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// Hadopi : quelles alternatives légales au P2P ?

Publié par le Mardi 12 Mai 2009

Télécharger de la musique légalement

Souvenez-vous de ces affiches où Renaud, Zazie ou encore Louis Chédid vous suppliaient de les « télécharger légalement ». A l'époque, la demande tenait de la provocation : l'offre légale en matière de musique était rachitique (certains des artistes de la campagne ne proposaient même pas leur catalogue !), la qualité des fichiers était à la limite de l'indécence et, pour couronner le tout, les dispositifs de protection associés aux morceaux téléchargés étaient restrictifs et anti ergonomiques. En 5 ans, il faut bien admettre que les choses ont, en grande partie, changé. Peu à peu, les maisons de disques et les fournisseurs d'offres en ligne ont compris que les DRM rebutaient les acheteurs, et les catalogues se sont étoffés. Reste le problème du prix : celui-ci est toujours abusif et les maisons de disques ayant réussi à faire pression sur les fournisseurs pour augmenter le prix des nouveautés, les choses ne sont pas près de changer dans ce domaine.

Interopérabilité et DRM

Jusqu'au début de l'année 2009, un fossé séparait encore les utilisateurs d'iPod et les adeptes d'autres baladeurs (Archos, Creative…) souhaitant acheter de la musique légalement. Trois majors sur quatre refusaient de proposer leur musique sans DRM, et ces derniers étaient totalement incompatibles entre eux. Malgré les bonnes paroles de Steve Jobs à ce sujet, on ne peut s'empêcher de penser que cela arrangeait Apple et favorisait les ventes d'iPod, mais toujours est-il que les utilisateurs de ce dernier devaient se fournir sur l'iTunes Store, tandis que les utilisateurs de baladeurs compatibles WMA pouvaient se tourner vers VirginMega ou FnacMusic.

ITunes Plus
VirginMega Compatible MP3


Depuis janvier 2009, les choses ont considérablement changé : les trois principaux fournisseurs évoqués plus haut proposent désormais une offre garantie sans DRM, quelle que soit la maison de disque des artistes. Il faut tout de même préciser une subtilité : ainsi, si VirginMega et FnacMusic proposent du MP3 à 320 Kbps, compatible avec l'ensemble des baladeurs, de la plus petite clé USB « noname » au PMP le plus évolué, Apple fournit tous ses téléchargements au format AAC (256 Kbps). La qualité est à peu près équivalente, mais le format AAC est tout de même moins répandu, même si de nombreux téléphones portables et certains baladeurs permettent de le lire. Dans tous les cas, on reste encore loin d'une qualité sans perte, mais on note tout de même un progrès significatif à ce niveau.

Les DRM ont-ils disparu pour autant ? Absolument pas ! Ils restent présents sur les offres de location illimitée de musique proposées par MusicMe ou Orange. Ces services permettent de télécharger, de manière illimitée, de la musique parmi un catalogue relativement étendu. Néanmoins, ces titres deviendront illisibles si l'utilisateur décide d'interrompre son abonnement.

Exhaustivité du catalogue

Examiner l'exhaustivité de l'offre légale d'iTunes, VirginMega, Starzik ou Fnac Music est assez compliqué. Il y aura toujours des artistes ou des labels absents, parfois pour des raisons de droit qui dépassent les plates-formes elles-mêmes. Néanmoins, on peut dire dans l'ensemble que les catalogues proposés sont largement fournis. On est très loin de l'époque où iTunes ne proposait qu'une sélection très limitée d'artistes français, et pas un seul titre issu de labels indépendants. La plupart des artistes majeurs y sont présents. Certains manquent encore à l'appel, au premier rang desquels on trouve évidemment les Beatles, mais cette absence est un problème isolé dû notamment à la gestion particulière des droits du groupe. D'une manière générale, les catalogues des offres légales en France regroupent ceux des quatre majors (EMI, Warner, Universal et Sony BMG) ainsi que ceux de nombreux labels indépendants. D'autres offres plus spécialisées existent, comme eMusic, un service d'abonnement centré sur les indépendants, ou des sites spécialisés dans la musique électronique comme Bleep ou Neo Music Store. A moins de rechercher des choses vraiment très pointues, il est aujourd'hui difficile de ne pas trouver son bonheur dans les offres proposées.

ITunes chanson française
EMusic accueil


Ergonomie

Un des arguments utilisés par les défenseurs du P2P est qu'il est souvent plus simple de télécharger un titre illégalement : on lance une recherche, on choisit ses sources et on attend le téléchargement du fichier. On pourrait penser que les fournisseurs d'offres en ligne ont tout fait pour attirer les « pirates » et proposer au moins aussi bien. Malheureusement, ça n'est pas nécessairement le cas. On trouve de bons élèves, à commencer par iTunes : on pensera ce qu'on voudra du logiciel d'Apple, mais l'iTunes Store est un modèle de simplicité. Le fait que la boutique en ligne soit intégrée au jukebox y est pour beaucoup. Tout s'imbrique parfaitement : un titre acheté se retrouve automatiquement dans la bibliothèque, un gestionnaire permet de mettre un téléchargement en pause pour le reprendre plus tard, les fichiers sont immédiatement disponibles pour les transférer sur ses iPods ou son iPhone. Bref, difficile de faire plus simple. Et pourtant, Apple l'a fait avec l'iPhone et l'iPod Touch puisque ces derniers permettent même d'acheter et télécharger immédiatement sa musique depuis l'appareil, en WiFi, ou même en 3G pour les utilisateurs d'iPhone. Cet écosystème a fait le succès d'Apple, mais malgré l'abandon des DRM, on continuera néanmoins à le trouver relativement fermé sur lui-même.

ITunes ergonomie



Parmi les offres bien conçues, on pourra également citer eMusic et son gestionnaire de téléchargement qui ajoute automatiquement les titres téléchargés à la bibliothèque musicale de son choix (iTunes, Windows Media Player ou winamp), et Bleep dont on apprécie le système de préécoute qui permet de naviguer dans la forme d'onde du morceau pour écouter des tranches de 30 secondes, et la possibilité de télécharger tout un album sous la forme d'un fichier ZIP. eMusic se distingue également par son excellente éditorialisation qui favorise les découvertes, et sa possibilité de télécharger de manière illimitée tous les titres déjà achetés en cas de perte.

Tous les services ne sont malheureusement pas logés à la même enseigne. Ainsi, VirginMega propose toujours le strict minimum aux utilisateurs de Mozilla Firefox qui ne peuvent pas bénéficier du gestionnaire de téléchargement, puisque celui-ci est un composant ActiveX. Il en va de même pour FnacMusic. On constate tout de même une évolution : à leur lancement, ces services ne se lançaient même pas dans un navigateur autre qu'Internet Explorer pour Windows ! Sur VirginMega, le nombre de téléchargements pour un même morceau est également limité ! Par le passé, cette limite pouvait même s'avérer fatale quand le gestionnaire de téléchargement, assez instable, rendait le téléchargement impossible : plusieurs tentatives ratées et le morceau téléchargé était perdu à jamais ! La suppression des DRM a néanmoins supprimé le problème le plus insupportable : la gestion des droits d'un ordinateur à l'autre. Si iTunes s'en tirait plutôt bien grâce à un système assez permissif (5 ordinateurs que l'on pouvait activer ou désactiver à loisir), les sites proposant du WMA protégé imposaient souvent des limites absurdes, telles que 5 transferts autorisés vers un baladeur avant le blocage total du morceau !

Virgin Mega - téléchargement


Les tarifs

Venons-en au problème de fond : l'offre légale est-elle trop chère ? Évacuons immédiatement deux idées reçues : une fois pour toutes, le prix d'un album n'est pas équivalent à la somme des titres qui le composent à l'unité. En outre, dans la plupart des cas, un album dématérialisé est sensiblement moins cher que sa version CD, même si l'écart est parfois minime. Prenons en exemple une nouveauté représentative (à l'heure où nous écrivons ces lignes) : l'album Sounds Of The Universe de Depeche Mode. Le CD (version non-collector) est proposé entre 14,60 et 17,50 euros selon les magasins ou sites de commerce en ligne. En version dématérialisée, on le trouve à 9,99 euros sur iTunes (AAC non protégé à 256 Kbps) ainsi que sur VirginMega et FnacMusic (MP3 320 Kbps). Certes, ça n'est pas forcément le cas, y compris pour les nouveautés. Nous avons ainsi pu trouver le dernier album de U2, sorti il y a moins de 3 mois, à 9,99 euros dans certains magasins, soit le même prix que sa version dématérialisée, avec une qualité évidemment supérieure. Crise du disque oblige, on trouve également de plus en plus d'albums qui passent très vite sous la barre des 10 euros dans les grandes surfaces, parfois même moins chers que leurs versions numériques. Précisons enfin qu'en se débrouillant, on peut également trouver des CD audio moins cher à l'étranger.

Fnac Tarifs


On ne peut passer sous silence quelques abus de la part des maisons de disques. Ainsi, celles-ci ont réussi à faire passer le prix des nouveautés, sur la plupart des sites, à 1,29 euro au lieu de 0,99 euro. On pourrait penser qu'au bout de 5 ans, les tarifs de l'offre légale auraient baissé, mais il n'en n'est absolument rien, à l'exception des fonds de catalogue qui profitent parfois d'une baisse à 0,69 euro sur l'iTunes Store notamment. Le passage au « sans DRM » ne s'est pas non plus fait sans porter la main à la poche pour les utilisateurs d'iTunes qui ont du racheter leurs titres précédemment acquis à 30% de leur prix d'origine ! Il faut enfin évoquer les formules d'abonnement. Promises un temps à un certain avenir, celles-ci peinent malgré tout à se développer, sans doute en raison des DRM qui leur restent affublés : proposées exclusivement au format WMA protégé de Microsoft, ces offres nécessitent un baladeur compatible, ce qui exclut complètement l'iPod et nombre de téléphones compatibles MP3, ces derniers étant de plus en plus utilisés. C'est relativement dommage, car les tarifs sont plutôt corrects : 9,99 euros par mois pour MusicMe et 12,99 euros par mois pour Orange. Pour ce prix, on peut bénéficier d'écoute, de téléchargement et de transfert illimités… à condition de ne pas mettre fin à son offre. Des offres par abonnement sans DRM existent, mais leur catalogue est assez réduit (absence totale des majors) et leur tarif moins avantageux (20 euros par mois pour 75 titres chez eMusic).

ITunes mise à jour iTunes Plus


Le verdict

Même si des problèmes subsistent (absence de certains artistes, prix à l'unité parfois élevé), il faut bien admettre que l'offre légale en matière de musique est aujourd'hui largement satisfaisante. Les DRM ont quasiment disparu, la qualité d'encodage s'est améliorée même si on est encore loin du lossless. Quant au choix, il est indéniablement là. Il reste tout de même une impression de frilosité sur le modèle économique : à part des initiatives très contraignantes comme les formules d'abonnement avec DRM, peu de services proposent une alternative à l'achat par album ou à l'unité.



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