le lundi 15 mars 2004

Jérôme ADAM : « Les solutions Visual Friendly permettent à tous, handicapés ou non, d'accéder au web

Jérôme ADAM, co-fondateur de Visual Friendly, présente les atouts de cette société française spécialisée dans l'ergonomie et l'accessibilité Internet/Intranet.

AB - Bonjour Jérôme ADAM. Quel a été votre parcours avant de créer Visual Friendly avec l'aide d'associés en 2000 ?

JA - Diplômé de Sciences-Po en 1998 puis de l'ESSEC en 2000, j'ai créé avec trois associés Visual Friendly à la fin de mes études. Durant ma formation à Sciences-Po, j'ai travaillé un an au sein des Laboratoires Vichy (groupe L'Oréal) afin de faciliter l'accès à la cosmétique pour les personnes handicapées visuelles.

Visual Friendly est le fruit de réflexions menées lors d'un MBA effectué à Tulane University en Louisiane aux Etats Unis en 1999.

Visual Friendly traduit la volonté de ne pas se focaliser sur le handicap et d'intégrer les besoins des personnes handicapées au sein de ceux de tous les utilisateurs.

Le nom Visual Friendly vient de l'expression anglo-saxonne "user friendly" qui désigne tout ce qui est convivial, facile d'accès et d'utilisation.

Nous développons ainsi des produits et des services qui doivent permettre à tous les utilisateurs, handicapés ou non, d'accéder au web de la manière la plus simple possible et ce quel que soit le terminal d'affichage (PC, PDA, téléphone...)

AB - Quels sont les atouts de Visual Friendly sur le marché de l'accessibilité web ?

JA - Chez Visual Friendly, nous maîtrisons bien sûr les recommandations techniques existantes en terme d'accessibilité (WAI : Web Accessibility Initiative, Section 508 aux Etats-Unis) ainsi que l'ensemble des aides techniques utilisées par les personnes handicapées pour l'informatique (synthèse vocale, pointeur laser, etc.)

A cette connaissance technique s'ajoute une bonne connaissance des besoins utilisateurs (handicapés ou non) grâce à notre laboratoire interne d'ergonomie.

Pour nous, un site web réellement accessible est un site respectant non seulement les recommandations de la WAI, mais également facile à utiliser (conçu selon les principes d'ergonomie) et personnalisable pour s'adapter aux besoins de chaque utilisateur.

Ce savoir-faire a été reconnu à travers des publications scientifiques et différentes conférences (Assets 2002 à Edimbourg en Ecosse, Assemblée Nationale en 2003...)

Ce savoir-faire a permis à notre équipe de R&D de concevoir une gamme complète de solutions logicielles pour réaliser des sites web accessibles :

Solution ValidWebAccess pour vérifier la conformité des pages web aux recommandations WAI ; PubliWebAccess pour créer des sites web respectant automatiquement la WAI et proposer nativement notre solution Label Vue.

Le Label Vue permet aux internautes de personnaliser l'affichage des pages web en fonction de leurs besoins (choix de la taille, des couleurs des caractères, du positionnement des menus de navigation par exemple pour répondre aux besoins visuels et d'agilité avec la souris des seniors, des utilisateurs de terminaux mobiles, des personnes handicapées...)

Cette gamme de solutions a déjà séduit de nombreux partenaires comme des agences web (groupe Business & Décision, Jouve....) et des industriels (Sun, Microsoft) avec lesquels nous collaborons pour développer des sites web accessibles et des solutions améliorant l'usage d'Internet quel que soit le support (bornes interactives, téléphone portable notamment).

Enfin, Visual Friendly satisfait pleinement les objectifs de la nouvelle loi sur le handicap qui impose aux sites web publics d'être accessibles aux personnes handicapées. Notre approche intégratrice du handicap permet même d'aller plus loin et de faire du handicap une source d'innovation bénéfique à tous.

AB - Vous semblez estimer que seule une approche industrielle peut efficacement compenser les inégalités liées au handicap. Pouvez-vous préciser votre réflexion ?

JA - Les initiatives en matière de handicap sont souvent perçues comme spécifiques et donc coûteuses, peu rentables. C'est oublier que ce qui est conçu pour les personnes handicapées est souvent utile à tous à l'instar de la télécommande conçue à l'origine pour les tétraplégiques.

Il s'agit donc d'élargir la cible du handicap en répondant également aux besoins d'autres personnes comme les seniors dont les problématiques rejoignent celles des personnes handicapées.

Les produits développés par Visual Friendly répondent ainsi aux besoins des utilisateurs de terminaux mobiles, aux seniors dont les problèmes de vue ou d'agilité avec la souris augmentent avec l'âge.

Cette approche répond à la fois à une logique sociale d'intégration des personnes handicapées et à une logique économique (rentabilité des solutions développées).

Il s'agit de rester pragmatique. On peut dès lors regretter que les initiatives en matière de handicap soient souvent perçues comme relevant du monde associatif.

Les associations ont un rôle d'intérêt général très utile mais seules les entreprises peuvent passer à une phase d'application, de développement à grande échelle d'un même produit qui en limitera le coût et permettra l'intégration des personnes handicapées.

AB - Quel est votre sentiment à propos de la WAI, ou Web Accessibility
Initiative, une action menée par le W3C pour rendre le web plus accessible aux personnes souffrant d'un handicap (www.w3.org/WAI/) ?

JA - Le rôle de la WAI est primordial. Elle offre une base commune aux différents professionnels du web (agences web, industriels) pour développer des sites web accessibles.

La WAI rédige des recommandations disponibles gratuitement pour tout webmaster désirant se conformer à ces standards. La directive Européenne de 2002 pour l'accessibilité des sites web publics s'appuie d'ailleurs sur ces travaux de la WAI. On peut alors s'étonner de ce que les autorités Françaises aient élaboré un cadre normatif spécifique. Un site espagnol, allemand... respectant la WAI n'est-il plus accessible lorsqu'il est consulté par un internaute français ?

Il semble que la France souhaite une nouvelle fois faire preuve d'exception en promouvant une autre norme... Et au final est-ce que cela n'est pas contraire à l'objectif du projet de loi sur le handicap ?

AB - Jérôme ADAM, je vous remercie pour ces observations.
Modifié le 13/12/2010 à 16h47
Commentaires