// L'informatique au crible de l'écologie
Publié par Aurélien Audy le Mercredi 5 Août 2009
Sommaire
Autre domaine perfectible, la législation. Bien que souhaitable, elle est loin d'être infaillible. Déjà, comment croire que la directive DEEE va inciter les constructeurs à l'éco-conception sachant que le principe du pollueur-payeur n'est pas respecté ? En effet, ce sont les consommateurs qui supportent le coût de la collecte et du recyclage des DEEE via l'éco-taxe. Pour les constructeurs, ça ne coûte rien. De là à dire que ça rapporte même un peu, il y a peut être plus d'un pas…
Cependant une zone d'ombre sème le doute : les éco-organismes, supposés à but non lucratif, sont des Sociétés par Actions Simplifiées dont les principaux actionnaires sont… les constructeurs. Quel intérêt ont-ils donc à réduire les déchets ? Surtout que parmi les matériaux récupérés à la suite du recyclage, certains ont de la valeur (or, aluminium, cuivre…). Autre faiblesse du système : il repose intégralement sur le bon vouloir du consommateur de rapporter son matériel usagé. S'il ne le fait pas, pas de recyclage. Mais il paiera quand même à chaque achat une éco-taxe qui ira au constructeur. Pourquoi ne pas avoir mis en place une prime à la casse, comme dans le secteur automobile, pour inciter au renouvellement propre ?
La directive RoHS a elle aussi ses tares. En l'occurrence, elles prennent la forme d'exemptions. A l'heure actuelle on en compte pas moins de 29, qui en gros autorisent des substances dangereuses en quantités supérieures partout où les industriels n'arrivent pas à trouver des nouvelles technologies pour s'en passer. Du mercure dans les lampes fluorescentes, du plomb entre 0,35 et 4 % dans des alliages d'acier, d'aluminium ou de cuivre (au lieu des 0,1 %), du cadmium dans les contacts électriques… La directive RoHS a manifestement du plomb dans l'aile !
Impossible non plus de ne pas évoquer les envois de DEEE dans les pays du tiers monde, principalement en Chine et dans certains pays d'Afrique, où les matériaux sont traités sans aucune précaution sanitaire, ni pour les travailleurs (pas de protection) ni pour l'environnement (incinération en plein air). La pratique, souvent décriée par Greenpeace, est pourtant interdite par la Convention de Bâle des Nations Unies, entrée en vigueur en 1992, sur le contrôle des mouvements transfrontaliers de déchets dangereux et de leur élimination. De l'aveu même de l'ADEME, on ne peut pas exclure que des DEEE partent pour le tiers monde. L'Agence Européenne pour l'Environnement dénonce elle explicitement le phénomène. Elle avance par exemple qu'en 2005 l'Union Européenne a exporté 15 000 tonnes de téléviseurs en Afrique, à des tarifs tellement bas (28 à 65 € alors que la valeur moyenne en Europe était de 350 €) qu'il s'agissait visiblement de téléviseur d'occasion et en bonne partie de déchets. L'utilisation de codes ambigus pour la déclaration de transports de déchets électroniques rend les contrôles perméables et permet notamment de faire passer des déchets pour des produits d'occasion, qui eux peuvent légalement être vendus ou donnés à l'étranger. Ainsi, les pays du tiers monde récupèrent ces déchets gratuitement ou à bas coût, ce qui débarrasse les pays riches d'un lourd fardeau (notamment ceux de l'UE qui n'arrivent pas à respecter les objectifs de la directive DEEEE). Ils en extirpent les métaux précieux et la matière secondaire, bien moins chère que la matière première dont les prix ont explosés ces dernières années.
Enfin, le dernier bâton qui vient se glisser dans les rouages de l'éco-conception, c'est son inadéquation avec les impératifs économiques du milieu. Produire vert est une bonne chose, mais si aucun changement n'est opéré sur les modèles économiques, les politiques environnementales n'auront guère d'impact. Produire toujours plus, pousser à la surconsommation, accélérer l'obsolescence des produits, en sortant des nouvelles gammes tous les trois mois, en proposant des logiciels trop exigeants ou en fabricant des produits trop fragiles, ne pas veiller à la rétro compatibilité… toutes ces pratiques sont monnaie courante en informatique. L'éco-conception avec de telles stratégies économiques ne s'inscrit pas dans le cadre du développement durable, qui, comme le dit Fabrice Flipo, chercheur à l'Institut National des Télécommunications, n'est pas faire la même chose en plus vert.
Cependant une zone d'ombre sème le doute : les éco-organismes, supposés à but non lucratif, sont des Sociétés par Actions Simplifiées dont les principaux actionnaires sont… les constructeurs. Quel intérêt ont-ils donc à réduire les déchets ? Surtout que parmi les matériaux récupérés à la suite du recyclage, certains ont de la valeur (or, aluminium, cuivre…). Autre faiblesse du système : il repose intégralement sur le bon vouloir du consommateur de rapporter son matériel usagé. S'il ne le fait pas, pas de recyclage. Mais il paiera quand même à chaque achat une éco-taxe qui ira au constructeur. Pourquoi ne pas avoir mis en place une prime à la casse, comme dans le secteur automobile, pour inciter au renouvellement propre ?
La directive RoHS a elle aussi ses tares. En l'occurrence, elles prennent la forme d'exemptions. A l'heure actuelle on en compte pas moins de 29, qui en gros autorisent des substances dangereuses en quantités supérieures partout où les industriels n'arrivent pas à trouver des nouvelles technologies pour s'en passer. Du mercure dans les lampes fluorescentes, du plomb entre 0,35 et 4 % dans des alliages d'acier, d'aluminium ou de cuivre (au lieu des 0,1 %), du cadmium dans les contacts électriques… La directive RoHS a manifestement du plomb dans l'aile !
Impossible non plus de ne pas évoquer les envois de DEEE dans les pays du tiers monde, principalement en Chine et dans certains pays d'Afrique, où les matériaux sont traités sans aucune précaution sanitaire, ni pour les travailleurs (pas de protection) ni pour l'environnement (incinération en plein air). La pratique, souvent décriée par Greenpeace, est pourtant interdite par la Convention de Bâle des Nations Unies, entrée en vigueur en 1992, sur le contrôle des mouvements transfrontaliers de déchets dangereux et de leur élimination. De l'aveu même de l'ADEME, on ne peut pas exclure que des DEEE partent pour le tiers monde. L'Agence Européenne pour l'Environnement dénonce elle explicitement le phénomène. Elle avance par exemple qu'en 2005 l'Union Européenne a exporté 15 000 tonnes de téléviseurs en Afrique, à des tarifs tellement bas (28 à 65 € alors que la valeur moyenne en Europe était de 350 €) qu'il s'agissait visiblement de téléviseur d'occasion et en bonne partie de déchets. L'utilisation de codes ambigus pour la déclaration de transports de déchets électroniques rend les contrôles perméables et permet notamment de faire passer des déchets pour des produits d'occasion, qui eux peuvent légalement être vendus ou donnés à l'étranger. Ainsi, les pays du tiers monde récupèrent ces déchets gratuitement ou à bas coût, ce qui débarrasse les pays riches d'un lourd fardeau (notamment ceux de l'UE qui n'arrivent pas à respecter les objectifs de la directive DEEEE). Ils en extirpent les métaux précieux et la matière secondaire, bien moins chère que la matière première dont les prix ont explosés ces dernières années.
Enfin, le dernier bâton qui vient se glisser dans les rouages de l'éco-conception, c'est son inadéquation avec les impératifs économiques du milieu. Produire vert est une bonne chose, mais si aucun changement n'est opéré sur les modèles économiques, les politiques environnementales n'auront guère d'impact. Produire toujours plus, pousser à la surconsommation, accélérer l'obsolescence des produits, en sortant des nouvelles gammes tous les trois mois, en proposant des logiciels trop exigeants ou en fabricant des produits trop fragiles, ne pas veiller à la rétro compatibilité… toutes ces pratiques sont monnaie courante en informatique. L'éco-conception avec de telles stratégies économiques ne s'inscrit pas dans le cadre du développement durable, qui, comme le dit Fabrice Flipo, chercheur à l'Institut National des Télécommunications, n'est pas faire la même chose en plus vert.



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