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Environnement, recyclage : entretien avec Lexmark

Environnement, recyclage : entretien avec Lexmark

Publiée par Anne le Jeudi 5 Avril 2007

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Autour de la collecte et du recyclage

Interview Lexmark environnement - illustration
Alors même que les cartouches jet d'encre ne présentent pas de danger, elles posent d'autres problèmes. Les reconditionner pour une « seconde vie » est moins évident qu'il n'en a l'air : toutes les parties de la cartouche peuvent-elles être réutilisées ? Peut-on vraiment par ce biais obtenir des cartouches de qualité équivalente aux neuves ? Autour de ces questions, une deuxième industrie – celle des cartouches remanufacturées -, s'est développée après celle des constructeurs, pour collecter les cartouches, les re-remplir et les commercialiser à des prix très attractifs. Comment s'expliquent ces prix très bas ? Qu'en est-il de la qualité des produits ainsi remis sur le marché ? Comment – en l'absence d'éco-label du remanufacturing -, le consommateur peut-il s'y retrouver ?


Clubic.com : Les prochains objectifs, pour vous, c'est quoi ?

Béatrice Marneffe : On ne fonctionne pas uniquement poussés par les législations, loin de là. On a plutôt une démarche proactive, et en Europe notre marge de manœuvre n'est pas sur le design des produits (puisque ce n'est pas nous que le décidons), là il y a des programmes mondiaux qui sont définis pour qu'à chaque génération de produit on parvienne à réduire l'impact environnemental (au niveau du design donc). Ici en Europe, nous avons décidé de travailler beaucoup sur l'éducation des clients aux meilleures pratiques en matière d'impression. Encore une fois, il faut dire que l'environnement est un sujet complexe et qu'il y a toujours des compromis à faire à un moment ou à un autre. Il faut donc être vraiment certain de ce que l'on avance. Voilà pourquoi nous avançons à petits pas, notre objectif est d'éduquer, que ce soit nos clients grand public ou professionnels, pour qu'ils réduisent eux-mêmes leur propre impact environnemental. C'est comme les fabricants de voitures qui sont très fiers d'avoir mis sur le marché des voitures écologiques : si les gens les gardent moteur allumé toute la journée… ça n'a pas de sens. Nous en sommes conscients et nous pensons qu'il est très important d'éduquer nos clients. Pour ce faire, nous sommes en train de procéder à une nouvelle analyse de cycle de vie, qui ne soit pas « artisanale » mais faite par des experts, et qui nous permettra de connaître l'impact environnemental des solutions d'impression sur leur durée de vie.

Clubic.com : Vous travaillez avec des instituts de sondage ?

Béatrice Marneffe : Pour ce qui est de l'analyse du cycle de vie, nous travaillons avec des cabinets d'experts qui ont tous les modèles et toutes les bases de données concernant les cycles de vie des produits. On leur donne toutes les informations sur nos produits, de quoi ils sont faits substance par substance, comment on les extrait, comment on les utilise, comment on les package, etc., toutes ces données leur permettent de produire une analyse complète de l'impact environnemental d'un produit. Dès qu'on aura cet outil finalisé, on l'utilisera je pense dans l'éducation qu'on veut donner à nos clients. Mais on sait déjà quels sont les grands éléments impactants : c'est avant tout l'utilisation du papier. On reviendra vers vous plus tard sur ce sujet pour vous en dire plus, quand on aura eu la certification d'un tiers.

Clubic.com : Peut-on revenir sur la récupération et le recyclage des produits : qu'est-ce qui se passerait si on laissait les choses aller ?

Béatrice Marneffe : Le problème est que les déchets que l'on enfouit, ou que l'on envoie à la décharge finissent par polluer les sols, et que ce n'est même pas envisageable de continuer à ce rythme-là. On est dans une société de la high-tech où tous les gens sont équipés et renouvellent tous les 2-3 ans leur équipement, et il était urgent de trouver une solution pour stabiliser le niveau des déchets générés. Il fallait aussi trouver un moyen de les traiter plus écologiquement que ce qui était fait jusqu'à présent, c'est-à-dire d'éliminer tout ce qui est mise en décharge, tout ce qui est incinération. Cela participe de plus à une autre problématique, la gestion des ressources. Sachant que les ressources sont limitées, je pense qu'il n'est pas illusoire de vouloir donner une seconde vie à des matériaux utilisés dans des produits, et pour ce faire il faut donc pouvoir les collecter et ensuite les intégrer dans des filières de recyclage. De notre côté, il s'agit donc de donner une deuxième vie au plastique, aux métaux ferreux et aux métaux non ferreux.

Clubic.com : Concrètement, comment s'organisent la collecte, le tri et le recyclage des cartouches et des imprimantes ?

Béatrice Marneffe : Pour ce qui est de la France et du marché grand public, on adhère à un éco-organisme qui s'appelle Ecologic, et qui, pour Lexmark, récupère dans les municipalités l'ensemble des DEEE (pas uniquement les nôtres, on ne fait pas de sélection par marque sur le marché grand public). On contribue ensuite individuellement, en terme de paiement, à hauteur de notre part de marché : on fait un calcul entre notre part de marché et le volume qui est collecté. Cet éco-organisme, qui est agréé par le gouvernement, répond à tout un ensemble de normes en terme de filières de recyclage. Son rôle est d'utiliser les meilleurs recycleurs du marché, en tout cas ceux qui répondent aux critères qui ont été définis par les producteurs et le gouvernement.

Clubic.com : Des organismes, il y en a beaucoup. Certains d'entre eux organisent des collectes de cartouches en s'associant à des programmes humanitaires…

Béatrice Marneffe : Là vous parlez des cartouches. C'est la seule chose qui les intéresse. Pourquoi, parce que les cartouches sont remplies par des tiers qui les remettent sur le marché.

Clubic.com : Il y a donc des déchets plus intéressants que d'autres ?

Béatrice Marneffe : Ca c'est sûr. Bon maintenant, dans les DEEE, il n'y a pas beaucoup de métaux précieux (rires), il y en a un tout petit peu, mais ce n'est pas ça qui attire les gens. Non, les cartouches ont un prix de marché pour être récupérées vides parce qu'il existe une deuxième industrie qui s'est développée après la nôtre, qui est l'industrie des cartouches re-remplies, ou remanufacturées.

Et que fait Ecologic de vos cartouches ?

Interview Lexmark environnement - illustration
Béatrice Marneffe : Ecologic ne s'occupe pas des cartouches. Pour les cartouches on a une filière propre, par les sacs que j'évoquais ou par des conteneurs. On les récupère et on a notre filière de retraitement, parce que dans le monde laser, on récupère et on réutilise nos cartouches (on a une filière de réutilisation), on réutilise tout ce qui peut être utilisé pour faire des cartouches neuves de qualité équivalente avec les mêmes procédures de test. Et toutes celles que l'on ne peut pas réutiliser, on les recycle en respectant nos critères de recyclage qui sont : pas d'incinération et pas de déchetterie. En fait on fait ça aussi parce qu'on n'a pas du tout envie que nos cartouches soient retrouvées en Chine sur des tas de déchets et qu'on soit taxés d'irresponsabilité. C'est une des raisons pour lesquelles on organise la récupération de nos cartouches, sachant que cette action dure depuis 13 ans. Or, une des difficultés sur le marché du grand public est que l'on n'a pas accès directement au consommateur. On a aussi mis en place un système sur le web, et on met en place des conteneurs, mais c'est plus difficile de collecter sur le marché grand public.

Clubic.com : Il est plus difficile de récupérer les cartouches jet d'encre usagées, et est-ce qu'il est plus difficile aussi de les recycler ?

Béatrice Marneffe : Ce sont des cartouches qui ne présentent pas de danger et qui ne sont donc pas très difficiles à recycler. Mais pour le faire, il faut en avoir, et en avoir suffisamment pour avoir une filière à nous. (Clubic : Donc aujourd'hui les cartouches jet d'encre que vous récupérez, vous les traitez vous-mêmes ?) Oui, nous les traite nous-mêmes, dans notre filière individuelle d'imprimantes. On a un recycleur qui traite nos imprimantes pour toute l'Europe, et qui traite aussi nos cartouches jet d'encre.

Clubic.com : Quel type de seconde vie attend ces cartouches-là ?

Béatrice Marneffe : Dans ces cartouches, vous avez une partie de plastique qui sera recyclé. Le problème aujourd'hui, qui reste à améliorer et sur lequel on travaille, c'est – vous savez que dans une cartouche jet d'encre il y a une mousse qui est imbibée d'encre… pour l'instant il y a encore une petite partie de la cartouche qui est incinérée, ou plus exactement qui sert de fioul à une autre industrie, ce qu'on appelle de la valorisation énergétique. Et notre intention est de diminuer ce niveau de valorisation énergétique, c'est-à-dire réussir encore mieux à recycler la totalité pour une réutilisation. Non pas que la valorisation soit un objectif à proscrire, mais on pense qu'on peut faire encore mieux.

Clubic.com : Quelle proportion de cartouches, tant jet d'encre que laser, est-ce que vous arrivez à recycler avec succès, car il doit y avoir des cartouches plus abîmées que d'autres… ?

Béatrice Marneffe : On les recycle toutes.

Clubic.com : « On les recycle toutes », ça signifie qu'elles sont toutes réutilisées ?

Béatrice Marneffe : Quand vous avez une cartouche laser, vous avez des pièces à l'intérieur qui peuvent mériter d'être réutilisées. Donc soit la cartouche elle-même, la coque est encore utilisable et on l'utilise, soit elle ne l'est plus et on réutilise les pièces à l'intérieur. Dans la cartouche jet d'encre, parfois la cartouche elle-même peut être réutilisée. Et c'est nouveau chez Lexmark de travailler à la réutilisation de nos propres cartouches jet d'encre dans leur rôle premier, car avant techniquement la qualité ne nous paraissait pas suffisante…

Clubic.com : Donc il faut bien distinguer recyclage et réutilisation ?

Béatrice Marneffe : Oui, mais la réutilisation n'est pas forcément la meilleure solution. Car pour donner une seconde vie dans la fonction première, si vous devez remanufacturer de manière complexe, en réutilisant de l'énergie, vous n'avez pas de bénéfice environnemental.

Clubic.com : Il y a donc un calcul à faire ? Quand vous parlez de compromis, c'est aussi à ce niveau-là ?

Interview Lexmark environnement - illustration
Béatrice Marneffe : Exactement. C'est de trouver la meilleure solution, et ça c'est un sujet sur lequel on débat énormément à la commission, car pour certains parlementaires « réutilisation » égale « meilleur pour l'environnement ». Or, pas forcément, pour plusieurs raisons. C'est un peu comme le problème du papier recyclé. Certains papiers recyclés ne sont pas plus intéressants pour l'environnement que des fibres vierges, car pour faire du papier recyclé, vous utilisez plus d'énergie que pour faire des fibres vierges. De la même manière, des études nous ont montré qu'une cartouche re-remplie par un tiers était, dans un grand nombre de cas, de qualité ou de fiabilité inférieure à celle des cartouches neuves. Ce qui fait qu'au départ vous pensez bien faire en réutilisant cette cartouche, mais qu'in fine vous avez dégradé l'imprimante dans laquelle vous la mettez, vous allez refaire trois fois vos impressions parce que la qualité ne sera pas bonne, ou alors vous allez avoir un rendement de cette cartouche qui va être très faible, et vous allez la mettre à la poubelle beaucoup plus vite que prévu. Finalement, la réutilisation (et c'est en ça que c'est relativement complexe) n'est pas forcément la meilleure solution. Il faut qu'on travaille étape par étape, on teste, on réessaie, on avance…

Clubic.com : En fait, est-ce parce que ces programmes n'ont pas le même souci de trouver le bon équilibre au niveau du respect de l'environnement ?

Béatrice Marneffe : Je pense qu'ils n'ont pas non plus la même expertise : nous on ne fait que ça, on développe les toners, on les améliore, on développe les cartouches, on les améliore… Et il y a un sujet qu'on n'a pas évoqué, c'est l'encre. Quand ces gens-là re-remplissent des cartouches, ils utilisent des encres dont nous ignorons la provenance, et souvent, pour que ces encres puissent être utilisées dans les différentes cartouches des concurrents, ils mettent des niveaux de solvants chimiques qui sont largement supérieurs à ce que nous utilisons dans nos propres produits.

Clubic.com : Y a-t-il des contrôles à ce niveau-là ? Est-ce qu'il y a des moyens, quand on est consommateur et qu'on veut utiliser des cartouches re-remplies, de savoir si l'entreprise qui les propose a été soucieuse de bien faire et de proposer des produits de qualité, ou s'il s'agit seulement de réutilisation au moindre coût ?

Béatrice Marneffe : Non, pour le moment il n'y a pas de législation. On n'a pas réussi à développer un label de qualité environnementale du remanufacturing pour les cartouches jet d'encre. Par manque de connaissances, mais aussi par manque de consensus entre les acteurs. Pour faire un éco-label, il faut que les gens se mettent autour d'une table et se mettent d'accord sur les critères à prendre en compte, ce qui est assez complexe à organiser.

Clubic.com : Un éco-label, c'est fait à quel niveau et avec quels acteurs ?

Béatrice Marneffe : Un éco-label, c'est un label qui est fait à l'initiative d'un pays ou d'une organisation par exemple, qui après développe son propre marketing. A l'inverse d'un standard (ex : standards ISO), qui est fait à l'initiative d'un institut de standards, avec autour de la table la totalité des acteurs, c'est-à-dire les producteurs (nous), les législateurs, les organismes de test, les ONG, et tous les gens qui veulent participer à la rédaction.

Clubic.com : Un éco-label est une démarche plus privée ?

Béatrice Marneffe : C'est une démarche plus privée. Comme le standard il faut payer pour obtenir ce label, passer au travers une moulinette de tests pour l'avoir. Mais les éco-labels, pour qu'ils soient réellement pertinents, doivent s'appliquent à une gamme de produits.

Clubic.com : Vous avez abordé le problème du papier au niveau du pouvoir de nuisance : pouvez-vous développer cette idée ?

Béatrice Marneffe : Tout simplement, l'industrie du papier est une industrie très consommatrice de ressources – et sans forcément faire l'amalgame avec les arbres et les forêts. D'une façon générale, toute industrie consommatrice d'énergie mérite qu'on essaie de faire des économies, de réduire le gaspillage.

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