d'un faible nombre de terminaux disponibles. Ce à quoi il faut ajouter des coûts bien trop élevés face à la concurrence. « Nos dépenses administratives et commerciales représentent 14,1% du chiffre d'affaires, contre 11,5% à 12% pour la concurrence ». Autant de points de marge de perdus selon lui pour investir sur les réseaux. Mais encore, la trop forte disparité des entités de l'entreprise doit selon lui être revue. Le dirigeant explique par exemple que le groupe dispose de 58 sites de R&D dans le monde.

Autre problème, le déploiement des investissements sur les différents réseaux. Le directeur général explique ainsi qu'Alcatel dédie 50% de ses investissements sur les réseaux 2G et 3G, la petite moitié restante étant alors consacrée à la 4G. Pour lui, cette situation « ne peut pas durer ».

... Mais pas seulement

Pour autant, Michel Combes n'élude pas des freins extérieurs. Il dénonce en premier la réglementation européenne. Pour lui, l'Europe est devenu le continent oublié des télécommunications. Pendant que l'industrie asiatique tourne plein pot en termes de production, que son équivalent américain fait office de référence en termes d'innovation, l'Europe reste selon lui engluée dans un cercle vicieux.

« Les États-Unis réalisent de lourds investissements, tirés par acteurs tels que Sprint et Verizon. Ce qui permet à de plus petites entreprises, de type start-up de s'implanter sur le marché, créant ainsi un véritable écosystème des télécommunications. S'en suit la mise au point de technologies de qualité, pour lesquelles les clients sont prêts à payer le juste prix. Il en découle des marges plus importantes, autorisant de nouveaux investissements ».

À l'inverse, l'Europe souffre selon lui d'une législation aberrante. En premier lieu parce que celle-ci porte avant tout sur une logique de prix. Incapables d'investir de façon massive, les acteurs européens souffrent selon lui d'un manque de différenciation technologique. Les clients choisissent de fait en fonction des prix, ce qui comprimerait les marges.

Michel Combes revient également sur la rude concurrence qui règne sur le marché des télécommunications, avec des acteurs comme Huawei, qui ont selon lui pris une place démesurée sur le marché européen.

Plan Shift : plus de détails dans les semaines à venir

Pour se redresser, Alcatel-Lucent s'apprête à dégraisser. Massivement. Avec 10 000 suppressions de postes dans le monde, dont 900 en France, le groupe se sépare d'une part conséquente de ses effectifs globaux. Michel Combes désire aussi rationaliser les activités du groupe. Pour la R&D, par exemple, il espère diviser par deux le nombre de sites dédiés dans le monde d'ici à 2015.

Les chiffres exacts quant au plan social annoncé en France devraient être dévoilés dans les prochaines semaines. L'heure est encore à la négociation, et à la mobilisation de salariés qui dénoncent la fermeture inéluctable des sites de Toulouse et de Rennes. Sans oublier les craintes portées sur d'autres, comme celui d'Orvault. Répondant aux questions des parlementaires, Michel Combes a expliqué que le groupe n'avait pas sur ce site de « perspective de charge suffisante ». Ce qui ne lui permettrait pas « d'assurer seul son avenir ». Il a promis de se rendre sur le site à la rencontre des salariés.



S'agissant de l'activité, Michel Combes évoque une indispensable réorientation stratégique, dans une époque où l'on passe « de la 3G à la 4G, du cuivre à la fibre, de la voix vers l'IP ».

Faut-il mettre en place un patriotisme économique ?

Dernier point principal évoqué au cours de l'audition : la notion de patriotisme économique, pour mettre en avant le travail des acteurs européens (bien qu'Alcatel ne le soit plus totalement), sur le marché européen. « Je me réjouis que nous appelions à cette solidarité », explique le directeur général, assurant que cette politique trouvait toute sa place à partir du moment où Alcatel conçoit des produits satisfaisants.

Oui à une patriotisme économique des opérateurs, mais non à un protectionnisme d'État. Michel Combes se montre même catégorique. « Je suis opposé à toute forme de protectionnisme, à nous d'être meilleurs », s'est-il justifié.

Il rappelle enfin la nécessité de « co-innover », avec de grands groupes, comme il l'a fait avec l'américain Qualcomm. Un acteur dont la prise de participation a permis de lever des fonds, via une augmentation de capital, favorisant l'innovation. Car Michel Combes en est convaincu, et défend mordicus le plan Shift : « une entreprise qui n'innove plus est condamnée ».
Modifié le 15/10/2013 à 23h43
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