le jeudi 09 juillet 2015

Retrogaming : retour aux sources du jeu vidéo

Des chiffres et des quêtes


Le retrogaming est difficile à quantifier en données économiques claires : une profusion de nouveaux titres en appelle à l'héritage des gloires passées, et ces mêmes gloires s'offrent une seconde jeunesse grâce aux smartphones, aux PC et consoles de salon next-gen où ils pullulent. Dès lors pour se faire une idée de ce que peut représenter ce marché, il faut se tourner vers certains succès récents.

A commencer par Minecraft, jeu bac à sable développé par le studio indépendant Mojang, disponible depuis 2009 et décliné aujourd'hui sur tous les supports. En juin 2014, Minecraft atteint 54 millions d'exemplaires vendus toutes versions confondues, soit le second jeu vidéo le plus vendu de l'histoire après Wii Sports. Pour l'anecdote, Minecraft dépasse les 16 millions de ventes sur PC, devenant le plus vendu au monde sur ce support, devant World of Warcraft ! Angry Birds (2009), qui peut se réclamer du néo retrogaming, est aussi une formidable success-story avec un coût du développement pour Rovio estimé à 140. 000 euros, pour plus de 50 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2011.

De manière plus générale, le coût de conception des applications iPhone est compris entre 10 à 15 000 euros, sur PS3 et Xbox 360, il faut compter entre 11 et 24 millions d'euros pour un jeu, tandis que sur Wii et PC, le coût moyen s'élève à 2 millions d'euros. Tout cela n'intègre pas le marketing qui occupe désormais une place centrale et onéreuse. Il y a une quinzaine d'années, les jeux coûtaient jusqu'à deux ou trois fois moins chers, car ils faisaient intervenir moins de métiers différents, et ils rapportaient donc bien plus à tous les intervenants. C'est ce qui explique en partie que de nombreux studios s'inscrivent dans la mouvance du retrogaming qui implique des jeux simples, faciles à développer, moins couteux et en phase avec les nouvelles habitudes de consommation des joueurs (parties rapides dans les transports, possibilité de jouer partout, etc.).

Minecraft


Néo-retrogaming


Pour l'amour de la 2D


A l'heure de l'omniprésente 3D ultra-texturée et réaliste, la 2D retrouve ses lettres de noblesse par le biais des jeux sur smartphones et tablettes, des jeux qui puisent (voire pillent dans certains cas) l'héritage des premiers titres à succès. Reste à définir les atouts de la « vieille 2D » sur laquelle repose le retrogaming :
- Aucun problème de gestion des angles de vue et des caméras
- Des concepts plus à même de toucher le grand public
- Simplicité de la prise en main
- Approche beaucoup plus intuitive
- Traitement à même de convenir aux joueurs occasionnels ou débutants, comme aux joueurs plus aguerris, aimant à relever des défis parfois ardus
- Réalisation qui donne la part belle à l'action et au plaisir du jeu sans recherche constante d'une réalisation détaillée, fourmillante et à couper le souffle.

Il y a quelques années, tandis que les joueurs plébiscitaient cette nouvelle mode, il subsistait une dichotomie dans l'idée de devoir payer pour des jeux dont le développement était largement remboursé et qui, au-delà de l'aspect « souviens-toi comme c'était mythique ! », n'apportaient pas grand-chose de neuf par rapport au principe de l'émulation. Il fallait trouver une manière inédite de vendre la chose : nostalgie oui, exploitation sans effort, non !

Désormais, on ne parle plus de « retrogaming », mais de « néo-retrogaming », une évolution nécessaire qui ouvre des perspectives beaucoup plus étendues que la simple resucée de titres, en donnant naissance à une ère nouvelle : la « nostalgie contemporaine ». Celle-ci repose sur l'idée selon laquelle il n'est pas possible d'offrir un banal copier-coller d'un vieux hit pour en faire un « nouveau » succès. Il faut inévitablement en proposer une relecture complète, qui ne se contente pas d'arrondir les angles, d'affiner les graphismes et de mettre une guerrière à la place d'un guerrier !

Les jeux qui se réclament d'un illustre passé doivent donc renouer avec le plaisir coupable d'antan et l'état d'esprit des jeux old school. Ainsi le néo-retrogaming ne s'applique pas qu'aux vieux jeux proposés sur les nouveaux supports, mais englobe surtout une manière de concevoir un jeu en respectant les codes des anciens titres (prise en main immédiate, construction des niveaux, traitement simple sans être simpliste), dans un cadre totalement inédit. Au final, l'idée est de reprendre les vieux pots pour y faire de meilleures confitures, dont la majorité peut se savourer sur smartphones et tablettes, le nouvel eldorado du casual-gamer et des développeurs en quête de titres accessibles et vendeurs surfant sur le concept « jeu à l'ancienne ».


L'essence du retrogaming


La nostalgie mise à part, le retrogaming dans son sens le plus large, doit sa réussite à de nombreux facteurs qui sont aujourd'hui exploités par les développeurs pour nous proposer des jeux qui paraissent issus des années 70 à 90, alors qu'ils sont tout à fait récents ! C'est là l'essence du concept de « nostalgie contemporaine » qui met en lumière la primauté de la jouabilité sur l'aspect esthétique. Et cette révolution s'est incarnée dans les jeux pour smartphones qui permettent à chacun de jouer à des petits jeux faciles à prendre en main, procurant un plaisir immédiat, sans avoir à déployer des monstres de graphismes pour être efficaces et addictifs.

Et s'il fallait prendre un exemple concret pour illustrer cette tendance, nul doute que le cas d'Angry Birds s'impose. Des graphismes 2D pour le moins classiques, une prise en main instantanée, un concept ravageur et un succès planétaire. Pas d'effets 3D rocambolesques, pas de gestion complexe du personnage, pas d'effusion graphique tapageuse, on va à l'essentiel en misant tout sur la créativité, l'ingéniosité et le plaisir du joueur.

Angry Birds


Aujourd'hui, le retrogaming englobe ces deux mondes. D'un côté, les joueurs peuvent acquérir à moindre coût des anciens titres passés à la postérité, et s'offrir des petites madeleines sans se ruiner puisqu'il n'est pas nécessaire d'acheter la cartouche et la machine correspondante pour faire un bond dans le passé, les smartphones et autres consoles servant de support. De l'autre, les joueurs peuvent perpétuer cette tradition du jeu vidéo originel, purement ludique et sans autre prétention que celle de divertir en empruntant à leurs aînés beaucoup de gimmicks. C'est ainsi que l'on sait qu'une chose est entrée dans l'Histoire, à la capacité du passé à influencer le présent.
Modifié le 20/07/2016 à 12h16
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