le mercredi 20 janvier 2016

Les fabricants de smartphones épinglés à cause du travail d'enfants

Amnesty International et Afrewatch pointent du doigt les exploitations de mineurs dans la fabrication d'appareils informatiques. Ces organismes dévoilent l'incapacité des firmes du secteur à assainir les conditions de travail induites par l'extraction de matériaux nécessaires, en particulier le cobalt.

Intitulé Voilà pourquoi on meurt, le document de 75 pages montre que peu de choses ont évolué en matière d'extraction de certains matériaux, dont le cobalt. Ce dernier est utilisé dans la fabrication de certains équipements électroniques. Sony, Microsoft, Apple, Samsung, Lenovo, Vodafone ou bien encore Daimler et Volkswagen sont explicitement mentionnés. Ces multinationales sont montrées du doigt dans la mesure où elles sont en relation avec des fournisseurs impliqués dans les exploitations humaines des mines de Cobalt. comme la société Huayou Cobalt et les constructeurs de batteries associés (Toda Hunan Shanshan, L&F, Tianjin Bamo).

Amnesty International enquête depuis 2011 sur les atteintes aux droits humains perpétrées dans les mines de cuivre et de cobalt en République Démocratique du Congo (RDC). Dans un rapport publié aujourd'hui, les deux ONG Amnesty International et Afrewatch dénoncent une fois encore les conditions de travail déplorables des mineurs en RDC, parmi lesquels de nombreux enfants.

L'enquête des ONG montre depuis que la lumière est faite sur ces manquements aux Droits de l'Homme, « des audits » de leur chaîne d'approvisionnement sont désormais pratiqués par ces compagnies pour les « minerais qui alimentent les conflits » (tantale, étain, tungstène et or). Mais concernant la provenance du cobalt utilisé dans ces produits, l'ignorance est encore totale.

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Une mine d'extraction de minerais en République Démocratique du Congo.


« En réalité, il est très difficile de retracer la source du minerai en raison des pratiques de non divulgation des informations des fournisseurs et de la complexité des chaînes d'approvisionnement. Ainsi, il nous est impossible de déterminer si le cobalt fourni à Samsung SDI provient des mines de Katanga en RDC » répond un représentant de Samsung SDI aux enquêteurs. Même aveu de la part de Vodafone : « Nous ne savons pas si le cobalt contenu dans nos produits provient de Katanga en RDC » et de Microsoft : « Nous n'avons pas retracé le cobalt utilisé dans les produits de Microsoft à travers notre chaîne d'approvisionnement vers le fondeur en raison de la complexité du processus et de la quantité de ressources requises. »

Une chaîne de distribution trop importante


Trop de maillons dans la chaîne d'approvisionnement. C'est ce que met en avant le rapport, c'est aussi l'argument des firmes. Ces nombreux exploitants et sous-traitants, séparent les fonderies et les mines d'où sont extraits les métaux, des multinationales les utilisant.

Les fabricants interrogés restent perplexes : « Nous (Lenovo) travaillerons avec Tianjin Lishen (fournisseur de Cobalt) et ses tiers concessionnaires pour enquêter sur les préoccupations soulevées par votre lettre. Si ces préoccupations sont avérées, Lenovo demandera à ses concessionnaires de ne plus recourir à Tianjin Lishen »

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Chaîne d'approvisionnement du cobalt, reconstituée par Amnesty International et Afrewatch


Un rapport d'experts a déjà présenté, en 2001 au Conseil de sécurité de l'ONU, les différents problèmes inhérents aux mauvaises conditions de travail des personnes dans les mines. Le document sonnait l'alarme, tout comme les travaux de la GRAMA (groupe de recherche sur les activités minières en Afrique), mettant aussi en avant les problèmes de guérillas entre bandes rivales, de racket, que ce commerce engendrait.

« j'ai vu ce qu'il s'est passé »


Un délégué de la protection de l'enfance travaillant à l'UNICEF a précisé aux chercheurs que les enfants qui vivent et travaillent dans ces zones sont exposés à de la violence physique, à de la toxicomanie, à de l'exploitation et des violences sexuelles.

En conduisant des recherches sur des sites réputés à risque de Kolwezi, Musompo, Kambove, Likasi et dans la province de Katanga, les chercheurs d'Amnesty International et l'Observatoire africain des ressources naturelles (Afrewatch) ont aussi collecté des témoignages d'enfants : une jeune fille, Mathy, a décrit comment en 2012 quand elle avait 12 ans, elle a été attrapée avec une amie sur une concession par des agents de sécurité : « Ils ont demandé de l'argent mais nous n'en avions pas...Ils ont saisi mon amie et l'ont poussée dans une citerne avec du gasoil. J'ai réussi à m'échapper et à me cacher mais j'ai vu ce qui s'est passé. ».

La section 1502 de la loi Dodd-Frank du gouvernement Obama, signée en juillet 2010, promulguait pourtant une obligation de transparence concernant les matières premières issues de la République démocratique du Congo (RDC). Depuis cette date, les industries se doivent donc, en principe, de savoir si le commerce des minerais bénéficie ou non à des groupes armés. Mais il semble que toute la transparence voulue n'a pas encore eu raison du labyrinthique acheminement du minerai aux constructeurs des terminaux mobiles. Le problème des sociétés transnationales ayant recours au secteur extractif reste donc entier, et leur rapports commerciaux avec des pays qui n'ont pas la même juridiction en termes de droits humains.

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Modifié le 20/01/2016 à 10h35
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