le vendredi 03 mai 2013

Bitcoin et Cie : la nouvelle ruée vers l'or

Le principe général des crypto-monnaies

Depuis maintenant de nombreuses années, l'argent réel cohabite avec différentes monnaies virtuelles (points Microsoft, crédits Facebook, pièces d'or World of Warcraft, dollars Linden de Second Life, etc.). Mais ces vraies-fausses devises ne servent généralement qu'à rendre plus abstraits, et donc moins douloureux, des transferts d'argent classiques relatifs à des services précis et limités.

Conçues comme une véritable alternative au système monétaire classique, les crypto-monnaies se posent également en concurrentes directes de PayPal, Visa et Mastercard, car elles intègrent deux composantes indissociables : les monnaies en elles-mêmes, et le réseau de transactions peer-to-peer sur lequel elles s'appuient.

Les métaux précieux comme modèle

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Pour appréhender au mieux le concept d'une monnaie peer-to-peer, il suffit de penser à l'or. Contrairement aux monnaies fiduciaires, il en existe une somme finie sur notre planète. Avec les euros et les dollars, il est possible de faire fonctionner la planche à billets à volonté, au risque de créer de l'inflation. La pierre philosophale n'étant qu'une chimère, il est évidemment impossible d'en faire autant pour l'or. La plupart des crypto-monnaies reprennent à leur compte ce principe d'une quantité limitée, et prédéterminée, de ressources.

Le parallèle avec les métaux précieux peut même être poussé plus loin, puisque ces monnaies virtuelles doivent être extraites de leur gangue mathématique, minées à l'aide d'algorithmes de calculs qui font office de super pioche.

Fonctionnement

À l'instar des téléchargements en peer to peer et de certains stockages en Cloud, les crypto-monnaies s'affranchissent de toute autorité centrale et utilisent la puissance du réseau informatique dans son ensemble. Concrètement, toutes les machines reliées au réseau d'une monnaie donnée participent aux différents calculs nécessaires aux validations des transactions (transferts d'un compte à un autre). Ce faisant, elles sont récompensées en proportion de leur puissance de calcul, par l'octroi de nouvelles « pièces » directement extraites de la mine virtuelle, ce qui augmente ainsi le nombre d'unités monétaires en circulation.

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Les fonctions mathématiques utilisées pour le minage étant de type logarithmique, l'extraction est de plus en plus complexe au fil de l'augmentation de la puissance de calcul total du réseau. À terme, il deviendra impossible de miner des unités monétaires supplémentaires. Les mineurs seront alors incités à rester dans le réseau grâce à une nouvelle forme de récompense : la répartition des frais de transaction, qui resteront très minimes comparés aux systèmes de transfert d'argent actuels.

Les avantages du système

Décentralisées par nature, les crypto-monnaies ne dépendent d'aucune autorité monolithique et ne peuvent donc être manipulées à l'envie. La force du réseau assure également une certaine résilience en cas d'attaque. Contrairement aux monnaies fiduciaires, elles n'engendrent aucune dette (un atout particulièrement appréciable en ces temps de crise) et sont à l'abri des pressions inflationnistes. Dans le cas de Bitcoin et de la plupart d'entre elles, l'inflation monétaire est strictement contrôlée et documentée dans le code « open source » de la monnaie. Leur nature déflationniste n'est d'ailleurs pas un problème, puisqu'elles sont aisément fractionnables, jusqu'à de nombreux chiffres après la virgule. Sur ce point, elles l'emportent sur les métaux précieux.

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Les bons vieux billets de banque sont-ils condamnés à disparaître ?

La facilité pour effectuer des transferts, le relatif anonymat qu'elles assurent, la sécurité des transactions et l'impossibilité de contrefaire ces monnaies sont également des points forts. Concernant l'anonymat, les plus pointilleux préfèrent en réalité parler de « pseudonymat ». Car si les transactions ne révèlent rien de l'identité de ceux qui les effectuent, leur historique reste conservé à jamais. Si l'adresse d'un compte se retrouve reliée une seule fois à son propriétaire (par son adresse IP par exemple), toutes les transactions qu'il a déjà effectuées deviennent facilement traçables.

Ses inconvénients

La nature informatique du système en fait évidemment une cible de choix pour les hackers. Si les protocoles sont conçus pour être sûrs, les sites qui gravitent autour sont protégés de manière classique. Ainsi, le hacking de comptes situés sur des bourses d'échange de crypto-monnaies est possible. De même que des attaques DDOS sur ces mêmes bourses, destinées à provoquer des paniques. Et bien sûr, les monnaies électroniques décentralisées ne disposent d'aucune autorité de régulation des marchés pour interdire les manipulations boursières les plus sauvages.

Les autres défauts des crypto-monnaies tiennent à leur jeune âge : peu de services les acceptent directement (le jour où l'on pourra payer sa baguette en bitcoins ou litecoins n'est pas encore arrivé) et leur volatilité est encore extrêmement importante (ceci expliquant en partie cela).

La sécurité

Indépendamment des bourses d'échange qui sont susceptibles de garder de l'argent en réserve en vue d'opérations futures, chaque utilisateur d'une crypto-monnaie possède un portefeuille électronique (un simple fichier) où sont stockées ses unités monétaires. La sécurité de ce dernier dépend directement de son stockage. On s'interdira donc de le stocker sur le Cloud, on évitera de le laisser sur une machine connectée à Internet s'il contient trop d'argent, et on le gardera sur un disque dur externe ou une clé USB, éventuellement chiffrée et placée dans un coffre si on désire prendre un maximum de précautions.

A contrario, l'adresse du compte de la crypto-monnaie peut être librement donnée à qui on veut (principe des clés privées/clés publiques inhérent à ce type de cryptographie).

Est-ce légal ?

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La meilleure réponse à cette question est certainement : ce n'est pas illégal. Autrement dit, le législateur ne s'est pas encore penché sur la question (pas plus qu'il ne s'est penché sur le cas des pièces d'or WoW ou des dollars Linden). Gageons que cela viendra le jour où ces devises d'un nouveau genre atteindront une certaine masse critique, et qu'il sera par exemple devenu intéressant de les taxer.

En attendant, rien ne vous interdit d'utiliser les monnaies peer-to-peer comme bon vous semble, sans ne rien devoir à personne. Naturellement, si vous en faites un usage spéculatif et gagnez de l'argent avec en boursicotant, il vous appartient de déclarer vos plus-values comme vous le feriez avec des actions ou des devises classiques.
Modifié le 13/02/2018 à 22h36
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