le mercredi 10 avril 2013

Et si le SMS était l’avenir de la messagerie instantanée ?

Anicet Mbida
Chaque semaine, Anicet Mbida nous livre son avis sur l'actualité numérique.
MessageMe, Kik, Viber, WhatsApp, Line, ChatOn, GroupMe, Moped, KakaoTalk... n'en jetez-plus. Il ne se passe plus une semaine sans l'annonce d'un nouveau service de messagerie mobile. Nouveau service évidemment toujours plus prometteur, mais allez savoir pourquoi, toujours incompatible avec le précédent.

Une chose est certaine : malgré Facebook, Twitter et les smartphones, on envoie toujours plus de 20 milliards de « textos » par jour. Tous veulent donc détrôner sa majesté SMS. Devenir le leader de la communication mobile. Alors plutôt que de jouer l'ouverture et la compatibilité, ils préfèrent une bataille à mort de type Highlander où il ne doit en rester qu'un.

Même les géants s'y mettent. Si Microsoft précipite actuellement la bascule de MSN vers Skype, ce n'est pas parce que Skype est un meilleur client de messagerie instantanée, au contraire. Mais parce qu'il a une forte présence mobile et qu'il est multiplateforme. C'est aussi pour les mêmes raisons que les rumeurs se multiplient autour du rachat de WhatsApp, la star des téléchargements. Il était censé être courtisé par Facebook il y a quelques mois. Cette semaine il devait convoler avec Google. Et on peut déjà parier sur des rumeurs de rachat par Apple ces prochains mois. Chacun veut atteindre cette fameuse taille critique qui le propulsera standard de fait.

La messagerie mobile est aujourd'hui le secteur le plus fragmenté

Reste qu'à chaque fois, c'est l'approche propriétaire et fermée qui est privilégiée. Apple a oublié sa promesse d'ouvrir Facetime et iMessage. Idem pour Blackberry avec BBM, il y a rapidement réfléchit avant de se raviser. Même Google, avec son projet Babble, commencerait à limiter l'ouverture de ses messageries en sélectionnant qui a droit, ou pas, d'être compatible. Résultat, la messagerie instantanée mobile est aujourd'hui le secteur technologique le plus fragmenté. Pour discuter avec tout le monde, il faut installer une dizaine d'applications, voire posséder une machine spécifique dans le cas de BBM ou d'iMessage. Un comble pour des outils de communication.

Cette balkanisation des messageries avait pourtant été réglée il y a dix ans. Des protocoles multiplate-forme comme XMPP et des API ouvertes permettait aux utilisateurs de iChat de parler à ceux de AIM et même à la galaxie Yahoo Messenger de discuter avec celle de MSN Messenger (même si cela n'a pas duré). On était d'ailleurs nombreux à utiliser des clients multi-protocoles comme Trilian, Adium ou Pidgin sur PC de bureau.

En basculant sur mobile, l'approche est d'ailleurs longtemps restée la même. J'ai fait mes premiers pas de messagerie instantanée mobile sur des muti-clients comme Fring ou Beejive avant de basculer plus récemment sur imo.im. Mais c'était avant l'explosion de Viber, WhatsApp et leurs clones. Ils viennent de nous ramener dix ans en arrière !

Ironie de l'histoire, si l'on exclut les travaux du W3C, seuls les opérateurs travaillent aujourd'hui sur une solution multi-protocole. Elle a été présentée cette année aux fabricants de mobiles sous le nom VoxOx pendant le MWC. Mais que l'on ne s'y trompe pas. Leur proposition, n'a qu'un objectif : reprendre la main sur les services VoIP et autres tueurs de SMS, avec une offre payante qui compenserait la baisse de revenus dont ils souffrent actuellement.

Pour l'heure, cette initiative des opérateurs fait choux blanc. Tout le monde préfère attendre que le « marché » impose un leader. Les paris sont lancés. Mais serons-nous vraiment gagnants ? On quitterait le cartel des opérateurs avec leurs tarifs de SMS astronomiques, pour entrer dans un autre, celui d'une application, qui une fois qu'elle nous aura ferré, pourra nous gaver de publicité comme MSN Live Messenger dans ses pires années.

Au final, je ne serais pas étonné si le SMS continue de prospérer. Car avec tous ceux qui se prennent pour MacLeod, ce n'est pas demain qu'une messagerie instantanée mobile pourra égaler les bons vieux textos en termes de simplicité, d'efficacité et surtout d'universalité.
Modifié le 15/10/2013 à 16h05
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