le lundi 25 janvier 2016

Du QWERTY à l'AZERTY, histoire des claviers populaires mais mal aimés

Une révolution AZERTY ?


Face à un schéma qui se répète en boucle, malgré des partisans du changement toujours présent, l'AZERTY n' a jamais bougé. Pourrait-on, aujourd'hui, imaginer disposer d'autre chose que le clavier sur lequel on écrit au quotidien ? S'il y aura toujours des adeptes des claviers alternatifs pour l'affirmer, le grand public est clairement conditionné... et ça dure depuis la fin du XIXe siècle, au final.

Alors forcément, lorsque le gouvernement français évoque une remise à plat de l'AZERTY, pour la simple raison qu'il ne serait pas optimisé pour écrire correctement en français, on est en droit de se demander si ce n'est pas peine perdue. Mais avant d'en tirer des conclusions, il faut s'interroger sur le véritable objectif de chantier amorcé par Fleur Pellerin, suite à la publication d'un rapport de la délégation générale à la langue française le 15 janvier dernier.

Un AZERTY plus français


Lenovo X1 Carbon
« Il est impossible d'écrire en français correctement avec un clavier AZERTY commercialisé en France » martèle le rapport en question, ajoutant que, selon la marque du clavier, des touches peuvent changer de position, voire disparaître. Si un clavier AZERTY dispose en moyenne d'un peu plus de 100 touches, il arrive en effet que certains petits formats fassent l'impasse sur autre chose que le pavé numérique.

Et tout cela, sans compter l'obligation, pour écrire certains caractères spéciaux, de passer par des combinaisons de touches plus moins connues qui nécessitent de garder la touche ALT appuyée pour y adjoindre une combinaison de chiffres - dans ce cas, l'absence de pavé numérique ne facilite pas la tâche. « Cela entraîne des difficultés dactylographiques telles que l'usage des caractères accentués, en particulier des caractères accentués en majuscule, l'usage des « doubles chevrons », ainsi que l'usage des deux ligatures du français que sont les « æ » (e dans l'a) et « œ » (e dans l'o) et leurs équivalents en capitales « Æ » et « ? », pour n'en citer que les plus récurrentes. Il est dès lors presque impossible d'écrire en français correctement avec un clavier commercialisé en France. »

Dès lors, on comprend que ce n'est pas le positionnement, logique ou illogique, des lettres sur le clavier AZERTY qui pose problème, mais l'absence de certaines fonctionnalités qui permettent d'utiliser facilement des caractères spécifiques à la langue française. Un problème qui prend une nouvelle fois sa source dans l'origine du clavier QWERTY, destiné à la langue anglaise qui elle, n'a que peu de caractères spéciaux - pas d'accents en anglais, notamment.

Le cas de l'Euro


De ce fait, au lieu de s'attendre à ce que le gouvernement enterre le si populaire mais tant décrié AZERTY, il faut plutôt s'attendre à ce qu'il l'enrichisse. Sur les touches qui ne disposent pas déjà d'une ou deux fonctions pourraient donc apparaître, prochainement, des caractères supplémentaires, qui laisseront peu d'excuses à des fautes actuellement courantes. On peut d'ailleurs souligner que ce genre de proposition existe déjà au sein de claviers alternatifs, comme le Bépo, par exemple.

Compliqué, ce chantier ? Pas nécessairement. Il existe un précédent relativement récent : l'apparition du signe de l'Euro, le €, sur les claviers européens. Si la monnaie n'est apparue dans les poches qu'en 2002, elle était utilisée dès 1999 pour les transactions financières, et nécessitait donc de pouvoir être facilement citée dans les documents informatiques. Dès 1998, l'UE s'interrogeait sur l'intégration du signe monétaire sur les claviers européens. Peu de temps après, le symbole apparaissait sur les claviers commercialisés, sur la touche E, et les OS, à partir de Windows 95, ont accepté la combinaison Alt Gr + E pour écrire le signe de l'Euro, qui peut également être obtenu via la combinaison Alt + 0128 sous Windows. Et peu importe pour cela que le signe de l'Euro soit présent ou non sur le clavier, pour peu qu'on connaisse la combinaison de tête.

Touche euro azerty

Certes, le gouvernement devra faire valider ses changements par l'Organisation internationale de normalisation (ISO), mais dans les faits, ça n'aurait finalement pas grand-chose d'inédit.

L'émancipation du clavier


Par conséquent, et à moins d'un magistral retournement de situation, l'AZERTY n'est pas prêt à quitter nos bureaux. Mais sa version française pourrait évoluer, enfin. Et, dans le fond, il est assez difficile de voir des arguments négatifs dans cette perspective.

Outre le fait que des caractères utilisés dans la langue française seraient plus accessibles, on peut également y voir l'image d'une émancipation du clavier vis-à-vis de son illustre ancêtre, la machine à écrire. Cette dernière, limitée par ses possibilités mécaniques, ne pouvait clairement pas encaisser la multitude de caractères qui sont aujourd'hui utilisés au quotidien, qu'il s'agisse des symboles monétaires, de l'arobase ou encore des slashs. Finalement, si ces derniers ont fini par trouver progressivement leur place au fil du temps, il n'y a pas de raison que les caractères jusque-là ignorés de la langue française n'y parviennent pas.

D'aucuns ne manqueront sans doute pas de souligner qu'à l'heure où le tactile est partout, un tel chantier n'a peut-être pas lieu d'être : les claviers numériques, ceux des tablettes tactiles et smartphones, offrent la totalité des caractères nécessaires à une bonne écriture du français par l'intermédiaire de riches menus déroulants. Mais s'il est vrai que les claviers alternatifs pullulent sur les appstore, c'est également le cas du langage SMS sur Internet...
Modifié le 30/01/2016 à 12h58
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